Cameroun : Oriole Resources lève 1,3 milliard de FCFA pour transformer ses découvertes aurifères en mines industrielles

Oriole Resources change de dimension au Cameroun. La société britannique d’exploration aurifère, cotée sur l’AIM à Londres et active en Afrique de l’Ouest et du Centre, vient d’annoncer une nouvelle levée de fonds de 1,8 million de livres sterling, soit environ 1,3 milliard de FCFA, via l’émission de 750 millions de nouvelles actions à 0,24 pence l’unité. L’objectif est clair : financer une phase d’accélération de ses projets aurifères au Cameroun, en particulier Bibemi et Mbe, à un moment où le pays cherche à structurer une véritable industrie de l’or.
Pour Oriole, cette opération renforce un pari déjà bien engagé : celui de convertir des ressources géologiques prometteuses en projets miniers viables, dans un pays encore peu présent sur la carte des grands producteurs africains d’or, mais doté d’un potentiel conséquent.
Bibemi et Mbe, deux piliers d’une stratégie camerounaise
La levée de fonds annoncée le 14 novembre doit d’abord alimenter les programmes de terrain sur le permis de Bibemi, dans le nord du Cameroun. Oriole y a déjà déclaré 460 000 onces d’or dans les catégories Indiquées et Présumées selon la norme JORC, un référentiel international de reporting minier. Parallèlement, la société travaille à la modélisation d’une Évaluation économique préliminaire (EEP), étape clé pour tester la viabilité du projet en conditions réelles de marché, avant de déposer une demande de licence d’exploitation.
En parallèle, des travaux d’exploration complémentaires sont prévus sur la licence Centre-Est, ce qui montre que la société ne se limite pas à un seul gisement mais cherche à s’ancrer dans la durée sur le territoire camerounais.
L’autre pilier de la stratégie d’Oriole au Cameroun est le projet Mbe, dans la région de l’Adamaoua. Là encore, les derniers résultats sont significatifs : la société a annoncé une première estimation minimale des ressources (EMR) de 870 000 onces d’or contenues, dans la catégorie Présumée, pour le gisement MB01-S. Autrement dit, Oriole dispose désormais, sur le seul duo Bibemi–Mbe, d’un portefeuille de ressources approchant 1,3 million d’onces, une masse critique suffisante pour envisager, à terme, une entrée dans la cour des exploitants industriels.
Une année “riche en succès” selon la direction
Le ton du PDG, Martin Rosser, traduit la confiance d’Oriole dans sa trajectoire camerounaise. À l’approche de la fin de 2025, il décrit « une année riche en succès », citant d’abord Bibemi pour ses 460 000 onces déclarées, la modélisation en cours de l’EEP et les négociations relatives au permis d’exploitation qui doivent s’intensifier. Ensuite Mbe, avec cette première EMR de 870 000 onces d’or pour MB01-S, considérée en interne comme un jalon majeur.
Ce discours traduit une bascule stratégique : Oriole n’est plus seulement dans une logique de prospection pure, mais de préparation de l’exploitation, avec des études techniques, économiques et environnementales de plus en plus poussées. La levée de 1,3 milliard de FCFA apparaît comme un carburant financier pour franchir ce cap.
Un levier supplémentaire : le partenariat avec le groupe BCM
L’autre élément structurant du moment pour Oriole au Cameroun est le partenariat avec le groupe ghanéen BCM, acteur de référence dans les services miniers en Afrique. Quelques jours avant l’annonce de la levée de fonds, Oriole a officialisé un accord de financement avec BCM autour des projets de Mbe et de Bibemi, dont la société détient actuellement 90 % des titres d’exploration.
Selon les termes de l’accord, BCM s’engage à investir plus de 2 milliards de FCFA dans les travaux de forage sur le permis de Mbe, en échange de 50 % des actifs de ce projet. Il s’agit d’une structure classique de partage de capital et de coûts dans l’exploration minière : Oriole conserve un rôle de chef de file technique et stratégique, tout en diluant le risque financier et en s’appuyant sur un partenaire doté d’une forte capacité opérationnelle sur le terrain.
