Barrages Mondial 2026 : la RDC sort le Nigeria aux tirs au but et touche du doigt une deuxième Coupe du monde

La République démocratique du Congo vient de signer l’un des plus grands exploits de son histoire récente. À Rabat, dans une finale de barrage irrespirable pour les qualifications africaines au Mondial 2026, les Léopards ont éliminé le Nigeria (1–1, 4–3 t.a.b.) au terme d’un match d’une intensité rare. En décrochant son billet pour le tournoi intercontinental prévu au Mexique en mars prochain, la RDC n’a jamais été aussi proche de retrouver une Coupe du monde, cinquante ans après la participation du Zaïre à l’édition 1974.
Un choc sous tension entre géant continental et outsider ambitieux
Sur le papier, le Nigeria partait favori. Les Super Eagles, habitués aux grandes compétitions et portés par une génération annoncée comme l’une des plus prometteuses d’Afrique, semblaient avoir l’ascendant. Jeudi, ils avaient renversé le Gabon (4–1) au bout du temps additionnel, affichant une capacité à faire la différence dans les moments décisifs. La RDC, elle, sortait d’une victoire héroïque contre le Cameroun arrachée en fin de match, signe d’une équipe dure au mal et mentalement solide.
La finale de Rabat a confirmé ce scénario d’affrontement entre un favori historique et un outsider décidé à bousculer la hiérarchie. Dès la troisième minute, une intervention manquée de Masuaku et une frappe de Frank Onyeka déviée par Tuanzebe offraient l’ouverture du score au Nigeria. À 1–0, on pouvait craindre que la machine se mette en marche et que la RDC ne revienne jamais.
Mais c’est précisément là que les hommes de Sébastien Desabre ont montré leur progression. Loin de sombrer, les Congolais ont progressivement pris la main sur le ballon, se sont installés dans le camp adverse et ont imposé un tempo plus conforme à leurs qualités techniques.

Le sursaut congolais et l’égalisation d’Elia
La montée en puissance congolaise s’est matérialisée par une égalisation parfaitement construite. Au terme d’une séquence collective maîtrisée, Bakambu débordait côté droit et centrait pour Elia. L’ancien joueur des Young Boys et de Nantes profitait alors d’une intervention ratée de Ndidi pour conclure et ramener les siens à hauteur à la 32e minute.
Cette égalisation a fait basculer la dynamique du match. En face, Victor Osimhen, star annoncée de la soirée, est resté étonnamment discret, diminué physiquement et frustré par le manque de ballons exploitables. Agacé, l’attaquant a d’ailleurs cédé sa place à la mi-temps à Akor Adams. Un tournant, car à partir de ce remplacement, les Super Eagles n’ont quasiment plus existé offensivement.
Une seconde période dominée mais stérile
Au retour des vestiaires, la RDC a installé une domination territoriale nette. Le bloc congolais, mieux organisé, a multiplié les initiatives, sans toutefois convertir cette maîtrise en occasions franches. En réponse, le sélectionneur nigérian a tenté de réagir en sortant Ademola Lookman et Samuel Chukwueze avant même l’heure de jeu, signe que le Nigeria subissait plus qu’il ne contrôlait.
Les minutes se sont écoulées sans véritable éclair offensif. Les Congolais ont insisté avec les entrées de Cipenga sur l’aile et de Mayele en pointe, cherchant à faire reculer encore un peu plus la défense nigériane. Mais la dernière passe a manqué, tout comme le geste juste dans les trente derniers mètres. Côté nigérian, l’inefficacité a été encore plus criante : depuis la sortie d’Osimhen, les Super Eagles n’ont plus cadré le moindre tir.
Dans ce contexte verrouillé, les prolongations sont devenues inévitables. Elles ont ouvert un nouveau chapitre, fait de tensions, de duels physiques et de décisions arbitrales contestées.
Prolongations : la RDC pousse, le Nigeria plie mais ne rompt pas
En prolongation, la RDC a continué de dicter le tempo. La meilleure illustration est venue d’une action litigieuse à la 108e minute. Sur un centre de Balikwisha, Sadiki se jette, pied en avant, pour pousser le ballon vers le but. La trajectoire laisse penser que la balle franchit la ligne, mais l’arbitre choisit de siffler une faute, provoquant la colère congolaise. À ce moment précis, l’impression générale est que le Nigeria ne tient plus que par la qualité de son gardien, Stanley Nwabali, et par une défense regroupée.
La dernière occasion du temps additionnel porte la signature de Chancel Mbemba. Déjà buteur décisif contre le Cameroun, le capitaine des Léopards croit refaire le coup, cette fois de la tête, à la 121e minute. Mais Nwabali sort une parade miraculeuse qui maintient le Nigeria en vie et repousse l’issue à la séance de tirs au but.
Fayulu et Mbemba, symboles d’une sélection qui a changé de dimension
La loterie des tirs au but s’annonçait indécise. Sébastien Desabre a pris une décision forte juste avant le coup de sifflet final des prolongations : remplacer Lionel Mpasi, titulaire, par Timothy Fayulu, gardien prêté par Sion au FC Noah, réputé plus à l’aise dans cet exercice.
Le pari s’est révélé payant. Fayulu s’est mué en héros en repoussant la tentative de Moses Simon, puis en restant solide mentalement jusqu’au dernier tir. En face, Nwabali a lui aussi brillé en arrêtant les tentatives de Moutoussamy et de Tuanzebe, entretenant le suspense jusqu’au bout.
La délivrance est venue du capitaine. Chancel Mbemba, encore lui, a transformé le tir décisif après un ultime arrêt de Fayulu. En inscrivant ce penalty, le défenseur de l’Olympique de Marseille a confirmé son statut de leader incontesté de cette génération congolaise. Sa trajectoire résume celle des Léopards : disciplinée, patiente, ambitieuse.
La RDC aux portes d’une deuxième Coupe du monde
Avec cette victoire, la RDC s’offre un billet pour le tournoi intercontinental au Mexique, dernière marche avant une qualification pour la Coupe du monde 2026. Cinquante ans après le Zaïre de 1974, le pays retrouve l’opportunité d’écrire une nouvelle page de son histoire sur la scène mondiale.
Au-delà de l’émotion, ce succès illustre la montée en puissance d’une sélection construite dans la durée. Sous la direction de Sébastien Desabre, les Léopards ont gagné en organisation, en maturité tactique et en rigueur défensive. Ils affichent désormais une véritable identité de jeu, faite d’intensité, de transitions bien négociées et d’une capacité à répondre présent dans les grands rendez-vous.
En face, l’élimination du Nigeria résonne comme un séisme. Habitués à faire partie du paysage mondial, les Super Eagles voient une fois de plus leurs rêves brisés aux portes d’un grand tournoi. L’échec questionne la gestion d’un vivier pourtant riche, la cohérence du projet de jeu et la capacité de cette génération à assumer la pression dans les moments clés.
Pour la RDC, la route n’est pas encore complètement dégagée. Le barrage intercontinental au Mexique s’annonce difficile, face à des sélections aguerries issues d’autres confédérations. Mais la dynamique actuelle, la force collective affichée à Rabat et la confiance accumulée laissent penser que les Léopards ont désormais les moyens de regarder le rêve mondialiste en face.
En sortant le Nigeria au terme d’un combat à haute intensité, la République démocratique du Congo a envoyé un message clair au continent : il faudra compter avec elle dans la nouvelle hiérarchie africaine, sur la route de la Coupe du monde 2026.
Patrick Tchounjo



