Top “10 “ des meilleurs rappeurs d’Afrique francophone en 2025

Ils n’ont pas besoin d’un passeport européen pour exister dans le rap francophone. Leur terrain, c’est Abidjan, Dakar, Yaoundé, Bamako, Libreville, Kinshasa, Conakry. Leur arme, c’est une identité sonore, une langue de rue, une présence scénique. Voici dix portraits “magazine” des artistes qui façonnent l’actualité du rap francophone depuis le continent.
1.Himra (Côte d’Ivoire) : le “Chetté” qui a mis la drill en costume ivoire

Himra a quelque chose d’un phénomène : une énergie frontale, une esthétique dure, et une façon de transformer les codes de la drill en langage abidjanais. Né à Cocody, à Abidjan, il incarne une génération qui rappe comme on tranche : sans détour, avec une ambition assumée.
Son ascension s’alimente autant par la musique que par la scène, ce moment où le public devient preuve. À Abidjan, ses concerts au Parc des Expositions ont contribué à installer un statut d’artiste “événement”, celui que l’on vient voir pour vivre quelque chose, pas seulement écouter.
Himra, c’est le rap ivoire qui vise la puissance : image, impact, tension, et une fanbase qui se comporte comme un mouvement.
2.Didi B (Côte d’Ivoire) : du “Dirty Décalé” à la stature de star nationale

Didi B n’est pas seulement un rappeur populaire : c’est une trajectoire structurée. Né à Abidjan, il a longtemps été l’un des visages du groupe Kiff No Beat, référence du rap ivoirien moderne.
Kiff No Beat a marqué l’industrie en devenant le premier groupe à signer chez Universal Music Africa en 2017, un jalon qui a changé le regard sur le rap ivoire.
Aujourd’hui, Didi B porte une image de tête d’affiche : gros public, codes rap, et capacité à transformer un concert en rendez-vous national. Son art, c’est la synthèse : rester rap, tout en parlant à la foule.
3.Dip Doundou Guiss (Sénégal) : le “DEEP” de Dakar, entre rue, précision et ambition

Dip, de son vrai nom Dominique Preira, est né à Dakar et a construit son identité autour d’une signature : la profondeur. “DIP”, comme Dominique, mais aussi comme “DEEP”, cette manière de rapper la rue en gardant une colonne vertébrale introspective.
Dans la scène sénégalaise, il symbolise l’équilibre rare entre crédibilité street et écriture maîtrisée. Dip ne cherche pas l’effet : il cherche l’empreinte. Et c’est souvent ce qui fait durer un rappeur au-delà des tendances
4.Ngaaka Blindé (Sénégal) : l’enfant de Guédiawaye, le rap qui colle au bitume

Ngaaka Blindé, Baba Ndiaye à l’état civil, est né à Medina Gounass (Guédiawaye), cette banlieue dakaroise où l’on apprend vite que la rue est une école.
Son rap a la couleur du terrain : direct, nerveux, fait pour les quartiers et pour l’écran des téléphones. Il a construit sa popularité sur une présence digitale massive et un storytelling qui ne maquille pas l’origine. Ngaaka, c’est la scène sénégalaise quand elle parle sans filtre.
5.Tenor (Cameroun) : le hit qui a traversé le pays, puis la bataille de la durée

Ténor Ebanflang (Thierry Mengoumou Ayia), né à Yaoundé, s’impose très tôt avec “Do le Dab” en 2016, un titre qui le propulse dans le grand public et installe son nom dans la conversation nationale.
Tenor a ce profil de rappeur “phénomène” : celui dont un tube devient un marqueur culturel. Le défi, ensuite, c’est la trajectoire, construire, tenir, évoluer. Et c’est précisément là que se joue la deuxième partie de son histoire.
6.Kocee (Cameroun) : le “Lion” de la new wave, entre hit, ego et guerre d’attention

Kocee, c’est l’énergie d’une nouvelle génération camerounaise qui ne demande pas la permission. Son rap est nerveux, parfois provocateur, toujours pensé pour frapper vite : un refrain qui colle, une attitude qui divise, une présence qui attire les caméras.
Il a bâti sa notoriété sur la capacité à créer des moments des sorties qui font parler, des clashs qui alimentent l’écosystème, et des performances qui rappellent que l’actualité urbaine se gagne aussi par la régularité. Kocee incarne ce rappeur “média” au sens moderne : autant artiste que narrateur de sa propre légende.
Son défi ? Transformer l’intensité en durée : installer une discographie indiscutable, élargir la portée régionale, et faire que la musique dépasse définitivement le bruit.
7.Stanley Enow (Cameroun) : le “Bayangi Boy”, pionnier pop-rap et symbole de percée

Stanley Enow est l’un de ceux qui ont “déplacé” la musique urbaine camerounaise vers une reconnaissance continentale. Il s’est fait connaître avec le single “Hein Père” et a remporté le trophée Best New Act aux MTV Africa Music Awards en 2014, un moment souvent cité comme historique pour le Cameroun urbain.
Son style est un pont : rap, hooks, performance, image. Enow, c’est l’artiste qui a compris tôt que la carrière se joue aussi dans la mise en scène, la marque, le récit.
8.Iba One (Mali) : la machine à trophées de Bamako, entre rap et dimension populaire

Iba One (Ibrahim Mahamadou Fily Sissoko), né à Bamako, est l’un des artistes urbains maliens les plus primés.
Son nom s’est imposé bien au-delà du cercle hip-hop, notamment après une razzia de récompenses aux AFRIMA et une distinction au PRIMUD (selon les sources relayées), qui le placent comme une figure majeure de l’Afrique de l’Ouest.
Iba One incarne un rap “grand public” sans renoncer au muscle : une star locale qui a la discipline d’un producteur et la posture d’un leader.
9.Gaz Fabilouss (RDC) : Kinshasa, l’humour, la rivalité, la rue en grand écran

Gaz Fabilouss (Fabrice Ndongidila), né à Kinshasa, s’est imposé comme rappeur et producteur, porté par une esthétique urbaine kinois : dérision, commentaire social, rivalité assumée.
Ses premiers succès et projets l’installent dans la génération qui veut redonner au rap congolais une place centrale face à l’hégémonie d’autres genres. Et dans une ville comme Kin, où la musique est un championnat permanent, survivre est déjà une performance.
10.Djanii Alpha (Guinée) : le rappeur “Sicario”, voix musicale et posture citoyenne

Djanii Alpha (Alpha Midiaou Bah), originaire de Koundara et passé par plusieurs villes guinéennes avant d’ancrer sa carrière, s’est imposé avec un rap à la fois populaire et engagé.
Son parcours est aussi celui d’un artiste très exposé politiquement : prises de position, débats, tensions, au point qu’il a parfois évoqué publiquement des contraintes liées au contexte et à ses déplacements.
Chez lui, la musique et la citoyenneté s’emmêlent. Ce mélange crée de l’adhésion… et du risque. Mais c’est aussi ce qui fait les artistes qui marquent une génération.
Patrick Tchounjo



