Santé

VIH/Sida : le Cameroun veut désormais financer sa riposte avec ses propres ressources

Face à la baisse progressive des financements extérieurs, le Cameroun amorce un tournant stratégique dans la lutte contre le VIH/Sida. Le gouvernement, par l’entremise du ministère de la Santé publique (MINSANTÉ), ambitionne désormais de miser sur ses ressources internes et sur une mobilisation accrue des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) ainsi que du secteur privé. Cette orientation marque une étape décisive vers une riposte nationale plus résiliente et souveraine.

Réunis à Ebolowa à la fin du mois d’octobre 2025, les principaux acteurs de la lutte ont élaboré le Plan de communication du Mois Camerounais contre le Sida 2025. Ce document stratégique fixe les orientations pour renforcer la prévention, intensifier la sensibilisation et surtout promouvoir une synergie nationale autour de la mobilisation des ressources locales.

Vers une riposte endogène et durable

Depuis plus d’une décennie, la lutte contre le VIH/Sida au Cameroun repose en grande partie sur les financements internationaux, notamment ceux du Fonds mondial, de l’ONUSIDA et du PEPFAR. Mais la réduction progressive de ces appuis, liée à la réorientation des priorités globales et à la montée d’autres urgences sanitaires, pousse Yaoundé à repenser son modèle.

L’enjeu est clair : assurer la pérennité des programmes de prévention, de traitement et de prise en charge sans dépendre exclusivement des bailleurs. « Le Cameroun doit désormais construire une riposte autoportée, ancrée sur ses propres capacités et ses communautés », a rappelé un cadre du MINSANTÉ lors des travaux d’Ebolowa.

Le rôle clé des Collectivités et du secteur privé

Le plan adopté met un accent particulier sur la territorialisation de la lutte. Les communes, les conseils régionaux et les entreprises locales seront encouragés à financer directement des campagnes de prévention, des tests de dépistage et des initiatives communautaires. L’objectif est de rapprocher les interventions des populations, tout en garantissant une meilleure appropriation locale.

Le secteur privé sera également sollicité à travers des partenariats public-privé ciblés, visant à soutenir la logistique, la communication et la sensibilisation dans les zones à forte prévalence. Pour le gouvernement, cette approche inclusive permettra d’étendre la couverture nationale tout en diversifiant les sources de financement.

Intensifier la prévention, repenser la communication

Le Mois Camerounais contre le Sida 2025, qui se tiendra sous le signe de la responsabilité collective, mettra l’accent sur la prévention comportementale, l’éducation des jeunes et la lutte contre la stigmatisation. Le nouveau plan de communication prévoit des campagnes massives à travers les médias, les réseaux sociaux, les écoles et les lieux de travail.

En parallèle, les autorités sanitaires entendent renforcer la disponibilité des antirétroviraux et améliorer la prise en charge des personnes vivant avec le VIH, notamment dans les zones rurales.

Un pas vers la souveraineté sanitaire

En misant sur la mobilisation interne, le Cameroun s’inscrit dans une logique de souveraineté sanitaire, à l’instar de plusieurs pays africains qui cherchent à réduire leur dépendance aux bailleurs internationaux. Cette dynamique, si elle est bien encadrée, pourrait consolider les acquis obtenus au cours des vingt dernières années, tout en ouvrant la voie à une riposte plus autonome et durable.

Patrick Tchounjo

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