Cameroun : quand la COBAC rappelle que le crédit se mérite

Être un pilier de l’économie nationale ne garantit plus un accès privilégié au crédit bancaire. En excluant Camtel, Nachtigal Hydro Power Company, Beetle Heritage (Broli) et Telcar Cocoa de la liste 2026 des entreprises dites de grand standing, la COBAC adresse un message sans détour au tissu productif camerounais : la taille et la notoriété ne suffisent plus, la discipline financière devient décisive.
Ce statut, convoité par les grandes entreprises, ouvre la voie à un traitement prudentiel allégé pour les banques, facilitant le financement. Mais le régulateur régional, fidèle à sa doctrine, privilégie désormais la lisibilité des comptes, la qualité de la gouvernance et la soutenabilité de la dette. Dans le cas de Camtel, déjà recalée par le passé, les zones d’ombre entourant sa dette bancaire et l’absence de comptes certifiés ont pesé lourd. Pour Broli, la fragilité des résultats de certaines filiales et l’absence de chiffre d’affaires consolidé sur plusieurs exercices interrogent la solidité du modèle.
Au-delà des cas individuels, la décision révèle une transformation plus profonde du système bancaire en zone CEMAC. Depuis 2023, les banques ont accru leur exposition aux États, au détriment du secteur privé, sous l’effet de contraintes réglementaires renforcées. Dans ce contexte, chaque avantage prudentiel devient stratégique. Le grand standing n’est plus un acquis, mais une preuve renouvelable chaque année.
Pour les entreprises recalées, la porte n’est pas fermée. La liste est revue annuellement. Mais le message est clair : sans transparence financière, sans comptes audités et sans trajectoire crédible de désendettement, l’accès au crédit bancaire sera plus coûteux et plus sélectif. Une nouvelle ère s’ouvre, où la rigueur financière devient un facteur de compétitivité
Patrick Tchounjo



