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CANIMAF 2025 : une cinquième édition stratégique pour l’animation africaine

Contexte et enjeux d’une édition anniversaire

La cinquième édition du Festival du cinéma d’animation africain du Cameroun (CANIMAF) se déroulera les 5 et 6 décembre 2025 au Krystal Palace de Douala. Contrairement à une simple édition jubilaire, cette année marque un tournant : au‐delà de célébrer cinq ans de résilience et de créativité, les organisateurs ont revu le format à la baisse pour s’adapter à un climat politique tendu au Cameroun . Ils revendiquent néanmoins une approche « minimaliste » mais élégante, axée sur l’essentiel et l’exclusivité, pour affirmer une vision durable et internationale du festival . 

Le festival est porté par son promoteur, Jérôme Soffo Simo, qui souligne l’importance de la résidence de création et de l’accompagnement par des mentors comme Claye Edou et Antoine Onomo pour soutenir les talents.

Après une édition 2024 réussie consacrée au retour du festival, CANIMAF 2025 se veut un moment de réflexion et de projection. En choisissant pour thème « L’intelligence artificielle : atout ou ennemi des créateurs d’animation ? », l’appel à contributions invite chercheurs, professionnels et artistes à proposer conférences, ateliers, masterclass ou études de cas autour des innovations technologiques et des défis culturels du secteur.  Cette thématique ambitieuse ouvre un débat sur la place des technologies émergentes dans l’animation africaine et encourage un dialogue entre création et futur.

Programme : sobriété, rétrospectives et transmission

Malgré son format resserré, CANIMAF 2025 conserve une programmation festive. Le festival prévoit des rétrospectives des films qui ont marqué les éditions précédentes, des hommages aux pionniers de l’animation africaine et une mise en lumière de la nouvelle génération de créateurs. Des rencontres professionnelles et des ateliers de partage de savoirs jalonneront les deux jours d’événement.  Des analyses publiées sur des sites spécialisés dans l’animation insistent sur le rôle central de ces séances : elles abordent la conception de scénarios, le pipeline de production, le design et l’essor d’un écosystème d’animation pérenne.  

Les catégories en compétition reflètent également cette volonté d’équilibre entre exigence artistique et diversité. La sélection officielle est volontairement réduite pour privilégier la liberté d’expression et la cohérence artistique. Quatre principaux prix seront décernés : meilleur court‐métrage africain d’animation, meilleure série TV africaine, meilleur long métrage d’animation et meilleur court métrage international. Parmi les œuvres retenues figurent des films camerounais tels que Dyla et Molyko, la série Les vacances du petit Séka et des productions internationales comme Juliet & the King et Olivia & the Clouds

Un jury local pour une dimension internationale

Afin d’accompagner cette cinquième édition, CANIMAF a fait le choix d’un jury composé de personnalités reconnues du secteur créatif camerounais. Cyrille Masso, réalisateur et doyen des jeunes cinéastes du pays, présidera le jury. Il sera épaulé par Ejob Nathanael, fondateur de Zebra Comics et promoteur de webtoons et jeux vidéo africains, et Claye Edou, réalisateur et producteur pionnier de l’industrie.  Cette équipe illustre l’engagement du festival pour la professionnalisation locale tout en préparant l’ouverture internationale envisagée pour les prochaines éditions.

La résidence de création : un investissement dans l’avenir

Au delà des projections et des débats, CANIMAF 2025 mise sur la transmission via sa résidence de création. La sélection pour cette résidence, accueillie dans les studios Zebra Comics à Douala, a été attribuée au projet Fonyuy Darius. Cette œuvre imaginée par le jeune créateur Mengnjo Mark Kernyuy raconte l’histoire d’un homme partagé entre la foi chrétienne et l’héritage spirituel ancestral, inspirée par des univers comme Jujutsu Kaisen ou Avatar : le dernier maître de l’air. Encadrée par Claye Edou et Antoine Onomo, la résidence offrira un espace de travail professionnel, un accompagnement artistique et technique et vise à renforcer le scénario ainsi que la richesse visuelle du projet. 

En créant cette structure, le festival répond au manque de financements et d’infrastructures auquel font face les animateurs africains. Des observateurs spécialisés soulignent l’importance de cette initiative pour poser les bases d’un écosystème durable où les créateurs peuvent accéder à des mentors, à un réseau et à des ressources qui dépassent la simple projection de films. 

Analyse : CANIMAF 2025, un modèle de résilience et de vision

L’édition 2025 de CANIMAF illustre la capacité d’adaptation de l’industrie créative camerounaise. En réduisant le nombre de films et en mettant l’accent sur l’essentiel, le festival adopte une stratégie de résilience face aux contraintes politiques et économiques tout en réaffirmant son ambition internationale.  Cette sobriété assumée est contrebalancée par une programmation tournée vers l’avenir : thématique de l’intelligence artificielle, résidence de création et formation professionnelle montrent que CANIMAF ne se contente pas de célébrer le passé mais construit un pont vers les nouveaux défis et opportunités de l’animation africaine. 

L’engagement de l’événement en faveur d’une scène locale forte – matérialisé par un jury national et des résidences pour jeunes talents – n’empêche pas l’ouverture. Le festival prévoit déjà d’élargir ses partenariats internationaux pour les prochaines éditions.  En ce sens, CANIMAF 2025 se positionne comme un carrefour essentiel pour les animateurs africains : un lieu où la tradition rencontre l’innovation, où la formation rencontre la célébration, et où se dessine, malgré les contraintes, un horizon pour l’industrie de l’animation sur le continent

Patrick Tchounjo

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