Combiné à la levée de capitaux auprès des marchés, ce partenariat réduit la pression sur la trésorerie d’Oriole et augmente sa marge de manœuvre pour multiplier les campagnes de forage, accélérer les études et, surtout, diminuer le temps entre la découverte et une éventuelle décision d’investissement minier.
Un signal fort pour un secteur aurifère camerounais encore émergent
Sur le plan camerounais, ces annonces s’inscrivent dans un contexte particulier. Yaoundé affiche depuis plusieurs années sa volonté de structurer davantage son industrie extractive, longtemps dominée par le pétrole et, plus récemment, par des projets de minerai de fer. L’or artisanal, très présent dans certaines régions, souffre de son côté d’un encadrement limité et de pertes importantes pour l’État en termes de recettes et de traçabilité.
L’arrivée d’acteurs comme Oriole, appuyés par des partenaires industriels comme BCM, ouvre la porte à l’émergence d’une filière aurifère industrielle mieux encadrée, plus transparente et potentiellement plus contributive pour le budget national. Mais elle pose aussi des exigences nouvelles en matière de gouvernance minière : régulation, fiscalité, gestion des licences, normes environnementales, partage des bénéfices avec les communautés locales.
Si les projets de Bibemi et Mbe prennent corps, l’État camerounais devra arbitrer entre la captation de la rente (redevances, impôts, éventuelles participations au capital) et l’attrait des investisseurs, dans un environnement régional où d’autres pays, comme le Mali, le Burkina Faso ou la Côte d’Ivoire, ont déjà une longueur d’avance sur l’or.
Un marché financier qui croit encore à l’histoire Oriole
En levant 1,8 million de livres via l’émission de 750 millions de nouvelles actions à un prix unitaire modeste, Oriole montre qu’elle conserve la confiance d’une partie des investisseurs spécialisés dans les juniors minières, malgré les risques inhérents à ce type de projets. La cotation sur l’AIM, segment londonien dédié aux entreprises à forte croissance et à profil plus risqué, facilite ce type de financement dilutif.
Pour l’entreprise, il s’agit d’un arbitrage assumé : accepter une dilution de l’actionnariat à court terme pour financer les étapes critiques de la création de valeur – forage, évaluation des ressources, études économiques, démarches réglementaires. Si Bibemi et Mbe évoluent favorablement vers des décisions de construction, les actionnaires seront en position de bénéficier d’un re-rating significatif du titre. À l’inverse, tout retard majeur, tout résultat technique décevant ou toute difficulté réglementaire au Cameroun pourrait fragiliser ce récit.
Une étape clé, mais un long chemin jusqu’à la mine
La levée de 1,3 milliard de FCFA et l’accord avec BCM représentent sans conteste une étape importante pour Oriole Resources au Cameroun. Ils consolident sa présence, sécurisent des moyens pour la prochaine phase et envoient un signal positif au marché sur la maturité croissante de ses projets aurifères.
Mais le chemin reste long jusqu’à l’exploitation industrielle. Entre les ressources JORC et une mine en production s’interposent encore de nombreuses étapes : complétion des forages, études de faisabilité détaillées, négociations avec l’État pour les licences et la fiscalité, mobilisation des financements de construction, gestion des enjeux sociaux et environnementaux.
Dans un pays où les attentes autour des ressources naturelles sont fortes, chaque annonce d’investissement minier nourrit autant d’espoirs que de prudence. Oriole Resources, en cherchant à convertir ses découvertes de Bibemi et Mbe en projets concrets, se retrouve désormais à la croisée de ces attentes. La façon dont elle gérera cette phase d’accélération dira si le Cameroun peut, à son tour, devenir un nouvel acteur crédible de l’or africain, ou si ces ressources resteront encore quelques années au stade de promesses géologiques.
Patrick Tchounjo



