Terres rares de Minta : avec Tronox, Lion Rock Minerals déclenche plus de 1 000 forages au Cameroun

Au centre du Cameroun, la localité de Minta s’impose peu à peu comme un nouveau front de la bataille mondiale pour les minéraux critiques. À la faveur de l’entrée au capital du géant américain Tronox, l’australien Lion Rock Minerals vient de lancer un ambitieux programme de forages sur son permis de Minta Est, avec en ligne de mire un assemblage minéral parmi les plus rémunérateurs du marché : rutile, zircon, monazite et xénotime, ces deux derniers étant riches en terres rares stratégiques.
Un programme de plus de 1 000 forages sur 250 km²
Selon la documentation transmise aux autorités et à la presse spécialisée, Lion Rock a engagé un programme de plus de 1 000 forages sur une superficie initiale d’environ 250 km² à Minta Est. Il s’agit d’un infill drilling intensif destiné à densifier les données géologiques dans les zones déjà reconnues comme fortement minéralisées.
L’objectif est double. Il s’agit, d’une part, de convertir les découvertes en ressources quantifiables, étape préalable aux études de faisabilité, et, d’autre part, d’affiner le ciblage des zones les plus riches en monazite et en xénotime, tout en consolidant le potentiel en rutile.
Les travaux de terrain récents ont mis en évidence des sols alluvionnaires fortement enrichis en monazite, avec des teneurs jugées « exceptionnelles » pouvant atteindre environ 70–75 % de monazite dans certains concentrés, ainsi que la présence significative de xénotime dans plusieurs cours d’eau situés en aval.
Un granite « enrichi en monazite » comme clé de voûte
Pour comprendre l’origine de cette minéralisation, Lion Rock a mobilisé des campagnes d’analyse radiométrique au thorium, une méthode efficace pour traquer les minéraux porteurs de terres rares. Ces travaux ont permis d’identifier la source : un granite enrichi en monazite, qui alimente les systèmes alluvionnaires et explique les fortes concentrations observées dans les sables.
C’est ce corps intrusif, désormais cartographié, qui sert de boussole au programme de forages actuels. En ciblant le contact entre ce granite et les formations sédimentaires où se concentrent les sables minéralisés, la société espère optimiser ses chances de mettre en évidence des volumes significatifs de rutile et de minerais de terres rares exploitables à l’échelle industrielle.
Casper Adson, directeur général de Lion Rock Minerals, résume l’enjeu en affirmant que Minta Est s’impose comme une cible de rutile et de terres rares à très haute valeur, enrichie en éléments de terres rares lourds à haute valeur, tels que le dysprosium (Dy) et le terbium (Tb), ainsi qu’en samarium (Sm) élevé, sur une superficie de 250 km².
Tronox, l’allié américain qui sécurise le cash et la technologie
Cette montée en puissance des travaux est directement liée à l’arrivée de Tronox Holdings plc, l’un des plus grands producteurs intégrés de dioxyde de titane, de zircon et de minéraux rares au monde. Le 15 octobre 2025, Lion Rock a annoncé une levée de 8,6 millions de dollars australiens, soit environ 3,3 milliards FCFA, via un placement privé intégralement souscrit par Tronox.
L’opération implique l’émission de plus de 153 millions d’actions nouvelles et confère au groupe américain environ 5 % du capital de la junior australienne.
Les fonds levés doivent servir très concrètement à accélérer les forages et la définition de ressources sur Minta Est, à financer les tests métallurgiques pour valider les circuits de traitement du rutile, de la monazite et du xénotime, et à renforcer les capacités d’analyse et de contrôle qualité sur le terrain au Cameroun.
Au-delà du financement, le partenariat ouvre à Lion Rock l’accès à l’expertise industrielle, commerciale et technologique de Tronox, qui investit de plus en plus dans la chaîne de valeur des terres rares issues de la monazite. Le groupe américain cherche à sécuriser de nouvelles sources d’approvisionnement en minéraux critiques pour ses propres circuits de transformation, dans un contexte de recomposition des chaînes mondiales jusque-là dominées par la Chine.
Minta Est, nouvel atout du Cameroun sur la carte des minéraux critiques
Le projet Minta couvre au total près de 8 800 km² de permis dans une zone sous-explorée du centre du Cameroun, considérée désormais par Lion Rock comme un district de sables minéralisés à rutile de dimension régionale.
Dans cet ensemble, Minta Est apparaît comme la pièce maîtresse. Le rutile y est recherché pour sa teneur en titane, qui alimente notamment l’industrie des pigments et certaines applications aéronautiques. Le zircon, de son côté, est utilisé dans les céramiques, la fonderie et certaines applications nucléaires. La monazite et le xénotime concentrent des terres rares légères et lourdes – notamment Dy, Tb et Sm – devenues essentielles pour les aimants permanents des éoliennes, des véhicules électriques, des équipements électroniques et de nombreuses applications de défense.
Dans un environnement où l’Europe, les États-Unis et plusieurs économies asiatiques cherchent à diversifier leurs approvisionnements en terres rares lourdes, le Cameroun dispose là d’un levier géo-économique inédit. Le potentiel de Minta Est en terres rares lourdes à haute valeur et en minéraux industriels à forte valeur ajoutée en fait un actif stratégique dans la diversification du portefeuille minier national.
Enjeux de gouvernance, d’environnement et de retombées locales
La montée en puissance de Minta pose cependant une série de questions structurantes pour Yaoundé. Sur le plan de la gouvernance et de la fiscalité, le pays devra arbitrer le partage de la rente entre l’État, la junior australienne et Tronox. Le Cameroun devra aussi décider s’il se contente d’exporter des concentrés ou s’il cherche à attirer des investissements dans la transformation locale, via des unités de séparation des terres rares, de production d’oxydes, voire, à plus long terme, de fabrication d’aimants.
L’acceptabilité sociale constitue un autre défi. L’exploitation de sables minéralisés contenant de la monazite et du xénotime peut être associée à la présence de thorium et d’éléments radioactifs. Les standards de gestion des résidus, de radioprotection et de réhabilitation des sites seront déterminants pour obtenir une licence sociale durable dans la région de Minta.
Enfin, l’articulation avec la stratégie énergétique du pays sera décisive. Les terres rares de Minta peuvent accompagner la transition énergétique mondiale, mais cette promesse suppose que le Cameroun lui-même sécurise un accès fiable à l’électricité et aux infrastructures nécessaires, qu’il s’agisse des routes, du rail, des installations portuaires ou de la capacité de production énergétique.
Pour l’heure, Lion Rock reste en phase d’exploration avancée. Mais l’intensification des forages, l’appui financier et technique de Tronox et le profil minéralogique très particulier de Minta Est font déjà de ce projet l’un des dossiers miniers les plus stratégiques à suivre au Cameroun dans les prochaines années.
Patrick Tchounjo



