Route Mora–Tchakamari : les travaux franchissent la barre des 72 %, un pas décisif vers la relance du réseau routier du Grand Nord

Sur le long corridor qui relie Mora à Tchakamari, dans la région de l’Extrême-Nord, le chantier avance à grands pas. Selon une récente note d’information du ministère des Travaux publics (Mintp), le taux d’avancement global du projet a atteint 72,75 % au 28 octobre 2025. Une progression significative qui traduit le retour d’une dynamique forte dans la réhabilitation des infrastructures routières au Cameroun, et particulièrement dans les zones longtemps enclavées du septentrion.
Cette section, intégrée à l’axe Mora–Dabanga–Kousseri, constitue l’un des maillons stratégiques du réseau routier national n°1 (RN1), principal corridor reliant le Cameroun au Tchad et au Nigeria. Son état de dégradation avancé avait depuis plusieurs années ralenti le transport des marchandises, augmenté les coûts logistiques et isolé de nombreux villages riverains.
Un chantier d’envergure pour désenclaver l’Extrême-Nord
Lancée dans le cadre du Programme d’Aménagement et de Réhabilitation du Réseau Routier National, la reconstruction de la route Mora–Tchakamari répond à un double enjeu : désenclaver la région et sécuriser les échanges économiques. Longue de plusieurs dizaines de kilomètres, cette section est essentielle pour la mobilité des personnes, le transport des produits agricoles, et l’acheminement des aides humanitaires vers les zones frontalières.
Le Mintp indique que les travaux en cours concernent principalement la réalisation des ouvrages de drainage, la stabilisation des couches de fondation, la pose du revêtement bitumineux et la réhabilitation des ponts et dalots endommagés. Le chantier est exécuté sous la supervision d’une mission de contrôle technique permanente, garantissant la qualité des matériaux et le respect des délais contractuels.
Une avancée soutenue malgré les défis climatiques et sécuritaires
L’avancement de 72,75 % constitue une performance notable, compte tenu des difficultés rencontrées sur le terrain. Les fortes pluies, la nature argileuse du sol et le contexte sécuritaire parfois instable dans cette partie du pays ont ralenti certaines phases du projet. Néanmoins, grâce à une meilleure planification et à la mobilisation accrue des équipes techniques, le chantier a retrouvé sa pleine vitesse d’exécution.
Cette résilience est le fruit d’un suivi rapproché du ministère des Travaux publics, dirigé par Emmanuel Nganou Djoumessi, qui a fait de la modernisation du réseau routier du Grand Nord une priorité nationale. Dans ses dernières communications, le Mintp a rappelé que la reconstruction de la RN1 vise à stimuler la croissance économique locale, à réduire les disparités régionales et à faciliter la libre circulation des biens et des personnes dans le cadre du commerce sous-régional CEMAC.
Un impact socio-économique attendu
L’achèvement de la route Mora–Tchakamari est porteur de fortes retombées pour les populations locales. En facilitant le transport des produits vivriers vers les grands marchés de Maroua et Kousseri, la route contribuera à fluidifier le commerce, à baisser les prix et à accroître les revenus des agriculteurs. Elle ouvrira aussi de nouvelles perspectives pour le tourisme, les échanges transfrontaliers et le développement des PME dans les communes de Mora, Kolofata et Tchakamari.
Le projet est également perçu comme un levier de stabilité sociale, dans une zone fragilisée par les attaques de Boko Haram et les déplacements de populations. En rétablissant la connectivité entre les localités, l’État renforce la présence institutionnelle et favorise le retour progressif à la normale.
Un symbole du renouveau des infrastructures au Cameroun
Au-delà de son impact local, le chantier Mora–Tchakamari symbolise la volonté du gouvernement camerounais de moderniser ses infrastructures pour soutenir la compétitivité nationale. Dans un contexte économique marqué par la hausse des coûts logistiques et la pression démographique, la relance du secteur routier est un axe prioritaire du Plan national de développement (PNDP 2030).
Le Mintp multiplie ainsi les chantiers structurants : la réhabilitation de la route Babadjou–Bamenda, la modernisation du corridor Yaoundé–Nsimalen, ou encore la reconstruction de la falaise de Dschang. Tous ces projets traduisent une ambition : faire du réseau routier camerounais un levier d’intégration économique régionale.
Les prochaines étapes du chantier
Avec près des trois quarts du travail déjà réalisés, la phase finale du projet portera sur la pose complète du revêtement, la signalisation verticale et horizontale, et la réception technique des ouvrages d’art. Le Mintp promet de livrer la route Mora–Tchakamari dans les meilleurs délais, sous réserve de conditions climatiques favorables.
Les populations, elles, expriment un optimisme prudent. « Nous voyons enfin la différence. Il y a encore du travail, mais les engins tournent jour et nuit », confie un habitant de Mora.
L’évolution du chantier, au-delà de la statistique, illustre la transformation progressive du paysage routier de l’Extrême-Nord et la détermination du gouvernement à reconnecter le pays par des routes modernes et durables.
Patrick Tchounjo



