Economie

Cameroun : L’État débloque 855 millions FCFA pour 179 PME

Le Cameroun tente une relance par le bas, là où l’économie respire réellement : les petites et moyennes entreprises. Le 18 décembre 2025, l’État a remis des appuis financiers et non financiers d’environ 855 millions de FCFA à 179 PME, dont 62 dirigées par des femmes, dans le cadre d’un mécanisme combinant subventions, équipements/intrants et crédits à taux bonifié (5% l’an).

Dans un pays où l’accès au financement reste l’un des goulots d’étranglement majeurs de la croissance, le choix du “mix” est révélateur : il ne s’agit pas seulement de prêter, mais de réduire le risque en amont (équipements, intrants, accompagnement) et de rendre la dette plus respirable (taux bonifié). L’ambition affichée est claire : renforcer la résilience des entreprises, stimuler l’emploi et accélérer une croissance plus inclusive.

Une enveloppe ciblée, un taux bonifié, et une logique de relance “pragmatique”

Les 855 millions FCFA distribués ne relèvent pas d’un simple effet d’annonce. Le dispositif s’inscrit dans l’Opération de soutien au secteur privé camerounais (OSSP-CMR), une initiative gouvernementale déployée avec l’appui de partenaires, et conçue pour répondre aux fragilités laissées par la crise sanitaire et d’autres chocs externes.

Le cœur du mécanisme, c’est le taux bonifié de 5%, rare dans un environnement où les PME jugent souvent le coût du crédit prohibitif et les exigences de garanties dissuasives.
En parallèle, la présence de subventions et d’appuis en nature montre une compréhension plus fine d’un problème classique : beaucoup de PME ne manquent pas seulement d’argent, elles manquent de capacité de production, de conformité, de certification, de visibilité et parfois même d’outillage de base.

Une cible assumée : jeunes, femmes, coopératives et initiatives locales

Le choix des bénéficiaires dit quelque chose de la doctrine. Sont visés : start-up, coopératives et groupements d’initiative commune (GIC), portés notamment par des jeunes et des femmes.
Ce ciblage n’est pas neutre : il cherche à irriguer des segments de l’économie qui créent des emplois rapidement, mais qui restent sous-financés faute d’historique bancaire, de garanties ou de structuration administrative.

Le fait que 62 PME soutenues soient dirigées par des femmes renvoie aussi à un enjeu de productivité nationale : lorsque les mécanismes publics parviennent à lever un frein d’accès au capital pour l’entrepreneuriat féminin, l’effet multiplicateur sur les revenus des ménages et l’emploi local peut être rapide, à condition que l’accompagnement suive.

Responsabiliser les bénéficiaires : l’État veut des résultats, pas des chèques

Dans son message, l’exécutif insiste sur la responsabilité : les bénéficiaires sont appelés à faire de ces ressources un levier de transformation, pas une parenthèse. L’idée est de réduire une dérive fréquente des programmes publics : la distribution sans suivi, qui produit des “financements” sans impact mesurable.

Ce point est central, parce qu’un programme de soutien aux PME se juge rarement au montant distribué. Il se juge à des indicateurs simples : emplois créés ou consolidés, chiffre d’affaires, formalisation, capacité d’exportation, amélioration de la qualité, remboursement effectif des crédits, et montée en gamme des entreprises appuyées.

Un dispositif “déjà éprouvé” : la continuité plutôt que le coup ponctuel

Le programme revendique une continuité. Des données mises en avant autour de l’initiative indiquent qu’en 2024, plus de 200 entreprises avaient déjà bénéficié d’appuis (équipements, intrants, certifications, lignes de crédit), avec un focus sur des secteurs comme l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’agroalimentaire, le bois et le numérique.

Ce point est important : les politiques PME échouent souvent lorsqu’elles se limitent à une seule vague. L’économie réelle, elle, a besoin d’un mécanisme régulier, lisible, avec des critères stables et un suivi. C’est cette répétition qui crée un “pipeline” de PME capables de franchir un palier.

12,8 milliards FCFA au total : un outil aligné sur la SND30

L’OSSP-CMR est présenté comme un projet d’un coût global de 12,8 milliards FCFA, inscrit dans une logique de relance et de résilience du secteur privé.
Il s’insère aussi dans le cadre de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), qui met l’accent sur la transformation structurelle, l’industrialisation et l’emploi.

En clair, ce type de soutien aux PME n’est pas seulement “social” : il est productif. Il vise à densifier le tissu d’entreprises capables de produire localement, de transformer, de sous-traiter, d’innover, bref, de réduire la dépendance à l’importation en créant des capacités internes.

Le vrai test : sélection, accompagnement, et “effet de levier” sur l’économie

Reste une question qui dépasse toujours le moment de la remise : comment garantir l’efficacité ?

Trois conditions font la différence.

La première, c’est la qualité de la sélection : soutenir 179 PME ne vaut que si le portefeuille est composé d’entreprises viables ou fortement prometteuses, avec un usage clair des fonds et un marché. L’OSSP-CMR, via ses appels et critères, vise justement à encadrer cette sélection.

La deuxième, c’est l’accompagnement : formation, gestion, comptabilité, conformité, accès au marché. Sans cela, le crédit bonifié devient une dette de plus au lieu d’un tremplin.

La troisième, c’est l’effet de levier : l’objectif implicite est que ces appuis publics déclenchent ensuite du financement privé, des contrats, des certifications, des partenariats, et une montée en gamme qui survit au programme.

Dans un contexte où les PME portent une grande partie de l’emploi, la question n’est donc pas seulement “combien a été distribué”. La question est : combien de ces 179 entreprises seront, dans 12 à 24 mois, plus solides, plus productives, plus formelles, et capables d’embaucher.

Patrick Tchounjo

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