Cameroun : l’AVC, une urgence silencieuse qui tue 60 patients sur 1 000

Le constat est alarmant. L’Accident Vasculaire Cérébral (AVC) continue de faucher des vies à un rythme inquiétant au Cameroun. Selon les chiffres publiés par le ministère de la Santé publique (MINSANTE), 60 décès sont enregistrés pour 1 000 hospitalisations liées à l’AVC. Ces statistiques, rendues publiques à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’AVC célébrée le 29 octobre 2025 à l’Hôpital Central de Yaoundé, confirment l’ampleur d’un mal silencieux devenu un véritable défi de santé publique.
Placée cette année sous le thème « La vie après l’AVC », la commémoration a réuni un large panel d’acteurs : autorités sanitaires, partenaires techniques, professionnels de santé et médias, autour du Dr Manaouda Malachie, ministre de la Santé publique. L’objectif était de mettre en lumière les ravages de la maladie, renforcer la prévention et promouvoir la réhabilitation des patients survivants.
Dans son allocution, le ministre a rappelé que l’AVC est aujourd’hui l’une des premières causes de mortalité et d’invalidité au Cameroun, principalement liée à la mauvaise prise en charge de l’hypertension artérielle, à la sédentarité, à une alimentation déséquilibrée et à la consommation excessive d’alcool et de tabac. « Nous devons apprendre à vivre autrement : manger sain, bouger plus, contrôler notre tension et consulter régulièrement. L’AVC n’est pas une fatalité », a déclaré le Dr Manaouda Malachie, appelant les Camerounais à adopter une hygiène de vie préventive.
Selon les neurologues présents, l’AVC tue souvent faute d’une intervention rapide. Les premières heures, dites « heures d’or », sont cruciales pour sauver la vie du patient. Or, la majorité des victimes arrivent à l’hôpital trop tard, souvent faute de reconnaissance des symptômes : déviation de la bouche, faiblesse d’un bras, trouble de la parole ou perte de conscience. Chaque minute compte, rappellent les spécialistes. Un AVC traité dans les trois à quatre heures suivant les premiers signes peut éviter des séquelles graves ou un décès.
Le thème retenu, « La vie après l’AVC », met l’accent sur un aspect souvent négligé : le suivi post-AVC. Au Cameroun, de nombreux survivants se retrouvent en situation de handicap durable, sans prise en charge de rééducation adaptée. Le ministère de la Santé publique, à travers le Dr Manaouda Malachie, plaide pour la création de centres spécialisés de réhabilitation neurologique dans les hôpitaux régionaux, ainsi que pour le renforcement des capacités du personnel médical dans la prise en charge de la phase post-critique. « Sauver des vies, c’est aussi redonner espoir à ceux qui ont survécu. La rééducation est la clé d’un retour à la dignité », a rappelé un neurologue du CHU de Yaoundé.
Au-delà de la cérémonie officielle, la journée a été marquée par une conférence scientifique, des dépistages gratuits de l’hypertension et des campagnes d’information destinées au grand public. Les associations de patients et ONG partenaires ont également sensibilisé sur la reconnaissance précoce des symptômes et l’importance d’une prise en charge rapide. L’initiative s’inscrit dans la stratégie nationale de lutte contre les maladies non transmissibles (MNT), qui représentent aujourd’hui plus de 35 % des décès au Cameroun.
Face à la recrudescence des cas d’AVC, le ministère de la Santé envisage de renforcer le maillage territorial des unités de neurologie et de déployer une campagne nationale de prévention axée sur le dépistage de l’hypertension et le suivi des patients à risque. Le message est clair : l’AVC tue, mais il peut être prévenu. En misant sur la prévention, l’éducation sanitaire et la réhabilitation, le Cameroun espère inverser la tendance et sauver des milliers de vies.



