Economie

Cameroun – Loi de finances 2026 : plus de recettes, mais un déficit qui explose à 631 milliards de FCFA

Le paradoxe est brutal. Selon le projet de Loi de finances 2026, actuellement en examen au parlement, l’État camerounais prévoit une hausse de ses recettes internes de 8,3 %, mais voit en même temps son déficit budgétaire doubler pour atteindre 631 milliards de FCFA. Le budget, lui, grimpe à 8 816,4 milliards de FCFA, soit un peu plus de 1 000 milliards de plus que l’exercice précédent. Sur le papier, l’effort de mobilisation des recettes est réel. Dans les faits, la machine budgétaire tourne de plus en plus à crédit.

Le constat dressé par les chiffres est sans appel : la croissance attendue en 2026 est largement bâtie sur une dette galopante, avec un besoin de financement qui passe de 2 326,5 milliards de FCFA à 3 104,2 milliards de FCFA. Autrement dit, malgré l’augmentation des recettes, l’écart entre ce que l’État encaisse et ce qu’il dépense se creuse dangereusement.

Recettes internes en hausse, mais un budget sous stéroïdes

En façade, le gouvernement peut se targuer d’une progression de 8,3 % des recettes internes. Dans un contexte où les partenaires extérieurs réduisent les appuis budgétaires et où les remboursements des programmes conclus avec le FMI commencent à peser lourd, cet effort de mobilisation fiscale et douanière ressemble à une réponse logique et nécessaire.

Mais cette hausse des recettes ne suffit pas à compenser l’augmentation des dépenses. Le budget 2026 franchit la barre des 8 800 milliards de FCFA, soit plus de 1 000 milliards de plus que l’année précédente. Entre le service de la dette extérieure, les salaires, les subventions, les dépenses sécuritaires et les projets d’investissement, la mécanique budgétaire semble lancée à plein régime, sans véritable frein structurel.

Résultat : même avec plus de recettes, le trou se creuse. Le déficit budgétaire, qui tournait autour de 315 milliards de FCFA l’an dernier, est projeté à 631 milliards de FCFA en 2026. Une multiplication par deux qui pose une question centrale : jusqu’à quel point le Cameroun peut-il continuer à financer ses ambitions par la dette sans dégrader sa crédibilité financière ?

Un besoin de financement qui grimpe à plus de 3 100 milliards de FCFA

Au-delà du seul déficit, c’est le besoin global de financement qui donne la mesure de la pression. En passant de 2 326,5 milliards à 3 104,2 milliards de FCFA, la facture à trouver sur les marchés, auprès des partenaires techniques et financiers et via les instruments de dette internes et externes connaît un bond spectaculaire.

Cette montée en charge signifie plusieurs choses. D’abord, l’État dépend davantage des emprunts pour boucler son budget, dans un environnement où les conditions de financement peuvent se durcir, notamment si la perception du risque pays se détériore. Ensuite, la part croissante de la dette dans la structure budgétaire réduit la marge de manœuvre future : plus le service de la dette absorbe une fraction importante des ressources, moins il reste d’espace pour les dépenses sociales, les infrastructures et le soutien à l’économie réelle.

Enfin, ce niveau de besoin financier accroît le risque d’entrer dans une logique de refinancement permanent, où une partie des nouveaux emprunts sert principalement à rembourser les anciens, plutôt qu’à financer de nouveaux projets productifs.

Une croissance sous perfusion d’endettement

Le projet de Loi de finances 2026 donne le ton : la trajectoire de croissance du Cameroun repose de plus en plus sur des injections de crédits publics. Tant que le pays parvient à accéder aux marchés internationaux, aux financements concessionnels et aux ressources régionales, le modèle tient. Mais la dépendance accrue à la dette comporte un effet boomerang.

Chaque point de croissance financé par l’endettement pose la question de sa qualité. Les investissements financés généreront-ils suffisamment de valeur ajoutée, de recettes fiscales et de compétitivité pour justifier ce niveau d’emprunt ? Ou bien une partie de ces ressources se diluera-t-elle dans des dépenses peu productives, des retards de projets, voire des surcoûts liés à la gouvernance des marchés publics ?

Dans un contexte où la dette publique extérieure et intérieure est déjà scrutée de près par les bailleurs, un déficit qui double et un besoin de financement en forte hausse envoient un signal ambigu : l’État parie sur l’audace budgétaire, là où certains partenaires attendraient plutôt une consolidation progressive.

Une équation politique et sociale à haut risque

Derrière les chiffres, c’est une équation politique sensible qui se dessine. D’un côté, le gouvernement doit répondre à des attentes sociales fortes : emploi des jeunes, infrastructures, soutien au pouvoir d’achat, sécurité. De l’autre, il doit rassurer les partenaires internationaux, les agences de notation et le secteur privé sur la soutenabilité de la dette et le respect des engagements pris dans le cadre des programmes avec le FMI et les autres institutions financières.

Pour dégager 8,3 % de recettes internes supplémentaires, l’administration fiscale et douanière devra aller chercher plus loin : élargissement de l’assiette, lutte contre la fraude, pression accrue sur le secteur formel. Ce mouvement comporte un risque de tensions avec les entreprises, déjà confrontées à des coûts élevés, à des retards de paiement de la dette intérieure et à un crédit bancaire cher.

Si, dans le même temps, le déficit se creuse et que les retombées concrètes des dépenses (infrastructures livrées, services publics améliorés, emplois réellement créés) tardent à se faire sentir, l’acceptabilité sociale de cette politique budgétaire pourrait s’éroder rapidement.

Un budget 2026 sous surveillance rapprochée

La Loi de finances 2026 s’annonce comme un test majeur de la trajectoire budgétaire du Cameroun. Sur le court terme, elle permet de maintenir un niveau de dépenses élevé, de financer des projets et d’éviter un ajustement brutal. Sur le moyen terme, elle referme progressivement la porte de la prudence et ouvre celle d’un modèle de croissance sous perfusion d’endettement.

La suite dépendra de trois facteurs clés : la capacité réelle à mobiliser les recettes annoncées sans casser la dynamique économique, la discipline dans l’exécution des dépenses et le choix des priorités, et enfin la façon dont l’État traitera la question sensible de la dette intérieure, qui pèse directement sur les entreprises locales et la trésorerie du secteur privé.

Entre ambition de financement et risque de surchauffe, le budget 2026 met le Cameroun face à un choix implicite : continuer à avancer vite, quitte à alourdir la dette, ou accepter une croissance moins spectaculaire mais plus soutenable. Pour l’instant, les chiffres disent clairement de quel côté l’aiguille a penché.

Titres percutants et viraux possibles

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Patrick Tchounjo

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