Cameroun : la route Kumbo–Ndu en retard, 43 % d’avancement pour 84 % de délais écoulés

Les travaux de construction de la route Kumbo–Ndu, dans la région du Nord-Ouest du Cameroun, accusent un retard préoccupant. Selon le ministère des Travaux publics (Mintp), au 1er novembre 2025, le taux d’exécution du projet atteint 43,48 %, alors que 84,23 % des délais contractuels ont déjà été consommés. Ce déséquilibre souligne la lenteur d’un chantier stratégique pour la connectivité et le désenclavement d’une région fragilisée par les crises sécuritaires.
La route Kumbo–Ndu, longue de 52 kilomètres, est un axe vital pour les échanges économiques et sociaux entre les départements du Bui et du Donga-Mantung. Elle relie les zones agricoles du Nord-Ouest aux marchés régionaux et nationaux. Mais le chantier, confié à Bun’s Sarl, une entreprise camerounaise, avance dans un contexte marqué par des contraintes multiples : fortes précipitations, insécurité persistante et difficultés logistiques.
Un projet vital à l’avancement préoccupant
Le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, a exprimé son inquiétude face au rythme du projet et a exhorté l’entreprise à accélérer les travaux pour respecter les engagements contractuels. « Malgré la forte pluviométrie enregistrée dans la région du Nord-Ouest et un contexte sécuritaire complexe, les efforts conjugués du maître d’ouvrage, du maître d’œuvre et de l’entreprise permettent d’assurer la continuité des travaux et le maintien de la circulation », a indiqué le Mintp dans un communiqué.
Les données de suivi montrent que plusieurs tronçons restent encore en phase de terrassement et de stabilisation, tandis que les ouvrages de drainage et les couches de roulement n’ont progressé que lentement au cours des six derniers mois. Le retard d’exécution est désormais supérieur à 40 %, ce qui soulève des inquiétudes quant au respect du calendrier initial.
Un contexte local difficile
La région du Nord-Ouest, théâtre de tensions sociopolitiques depuis 2017, pose un défi logistique et sécuritaire constant aux entreprises de travaux publics. Les équipes de Bun’s Sarl doivent composer avec des restrictions de circulation, des conditions climatiques extrêmes et des difficultés d’approvisionnement en matériaux.
Les fortes pluies qui s’abattent sur les hautes terres de Kumbo et de Ndu entre juillet et octobre ont ralenti la progression des travaux de terrassement et fragilisé certaines sections déjà ouvertes à la circulation. À cela s’ajoute un manque de main-d’œuvre qualifiée et des délais d’acheminement des engins depuis les régions plus stables du pays.
Un projet emblématique des défis d’infrastructure du Cameroun
Le chantier Kumbo–Ndu est emblématique des grands défis d’infrastructure du Cameroun, où les projets routiers souffrent fréquemment de retards, de dépassements de coûts et de contraintes environnementales. Le pays dispose de moins de 10 % de routes bitumées sur un réseau de plus de 121 000 kilomètres, selon les chiffres du Mintp, ce qui freine le commerce intérieur et l’intégration régionale.
Dans un rapport récent, la Banque mondiale a souligné que les retards chroniques dans les travaux d’infrastructure rurale au Cameroun entraînent une perte moyenne de 1,5 point de croissance du PIB par an, en raison de la baisse de productivité agricole et du coût élevé du transport des marchandises.
La route Kumbo–Ndu, financée par le budget de l’État et des partenaires techniques bilatéraux, s’inscrit dans le Programme national de développement des infrastructures routières (PNDIR), qui vise à améliorer la mobilité dans les zones enclavées et à renforcer la cohésion territoriale.
Entre contraintes et espoir
Malgré les retards, les autorités assurent que le projet reste sur les rails. Des équipes du Mintp ont récemment effectué une mission de supervision sur le chantier pour identifier les points critiques et ajuster le calendrier. Des mesures ont également été prises pour accélérer la fourniture des matériaux et renforcer la sécurité autour des zones de travaux.
L’entreprise Bun’s Sarl, quant à elle, a promis de mobiliser davantage de ressources humaines et techniques dans les prochains mois. Selon ses ingénieurs, les principales difficultés devraient être surmontées dès la fin de la saison des pluies, permettant d’accélérer la pose des couches de base et de bitume.
Une équation budgétaire et politique
Au-delà des aspects techniques, le chantier Kumbo–Ndu a une dimension politique et symbolique. Il illustre la volonté du gouvernement de poursuivre les investissements dans les zones anglophones malgré l’insécurité persistante. Pour Yaoundé, ces projets constituent un outil de stabilisation économique et sociale, visant à restaurer la confiance des populations dans les institutions publiques.
Cependant, le retard du projet alimente aussi le scepticisme des habitants et des observateurs, qui y voient un symbole de la lenteur administrative et du manque de suivi dans la mise en œuvre des politiques d’aménagement du territoire.
Le défi de la résilience infrastructurelle
Les autorités camerounaises sont conscientes que les chantiers du Nord-Ouest et du Sud-Ouest constituent un test de résilience pour le secteur des travaux publics. La réussite du projet Kumbo–Ndu dépendra de la capacité de l’État et des partenaires à maintenir le cap malgré les contraintes.
Le ministère des Travaux publics a réaffirmé sa détermination à respecter les engagements du Plan national de développement routier (PNDR 2021–2030), qui prévoit la construction ou la réhabilitation de plus de 4 000 km de routes, dont 60 % dans les zones rurales.
Si les 43 % d’avancement de la route Kumbo–Ndu témoignent d’un progrès partiel, ils rappellent aussi que le développement des infrastructures reste une course d’endurance dans un environnement socio-économique complexe. Le défi, désormais, sera de transformer les efforts fragmentés en résultats concrets avant la fin du délai contractuel.
Patrick Tchounjo



