Droits d’auteur au Cameroun : Prince Aimé sort du silence et exige “tout mon argent” sur le hit “Viviane”

Un live, une colère, et une phrase qui claque : “je réclame tout mon argent”
Il a suffi d’un direct sur les réseaux pour rallumer une histoire que beaucoup croyaient rangée au rayon “buzz d’hier”. Après des mois de silence, Prince Aimé est revenu face caméra, le ton tranchant, l’émotion à fleur de voix, pour poser une revendication simple et explosive : récupérer les droits d’auteur liés à son tube « Viviane », redevenu viral à l’ère TikTok, challenges et reprises en cascade.
Dans ce live, l’artiste assure n’avoir “jamais touché 5 francs” des revenus générés par l’exploitation numérique du titre, citant YouTube, Facebook, TikTok et les ventes digitales. Il parle d’un montant reçu sans explication claire, et martèle sa ligne rouge : il ne veut plus de gestes symboliques, il veut une reddition de comptes. Un récent contenu publié sur YouTube reprend d’ailleurs cette séquence en insistant sur son appel à l’aide pour “toucher ses droits d’auteurs” sur « Viviane ».

Je demande à tous ceux qui se sont impliqués dans le succès de Viviane de me reverser mes droits. Je n’ai jamais cherché à m’apitoyer sur mon sort, mais là où j’ai travaillé et créé, pourquoi ne puis-je pas recevoir ce qui m’appartient ?
« Viviane », la chanson qui refuse de mourir… et qui rapporte à tout le monde sauf à son créateur ?
« Viviane » appartient à cette catégorie rare : les chansons qui traversent le temps, puis reviennent d’un coup, propulsées par les algorithmes comme si elles venaient de sortir la veille. Le morceau, né au début des années 2000 selon plusieurs récits, a connu une seconde vie spectaculaire ces dernières années, devenant un son de fond mondial pour des vidéos, des remix, des chorégraphies, des clins d’œil. Certains articles rappellent même que l’enregistrement initial daterait du milieu des années 2000, avant de redevenir un phénomène bien plus tard.
Et quand une chanson devient un phénomène, elle ne vit plus seulement dans les écouteurs : elle devient un actif. Elle circule, elle se monétise, elle se revend, elle se “repackage”. C’est précisément là que Prince Aimé dit avoir été laissé derrière, comme si la viralité avait effacé le nom du propriétaire.
Le remix, la relance, puis la fracture : l’après-viralité tourne au bras de fer
La renaissance de « Viviane » n’a pas été qu’un mouvement spontané de fans. Elle a été accompagnée d’une bataille d’images, d’ego et de versions, jusqu’au remix officiel largement relayé, avec un casting qui a fait parler : Maahlox, Magasco, Lili Anoma, Thérapie.
Le clip a enregistré des performances rapides, avec des médias évoquant une montée fulgurante des vues en moins de 24 heures lors de sa sortie.
Mais à mesure que la machine s’emballe, la question devient inévitable : qui encaisse quoi, et au nom de qui ?
C’est là que le récit se durcit. Prince Aimé affirme qu’on lui aurait parlé d’un partage de revenus, mais il juge les montants proposés dérisoires au regard de l’ampleur du phénomène. Dans son live, il affiche une ambition assumée, presque provocatrice : viser très haut, parce que “Viviane” a voyagé très loin.
“On a profité des challenges, des reprises… et moi je n’ai jamais été payé”
Ce que l’artiste met sur la table, ce n’est pas seulement une facture. C’est une blessure : celle d’un créateur qui a l’impression d’avoir offert un morceau au monde, et de regarder le monde faire du business dessus sans jamais lui demander son RIB.
Dans ses déclarations, Prince Aimé s’adresse autant aux personnes impliquées dans l’exploitation du titre qu’au public. Il parle d’isolement, d’incompréhension, d’accusations, et d’une fatigue morale qui contraste violemment avec la joie collective que la chanson a pu générer. Il réclame une chose : que ceux qui ont “reçu ses droits” les reversent.

Beaucoup ont profité de ma chanson, des challenges, des reprises, et moi je n’ai jamais été rémunéré. On ne peut pas compter sur l’usure de ma personne. Ceux qui ont reçu mes droits doivent me payer !
Derrière l’affaire Prince Aimé, la vraie question : qui protège les artistes africains à l’ère des plateformes ?
L’histoire de « Viviane » met surtout un projecteur sur un problème structurel : la traçabilité de la valeur dans l’économie numérique de la musique. Une chanson peut exploser sur TikTok sans que son auteur ne maîtrise la chaîne complète : métadonnées, agrégateurs, distributeurs, ayants droit déclarés, sociétés de gestion, accords de remix, monétisation des contenus générés par les utilisateurs.
Au Cameroun, la gestion collective des droits d’auteur a été marquée par des réformes, conflits, fusions et batailles de légitimité entre structures au fil des années, avec des acteurs comme CMC/SOCAM historiquement cités, et des débats plus récents autour de la SONACAM présentée par certains médias comme structure de référence.
Dans ce contexte, les litiges explosent facilement : quand les circuits sont flous, la colère devient le seul outil de négociation.
Un article d’analyse juridique autour de la polémique « Viviane » rappelle d’ailleurs que la question du droit d’auteur ne se limite pas aux émotions : elle dépend de statuts, de déclarations, de contrats, de preuves de paternité, et de mécanismes de perception/répartition.
Le retour de Prince Aimé : coup de pression ou début d’un bras de fer judiciaire ?
Dans l’opinion, deux lectures s’affrontent déjà. D’un côté, ceux qui voient dans cette sortie un cri légitime : un auteur doit vivre de son œuvre, surtout quand elle devient un phénomène continental. De l’autre, ceux qui pensent que le dossier est complexe, qu’il y a des accords, des intermédiaires, des zones grises, et que les réseaux sociaux ne remplacent pas un audit.
Patrick Tchounjo



