Politique Internationale

Madagascar : le colonel Michael Randrianirina, l’homme fort d’une République en quête de refondation

Le chef du CAPSAT, artisan du renversement d’Andry Rajoelina, a prêté serment à Antananarivo. Entre promesse de « renaissance nationale » et inquiétudes d’un retour aux dérives militaires, Madagascar entre dans une nouvelle zone de turbulences politiques.

Antananarivo, 17 octobre 2025. Sous les applaudissements d’une foule mêlant militaires, civils et curieux, le colonel Michael Randrianirina a été investi président de la République de Madagascar. Cet événement marque l’épilogue d’une crise politique majeure ayant conduit à la chute d’Andry Rajoelina, accusé d’avoir trahi les aspirations populaires et d’avoir laissé le pays s’enfoncer dans une pauvreté endémique.

Le nouveau chef de l’État, figure jusque-là discrète de l’appareil militaire, s’est imposé en quelques semaines comme le visage d’un mouvement de rupture. À la tête du CAPSAT, unité d’élite réputée pour sa discipline et son efficacité, il a pris les rênes du pays après une série de manifestations massives dénonçant les coupures d’électricité, la flambée des prix et la corruption systémique.

Âgé de 51 ans, Michael Randrianirina n’est pas un novice. Ancien gouverneur de la région d’Androy entre 2016 et 2018, il s’était déjà fait remarquer pour sa rigueur administrative et son franc-parler face à la hiérarchie. Nommé en 2022 à la tête du Corps autonome des personnels et des services administratifs et techniques, il a construit sa réputation sur le terrain, entre loyauté militaire et sens aigu du devoir national.

Son discours, empreint de nationalisme pragmatique, séduit une jeunesse en perte de repères. « Nous ne voulons plus d’un État captif des élites, mais d’un pays souverain, équitable et juste », a-t-il déclaré lors de son investiture. Mais derrière cette rhétorique de redressement, de nombreux observateurs soulignent la concentration du pouvoir entre les mains de l’armée et l’absence d’un cadre constitutionnel clair.

À peine installé, le colonel-président a dissous le Sénat, la Haute Cour constitutionnelle et la Commission électorale nationale indépendante, tout en maintenant provisoirement l’Assemblée nationale. Cette reconfiguration institutionnelle vise, selon lui, à purger l’État de ses dysfonctionnements et à préparer une transition de dix-huit à vingt-quatre mois avant un retour à un gouvernement civil.

Cette promesse ne suffit pas à rassurer les chancelleries étrangères. L’Union africaine et les Nations unies ont dénoncé un changement de pouvoir inconstitutionnel, tandis que la Communauté de développement d’Afrique australe a suspendu Madagascar de ses instances. Les capitales africaines, conscientes du poids stratégique de la Grande Île dans la zone de l’océan Indien, appellent à une transition rapide, inclusive et crédible.

Si la communauté internationale se montre méfiante, la rue malgache semble accorder un sursis au colonel. Les jeunes manifestants, à l’origine de la chute de Rajoelina, voient en lui un symbole d’intégrité et de fermeté. Dans les quartiers populaires d’Antananarivo, on loue « l’officier du peuple », celui qui a refusé de tirer sur les manifestants et promis de lutter contre les réseaux corrompus.

Cependant, l’euphorie pourrait vite s’émousser. L’économie est exsangue, plus de 75 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, et les exportations minières stagnent. Sans plan économique structuré ni partenaires solides, la légitimité du colonel Randrianirina pourrait s’éroder aussi vite qu’elle s’est imposée.

L’ascension de Michael Randrianirina pose une question centrale : la Grande Île entre-t-elle dans une ère de refondation ou dans une nouvelle spirale d’instabilité ? Ses partisans voient en lui le bâtisseur d’un État fort, capable de restaurer la discipline, la transparence et la souveraineté nationale. Ses détracteurs y lisent le retour inquiétant des militaires au pouvoir, dans un pays qui a déjà connu plusieurs coups d’État.

Le colonel, lui, joue la carte de la modération. Il promet une transition patriotique et affirme que l’armée n’a pas vocation à gouverner, mais à remettre Madagascar sur les rails. Pour réussir, il devra composer avec une population impatiente, une économie à bout de souffle et un appareil international attentif à la moindre dérive autoritaire.

En s’emparant du pouvoir au nom du peuple, le colonel Michael Randrianirina a ouvert une page incertaine de l’histoire malgache. Sa popularité immédiate contraste avec les ombres qui planent sur la transition : absence de feuille de route claire, gestion autoritaire, pression extérieure. S’il parvient à stabiliser le pays, restaurer la confiance et organiser des élections crédibles, il pourrait s’imposer comme le rénovateur inattendu d’une République à bout de souffle. Mais s’il échoue, Madagascar risque de replonger dans le cycle sans fin des promesses trahies et des transitions avortées.

Patrick Tchounjo

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