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Énergie : Sodecoton confie à Bercotech la centrale solaire de Touboro (110 kVA) pour 289,7 millions FCFA

À Touboro, dans le Nord du Cameroun, l’énergie n’est pas un poste de confort. C’est une condition de production. Quand l’usine d’égrenage tourne, c’est toute la mécanique de la campagne cotonnière qui dépend d’un courant stable, disponible, prévisible. Or, depuis plusieurs années, la stabilité s’est déplacée : du réseau vers l’autonomie… et de l’autonomie vers une dépendance quasi exclusive au gasoil. C’est ce cercle que la Sodecoton tente de desserrer, en ajoutant une brique solaire à son dispositif industriel.

Selon une décision datée du 4 décembre 2025 consultée par Investir au Cameroun, la Société de développement du coton du Cameroun a attribué à Bercotech le marché de fourniture, installation et mise en service d’une centrale solaire photovoltaïque sur le site de son usine d’égrenage de Touboro. Le montant du contrat s’élève à 289,7 millions FCFA TTC, pour un délai d’exécution de 180 jours à compter de la notification de l’ordre de service.

Un appel d’offres resserré, une sélection compétitive

Le marché découle d’un appel d’offres international restreint lancé le 17 septembre 2025. La procédure s’inscrivait dans une logique de présélection : 13 entreprises avaient été retenues, parmi lesquelles EDF Cameroun, Energy Arno, CFAO Technologies & Energy ou encore Parlym Drone. Le projet prolonge par ailleurs un premier appel d’offres lancé en octobre 2024, signe d’un dossier qui a mûri, été recalibré, puis relancé jusqu’à la décision d’attribution.

Dans un secteur où les marchés solaires industriels se multiplient, la compétition ne se joue plus seulement sur le prix, mais sur la capacité à livrer “clé en main” dans des environnements contraints : génie civil, intégration électrique, maintenance, disponibilité des pièces, garanties, et capacité à coupler le solaire à des groupes thermiques existants.

110 kVA en solaire, mais une logique de système

Le cahier des charges prévoit une centrale solaire autonome d’une puissance minimale de 110 kVA, appelée à fonctionner en couplage avec la centrale thermique existante. Celle-ci repose sur des groupes électrogènes de 1 500 kVA et 110 kVA.

La nuance est importante : Touboro ne “passe” pas au solaire, il hybride son alimentation. La stratégie est pragmatique. Le solaire vient réduire l’exposition au gasoil sur certaines plages et certains usages, sans prendre le risque industriel d’une bascule brutale. C’est souvent la trajectoire la plus rationnelle pour une usine : sécuriser la continuité, puis déplacer progressivement le centre de gravité énergétique.

Touboro, site pilote : d’abord les annexes, ensuite le cœur industriel

Désigné site pilote, Touboro doit, dans un premier temps, assurer l’alimentation autonome des annexes de l’usine : bureaux, logements, magasins et éclairage extérieur. À terme, l’infrastructure devrait progressivement se substituer au groupe de 110 kVA et permettre un doublement de la puissance disponible, afin d’alimenter également les ateliers, le garage et le réseau incendie.

Ce phasage raconte une méthode. On commence par les usages “périphériques” pour stabiliser le système, mesurer les performances, ajuster l’exploitation, puis on étend à des charges plus sensibles. C’est une approche classique de gestion du risque industriel.

Le tournant énergétique sous contrainte du gasoil

Jusqu’à fin 2017, l’usine de Touboro bénéficiait de l’alimentation du réseau d’Eneo. Mais l’accroissement démographique, l’urbanisation et la recrudescence des délestages ont poussé l’entreprise vers une autonomie énergétique reposant presque entièrement sur le gasoil.

Le groupe principal de 1 500 kVA consomme en moyenne 250 litres par heure, avec un fonctionnement pouvant atteindre 22 heures par jour pendant quatre à cinq mois de campagne cotonnière. En appoint, un groupe de 110 kVA, consommant environ 7 litres par heure, alimente les bureaux, logements et installations d’éclairage.

Dans cette configuration, le coût énergétique n’est pas seulement élevé : il est volatil, exposé aux prix, aux tensions d’approvisionnement, et aux risques logistiques. La flambée des prix du gasoil observée en 2023, combinée aux difficultés d’accès aux volumes, a renforcé la nécessité d’identifier une alternative plus soutenable. Dans ce contexte, le photovoltaïque s’impose moins comme un “choix vert” que comme une décision de gestion : réduire un risque, stabiliser un poste de dépense, sécuriser la production.

Ce que Sodecoton achète réellement

À première vue, Sodecoton achète une centrale solaire. En réalité, elle achète quatre choses.

Une assurance contre l’instabilité énergétique
Le solaire ne supprime pas le thermique, mais il réduit la probabilité de rupture, notamment sur les usages annexes, et donne plus de flexibilité d’exploitation.

Une baisse potentielle du coût marginal
Chaque kilowatt produit par le soleil est un kilowatt qui ne dépend pas d’un camion-citerne. Le gain exact dépendra de l’ensoleillement, de la qualité d’intégration, et de la maintenance. Mais la logique économique est celle d’une substitution partielle et progressive du gasoil.

Une amélioration de la performance industrielle
Une énergie plus stable améliore l’exploitation : moins d’arrêts, moins de stress logistique, meilleure planification, meilleure disponibilité des équipements auxiliaires (éclairage, sécurité, incendie).

Un prototype réplicable
En choisissant Touboro comme pilote, Sodecoton teste un modèle hybride qu’elle peut dupliquer ailleurs si les résultats sont concluants : même logique de couplage, même méthodologie de déploiement, même courbe d’apprentissage.

Le vrai enjeu sera l’exploitation, pas l’inauguration

Dans l’énergie solaire industrielle, l’attribution d’un marché est la partie visible. La performance se joue ensuite : dimensionnement réel, qualité des équipements, intégration au thermique, gestion des batteries (si prévues), maintenance, disponibilité des pièces, formation des équipes, et pilotage opérationnel pendant les pics de charge.

Le délai de 180 jours fixe désormais un tempo. Si la mise en service suit ce calendrier, Touboro pourrait devenir un cas d’école pour l’autonomie énergétique hybride dans l’agro-industrie camerounaise, où la question énergétique est souvent un frein silencieux à la compétitivité.

Patrick Tchounjo

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