Travaux Publics

Sud Cameroun : 1 019 km déjà transformés, 679 milliards FCFA de projets en vue pour l’intégration sous-régionale

Au-delà des projets déjà livrés, la région du Sud est encore un vaste chantier. Vingt-cinq projets sont actuellement en cours d’exécution pour un montant global de 157,40 milliards FCFA. Ils couvrent le bitumage de 233,2 km de routes supplémentaires, la réhabilitation de 74,17 km, l’entretien de 156,65 km et la construction de 698,34 mètres linéaires d’ouvrages d’art.

Les opérations en cours portent notamment sur la route Olounou–Oveng, des interventions sur les Nationales 21, 7 et 2, les voiries urbaines, les ponts communaux et de lourds travaux d’assainissement et de réfection sur les axes considérés comme prioritaires. Là où les phases 2018–2022 étaient surtout centrées sur l’ouverture de nouveaux corridors, la séquence actuelle met davantage l’accent sur la consolidation des infrastructures, la protection des chaussées et la résilience face aux intempéries.

2025 : une année charnière avec 337 milliards FCFA de nouveaux engagements

L’année 2025 s’annonce comme une nouvelle marche dans l’effort d’investissement. Quinze nouveaux projets sont programmés pour un montant prévisionnel de 336,97 milliards FCFA. Ce portefeuille couvre le bitumage de 261,28 km, la réhabilitation de 228,67 km et la construction de 1 103 mètres linéaires d’ouvrages d’art.

Les priorités sont clairement identifiées. La voie expresse Lolabé–Campo doit prolonger la dynamique initiée par l’autoroute Kribi–Lolabé et renforcer le positionnement du port de Kribi comme hub logistique et énergétique. La section Bingambo–Grand Zambi de la Nationale 22 vise à sécuriser un axe côtier stratégique, tandis que la route Ebolowa–Akom II–Kribi doit mieux connecter l’hinterland aux infrastructures portuaires et touristiques. Les projets frontaliers, dont le pont sur le fleuve Ntem, traduisent quant à eux une volonté d’intégration économique plus forte avec les pays voisins.

Rapporté aux linéaires concernés, l’enveloppe 2025 représente un coût moyen par kilomètre supérieur à celui de la période 2018–2024, signe d’une montée en gamme des travaux, d’une complexité technique accrue et de l’importance des ouvrages d’art dans les nouveaux projets.

679 milliards FCFA de projets structurants en perspective : la carte routière de demain

Au-delà de 2025, la région du Sud bénéficie, en perspective, d’un portefeuille de 11 nouveaux projets structurants évalués à 679,03 milliards FCFA. Ces interventions portent sur 435,95 km de routes neuves, 30,48 km de réhabilitation et 153,5 mètres linéaires d’ouvrages d’art.

Ces axes d’intégration majeurs incluent notamment l’autoroute Edéa–Kribi (phase II), qui vise à rapprocher davantage le port de Kribi des zones industrielles du Littoral, les routes Oveng–Frontière Gabon, Ekong–Nkongmekak–Bengbis et Bengbis–Oyem, pensées comme des corridors de connexion sous-régionale. À terme, la région du Sud pourrait ainsi devenir un point de bascule pour les flux commerciaux entre le Cameroun, le Gabon et la Guinée équatoriale, en tirant parti de sa façade maritime et de ses frontières terrestres.

Si l’ensemble des projets réalisés, en cours, programmés et en perspective sont menés à terme, l’effort cumulé atteindrait plus de 1 800 milliards FCFA sur un horizon d’une décennie, un niveau d’investissement qui rapproche la région du Sud des standards des grands corridors d’intégration continentale.

Décentralisation et entretien : le rôle clé des collectivités

La dynamique d’investissement ne repose pas uniquement sur l’État central et le Mintp. Dans le cadre de la décentralisation, le Conseil régional du Sud a perçu 2,538 milliards FCFA entre 2023 et 2025, tandis que 17,576 milliards FCFA ont été transférés à 29 communes depuis 2018. Ces ressources sont destinées à l’entretien courant, à la construction de ponts et à la modernisation des dessertes des bassins de production.

Ce flux financier vers les collectivités locales est un signal important. Il matérialise un changement de paradigme : après la phase de “grands travaux” pilotés par l’État, la durabilité des investissements dépendra de la capacité des communes et du Conseil régional à assurer l’entretien régulier, à prioriser les tronçons structurants et à éviter le retour rapide des dégradations.

Les défis derrière les chiffres : absorption, qualité et soutenabilité

Pour autant, l’équation n’est pas sans risques. La montée en puissance rapide des chantiers pose la question de la capacité d’absorption locale, tant pour les entreprises de travaux publics que pour les administrations chargées du suivi. Les retards de paiement, les aléas géotechniques et les contraintes climatiques peuvent renchérir les coûts réels par rapport aux prévisions initiales.

La soutenabilité budgétaire est un autre enjeu. Dans un contexte de ressources publiques contraintes, l’arbitrage entre nouveaux travaux et entretien du réseau existant sera déterminant. Un kilomètre de route mal entretenu peut annuler en quelques années les efforts consentis en phase de construction.

Enfin, la dimension sociale et environnementale devient centrale. Les axes qui traversent des zones forestières sensibles ou des territoires autochtones exigent des mécanismes de compensation et de concertation, sous peine de transformer un atout économique en source de tensions locales.

Pour la région du Sud, la route devient ainsi bien plus qu’un simple ruban de bitume : un levier de compétitivité, un test de gouvernance et un marqueur de l’ambition du Cameroun à s’arrimer durablement aux flux économiques régionaux et mondiaux.

Patrick Tchounjo

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