Cameroun – Électricité : l’État vise 4 030 milliards FCFA de capitaux privés d’ici 2030 pour financer son « Compact énergétique »

Le Cameroun ambitionne de mobiliser 4 030 milliards FCFA de capitaux privés d’ici 2030 afin d’accélérer l’accès universel à l’électricité et de moderniser l’ensemble de la chaîne, de la production au dernier kilomètre. Cette enveloppe, inscrite dans le « Compact énergétique », s’intègre à un besoin global estimé à environ 12,5 milliards USD en combinant financements publics, appui des bailleurs et apports du secteur privé. L’exécutif veut transformer des promesses de capacité en kilowattheures réellement disponibles, en ciblant des investissements qui améliorent la disponibilité, réduisent les pertes techniques et fiabilisent l’acheminement de l’énergie vers les bassins de consommation.
La stratégie met l’accent sur des actifs concrets et bancables. En amont, le pays vise une capacité installée autour de 3 000 MW avec un mix qui articule grands ouvrages hydroélectriques, solaire à grande échelle et solutions de stockage afin de lisser l’intermittence. Au cœur du système, la priorité va au transport avec de nouvelles lignes et des postes 225/400 kV, des systèmes de conduite modernes et une planification robuste capable d’anticiper les congestions. En aval, la distribution doit gagner en résilience grâce au comptage, à la digitalisation des opérations et à la réduction des pertes non techniques, pendant que des mini-réseaux et des solutions hors réseau apporteront une couverture crédible dans les zones rurales et périurbaines.
Le gouvernement compte attirer le capital privé à travers un éventail d’instruments éprouvés. Les concessions, les partenariats public-privé et les schémas d’affermage seront mobilisés avec une répartition précise des risques de construction, de disponibilité et de performance, afin d’abaisser le coût moyen du capital et de préserver la soutenabilité des tarifs. La révision de la loi électricité et la publication de méthodologies tarifaires transparentes doivent offrir aux investisseurs une visibilité suffisante sur les flux de revenus, tandis que l’accès non discriminatoire au réseau constitue un pilier de confiance pour les producteurs indépendants et les grands consommateurs.
Le choix de 4 030 milliards FCFA répond à un impératif de calendrier et d’exécution. L’augmentation de la production déjà engagée ne produira ses effets qu’à la condition d’un réseau de transport dimensionné et d’une distribution modernisée. La fenêtre est favorable à la mise sur le marché de paquets de projets techniquement prêts, structurés juridiquement et assortis d’un cadre de régulation lisible. Les premiers lots attendus portent sur des renforcements haute et très haute tension, des interconnexions régionales clés pour l’intégration au marché de la CEMAC, ainsi que des corridors industriels où la qualité d’alimentation conditionne directement la compétitivité et l’emploi.
Les investisseurs regarderont trois paramètres déterminants. Le premier concerne la bancabilité locale et la couverture en devises, avec des mécanismes de garantie de paiement qui sécurisent les cash-flows. Le deuxième touche à la synchronisation entre mises en service de production et capacités d’évacuation, car l’inefficience d’un seul maillon érode la rentabilité des autres. Le troisième a trait à la gouvernance sectorielle, où la stabilité des règles, la transparence tarifaire et la publication d’indicateurs de performance sont essentielles pour ancrer des engagements à long terme.
Le calendrier opérationnel s’articule autour de jalons clairs. À court terme, l’accent porte sur la finalisation des plans directeurs de production, de transport et de distribution, la standardisation documentaire des contrats et la priorisation des ouvrages à fort impact. À moyen terme, la montée en puissance des chantiers haute tension et des mini-grids doit produire des gains tangibles sur la qualité de service, avec une baisse mesurable des délestages et une meilleure tension sur les artères industrielles. À l’horizon 2030, l’objectif est de livrer des actifs critiques et d’ouvrir la voie à des exportations régionales plus régulières, signe d’un réseau suffisamment robuste pour servir le marché intérieur tout en s’intégrant aux interconnexions sous-régionales.
L’approche revendique un ton de crédibilité financière. Chaque franc investi doit générer une amélioration visible pour l’usager final et une trajectoire de retour cohérente pour le financeur. C’est dans cet équilibre entre impact et performance que le Cameroun entend convaincre des fonds d’infrastructures, des investisseurs institutionnels et des industriels de s’allier à l’État pour faire du « Compact énergétique » un accélérateur de croissance, de formalisation et d’industrialisation. Le pari est ambitieux, mais la combinaison d’un pipeline prêt à l’exécution, d’un cadre prudentiel clarifié et d’outils contractuels modernes peut créer les conditions d’un afflux de capitaux privés à l’échelle requise.
Patrick Tchounjo



