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Cameroun : le Japon injecte 1,5 milliard FCFA dans la reconstruction du Nord-Ouest et du Sud-Ouest

Un nouveau financement japonais pour le PPRD

Le Cameroun vient de sécuriser un nouveau soutien financier pour son plan de reconstruction des régions anglophones. Le 11 décembre 2025, à Yaoundé, le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, et l’ambassadeur du Japon au Cameroun, S.E. Minami Kentaro, ont signé le document de projet relatif à la Phase III du Plan présidentiel de reconstruction et de développement (PPRD) des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Le montant en jeu est de 1,5 milliard FCFA, soit un peu plus de 2,4 millions de dollars. Le démarrage des activités est annoncé pour janvier 2026. Au-delà des chiffres, ce financement illustre la volonté de Tokyo de s’inscrire dans la durée aux côtés du Cameroun dans la gestion des conséquences humanitaires et économiques de la crise dans les régions anglophones.

Des infrastructures de base au cœur de la Phase III

Contrairement aux grands projets d’infrastructures souvent associés aux financements bilatéraux, la contribution japonaise cible des équipements de proximité directement liés au quotidien des populations affectées.

Selon les termes du projet, cette troisième phase du PPRD financée par le Japon permettra la construction de douze forages à énergie solaire pour améliorer l’accès à l’eau potable dans des zones où les réseaux classiques ont été détruits ou n’ont jamais existé. Elle financera également six centres de santé afin de rapprocher l’offre de soins des communautés rurales et périurbaines touchées par la crise, ainsi que la reconstruction et l’équipement de six écoles dans treize communes de la région du Sud-Ouest, pour répondre à l’un des enjeux les plus symboliques de ce conflit : le retour des enfants sur les bancs de l’école.

Ces investissements ne régleront pas à eux seuls la question de la reconstruction dans les deux régions, mais ils constituent des signaux importants pour des populations dont l’accès aux services sociaux de base a été profondément fragilisé.

Un engagement japonais inscrit dans la durée

Ce nouveau financement s’inscrit dans la continuité du rôle déjà joué par le Japon dans le PPRD. Comme le rappelle le gouvernement camerounais, Tokyo a contribué aux phases I et II du plan à hauteur de 5 millions de dollars cumulés.

Ces ressources ont permis de financer des opérations de restauration et de réhabilitation d’infrastructures essentielles, de reconstruction partielle d’écoles, de centres de santé et de points d’eau, et de remise en service de services sociaux de base dans certaines localités. Selon les chiffres communiqués, ces premières phases ont touché environ 700 000 personnes. La contribution de 1,5 milliard FCFA pour la Phase III ne part donc pas de zéro. Elle vient alimenter un dispositif déjà en place, avec des procédures rodées et un acteur pivot clairement identifié.

Un plan piloté avec le PNUD

Le Plan présidentiel de reconstruction et de développement des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a été lancé à la suite du Grand Dialogue national de 2019, voulu par le président Paul Biya pour tenter d’apporter une réponse politique et institutionnelle à la crise dans ces régions.

Pour son exécution, l’État camerounais s’est appuyé sur le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), chargé d’assurer le rôle d’agence d’exécution.

Le ministre Alamine Ousmane Mey souligne que cette dynamique a réussi avec l’appui du PNUD, à la satisfaction des différentes parties prenantes. La présence d’un acteur multilatéral permet de rassurer les partenaires bilatéraux sur l’usage des fonds, de structurer des procédures de mise en œuvre plus proches des standards internationaux et de renforcer la légitimité du PPRD auprès des communautés cibles dans un contexte marqué par une forte défiance envers les institutions. Pour le Japon, ce montage réduit le risque opérationnel, offre une plus grande visibilité sur l’impact des fonds engagés et s’inscrit dans une logique de coopération multilatérale que Tokyo promeut de plus en plus en Afrique.

Une coopération bilatérale à forte portée politique

Au-delà de ce seul projet, le ministre a insisté sur la solidité des relations et la densité de la coopération entre le Cameroun et le Japon. Ce nouveau financement intervient dans un contexte où Tokyo cherche à consolider sa présence en Afrique centrale, à renforcer son image de partenaire fiable dans le financement des biens publics tels que l’éducation, la santé et l’accès à l’eau, et à se positionner comme un acteur constant sur les dossiers sensibles liés à la stabilité et au développement.

Pour Yaoundé, la contribution japonaise a une double portée. Elle est financière, dans un environnement où le coût de la crise et de la reconstruction pèse lourdement sur le budget national. Elle est également diplomatique, car l’engagement continu d’un pays comme le Japon envoie un signal de confiance aux autres bailleurs potentiels.

Reconstruire des territoires et restaurer la confiance

Le Plan présidentiel de reconstruction vise concrètement à rebâtir des écoles, des points d’eau et des centres de santé, mais ses enjeux sont autant symboliques que matériels.

Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la crise a détruit des infrastructures, fragmenté le tissu social, perturbé durablement l’accès à l’école, aux soins et à l’eau, et alimenté un sentiment d’abandon dans certaines communautés.

Reconstruire des équipements publics, c’est tenter de restituer une présence visible de l’État dans les territoires affectés, offrir des signes concrets que les engagements pris lors du Grand Dialogue national ne resteront pas lettre morte et, potentiellement, réduire certaines sources de frustration qui alimentent la défiance et la violence. Dans ce cadre, la contribution japonaise de 1,5 milliard FCFA, bien que modeste au regard de l’ampleur des besoins, s’inscrit dans un effort plus large visant à stabiliser la région par le développement.

Un test pour la mise en œuvre du PPRD

Reste une question centrale : cette troisième phase financée par le Japon sera-t-elle exécutée dans les délais et avec l’impact attendu ?

Les autorités annoncent un démarrage dès janvier 2026, un calendrier qui laisse peu de marge pour les retards administratifs et les lenteurs parfois observées dans l’exécution des projets publics.

La réussite de cette phase sera observée à travers le nombre réel de forages, d’écoles et de centres de santé effectivement livrés et opérationnels, la qualité de la construction et des équipements, l’implication des communautés locales dans la gestion de ces infrastructures et la capacité à fonctionner dans un environnement sécuritaire encore fragile.

En toile de fond, la Phase III du PPRD financée par le Japon servira aussi de baromètre pour d’éventuels financements additionnels, qu’ils viennent d’autres pays partenaires, de banques de développement ou de fonds thématiques dédiés à la reconstruction et à la résilience.

Pour l’heure, la signature du 11 décembre 2025 acte une réalité : malgré les contraintes budgétaires et sécuritaires, le dossier Nord-Ouest et Sud-Ouest continue d’attirer des engagements ciblés de partenaires extérieurs, prêts à investir dans la reconstruction à condition d’avoir des garanties sur la gouvernance et l’impact.

Patrick Tchounjo

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