Cameroun : après la présidentielle contestée, l’archevêque Samuel Kleda alerte sur les « conséquences » d’une crise politique et sociale profonde

L’archevêque de Douala, Mgr Samuel Kleda, a brisé le silence ce samedi 1er novembre 2025, en appelant les Camerounais à « réfléchir aux conséquences de la situation actuelle » que traverse le pays depuis la publication des résultats officiels de l’élection présidentielle du 27 octobre. Une sortie rare et lourde de sens, dans un contexte marqué par la défiance politique, la tension sociale et un climat économique fragilisé.
Dans sa déclaration, le haut prélat a dénoncé sans détour « une crise de confiance entre les gouvernants et les citoyens », tout en appelant à un sursaut moral et politique. S’il s’est gardé de nommer explicitement l’opposant Issa Tchiroma Bakary qui revendique la victoire face au président sortant . Mgr Kleda a clairement mis en doute la transparence du scrutin. « Le peuple camerounais mérite la vérité, car sans vérité, il ne peut y avoir ni paix durable, ni développement stable », a-t-il affirmé.
Une prise de position qui résonne dans un climat de défiance
L’appel de l’archevêque intervient alors que le pays connaît une recrudescence de tensions post-électorales : manifestations dispersées, arrestations ciblées et coupures intermittentes d’internet dans certaines régions. Cette situation, selon plusieurs observateurs, menace non seulement la stabilité politique du Cameroun, mais également la confiance des investisseurs et des partenaires économiques.
Depuis plusieurs années, Mgr Kleda s’est imposé comme l’une des voix morales les plus écoutées du pays. Connu pour ses positions franches sur la gouvernance, la justice sociale et la corruption, il appelle cette fois à une « réconciliation nationale fondée sur la vérité et la responsabilité ». Son message, relayé dans plusieurs paroisses et sur les réseaux sociaux, a suscité de vives réactions au sein de l’opinion publique, certains y voyant un signal d’alarme adressé au pouvoir.
Une économie sous pression, un horizon politique incertain
Alors que le pays peine à se relever des chocs économiques liés à la conjoncture mondiale et à la baisse de la confiance intérieure, la crise post-électorale vient assombrir les perspectives de croissance. Les investisseurs étrangers, déjà prudents, observent avec inquiétude les signaux politiques contradictoires. Dans ce contexte, la voix de l’Église catholique, forte de son influence sur le plan social, apparaît comme un appel au dialogue et à la raison.
« Le Cameroun doit choisir entre la voie du dialogue sincère et celle de la confrontation », a averti Mgr Kleda. Pour de nombreux analystes, cette déclaration marque un tournant dans le positionnement de l’Église, qui semble désormais vouloir jouer un rôle d’arbitre moral dans une transition politique incertaine.
Un avertissement pour les dirigeants et la communauté internationale
La sortie de Mgr Kleda pourrait pousser les autorités à réévaluer leur approche face à la contestation. Elle constitue également un signal adressé à la communauté internationale, souvent critiquée pour son silence dans les crises africaines post-électorales. En s’exprimant sur le ton de la prudence, mais avec fermeté, l’archevêque place la question de la vérité électorale au centre du débat national.
À travers cet appel, l’homme d’Église rappelle que la stabilité politique du Cameroun ne pourra se construire que sur la légitimité et la transparence. Dans un pays où la religion conserve une influence sociale majeure, ses mots résonnent comme une mise en garde : sans justice et sans dialogue, la paix reste fragile.
Patrick Tchounjo



