Infrastructures

Transport public : Douala engage 4,7 milliards FCFA pour préparer l’accès au futur BRT

À Douala, la mobilité n’est plus seulement un sujet d’urbanisme. C’est une question de temps perdu, de productivité grignotée, de fatigue collective, de compétitivité urbaine. Dans une ville où chaque embouteillage ressemble à une petite crise quotidienne, le projet de Bus Rapid Transit (BRT) avance comme une promesse longtemps attendue. Et, cette fois, le calendrier se matérialise : l’aménagement des voies urbaines de rabattement, maillon discret mais décisif du dispositif, doit démarrer en mai 2026, avec une première enveloppe de 4,7 milliards de FCFA.

La décision a été actée lors de la deuxième session 2025 du comité de pilotage du Projet de mobilité urbaine de Douala (PMUD), tenue le 30 janvier 2026 dans la capitale économique. Le BRT entre ainsi dans une phase opérationnelle où l’on ne parle plus seulement de concept, mais de chaussées à reprendre, de réseaux à déplacer, de drainage à refaire, et d’accès à organiser quartier par quartier.

Les voies de rabattement, la clé de l’accessibilité du futur BRT

Le grand public retient souvent l’image des bus articulés, des stations modernes et des couloirs dédiés. Mais un réseau BRT ne fonctionne pas s’il reste isolé de la ville réelle. Les voies de rabattement sont précisément conçues pour résoudre cette équation. Elles constituent le réseau de voiries urbaines connectées au corridor principal, chargé d’acheminer les usagers depuis les quartiers vers les stations et terminus, et de les ramener ensuite. Sans elles, le BRT devient un axe rapide… difficile à rejoindre. Avec elles, il devient un système.

C’est ce choix qui structure la séquence 2026. Le linéaire exact programmé n’est pas encore définitivement arrêté, mais un premier périmètre est déjà dans les rails administratifs.

12,5 km ciblés, 4,7 milliards de FCFA mobilisés pour la première phase

Selon les informations communiquées au terme du comité de pilotage, des avis d’appel d’offres ont déjà été lancés le 1er octobre 2025 pour 12,5 km. C’est ce premier linéaire qui sert de base à la phase initiale, avec un coût des travaux évalué à 4,7 milliards de FCFA.

Ce montant, à l’échelle d’un grand projet urbain, ne dit pas seulement “combien”. Il dit surtout “où”. Il indique que le PMUD choisit de commencer par des segments capables de produire un effet visible, en reconnectant des zones d’habitat aux futurs axes structurants, et en préparant l’architecture de circulation qui doit rendre le BRT réellement utilisable au quotidien.

Ce qui va changer sur le terrain : chaussée, drainage, éclairage et gestion du trafic

Les travaux annoncés ne se limitent pas à refaire la route. Ils s’attaquent à ce qui, à Douala, fait souvent la différence entre une voirie “fonctionnelle” et une voirie “durable”. Il est question de réhabilitation de la chaussée, de drainage, d’assainissement du réseau de collecte des eaux, de renforcement de l’éclairage public, et d’installation de systèmes de gestion du trafic.

Un autre chantier, moins visible mais souvent plus complexe, s’invite au cœur du calendrier : la relocalisation des réseaux. Les interventions devront intégrer les contraintes d’Eneo, de Camwater et de Camtel, parce qu’une voie urbaine moderne ne se pense pas uniquement en surface. Elle s’appuie sur des réseaux, et ces réseaux doivent être protégés, déplacés ou consolidés sans casser le rythme de la ville.

Le programme inclut également des aménagements pour la mobilité douce, avec des trottoirs, des traversées piétonnes et des cheminements. Dans une métropole où le piéton subit souvent la route, cette dimension est plus qu’un détail : elle conditionne l’adoption.

Des tronçons dans Douala 1er, 2e, 3e et 5e, pour connecter les quartiers au corridor

Les tronçons concernés se situent dans plusieurs communes, notamment Douala 1er, Douala 2e, Douala 3e et Douala 5e. Le PMUD cite des linéaires emblématiques, à l’image du segment allant de Rhône Poulenc à Maképè jusqu’au tronçon Marché Sandaga – Carrefour Leclerc, en passant par Nelson Mandela – Saint Michel, parmi d’autres.

Le choix de ces segments n’est pas anodin. Il reflète une logique de maillage : relier des zones de forte activité, des quartiers résidentiels, et des points de transit qui concentrent déjà une partie des flux urbains. L’enjeu est d’éviter un BRT “en vitrine” et de construire, dès le départ, une accessibilité de masse.

D’un projet de 26 km à une ambition de 80 km, la négociation qui pèse sur l’échelle finale

À l’origine, le projet prévoyait l’aménagement de 26 km de voies urbaines de rabattement. Mais à la demande de la mairie de Douala, et sur proposition du gouvernement, la Banque mondiale, principal bailleur, a accepté de porter ce linéaire à 80 km.

Le basculement est majeur. Il change la portée du projet : on passe d’un complément d’infrastructure à une véritable transformation de l’armature urbaine. Mais il ouvre aussi une zone de discussion : le budget correspondant n’est pas encore arrêté, et des négociations se poursuivent entre la Banque mondiale et le gouvernement pour obtenir une rallonge de financement. Autrement dit, 2026 commence avec 12,5 km engagés, tandis que l’échelle finale reste suspendue à l’arbitrage financier.

Un projet à 335,3 milliards de FCFA, et une promesse de fluidité pour la capitale économique

Le BRT de Douala est annoncé avec un coût total estimé à 335,3 milliards de FCFA, financé à hauteur de 261 milliards par la Banque mondiale, 62,1 milliards via des partenariats public-privé, et 12,4 milliards par l’État à travers la mairie.

Le projet prévoit la construction de quatre lignes totalisant 28 km, avec 48 stations et cinq gares conçues comme des pôles d’échanges multimodaux, notamment à l’ancienne direction des douanes, à Ndokoti, à PK14, à Nelson Mandela et à Yassa.

Derrière ces chiffres, il y a une promesse simple, mais immense : redonner de la vitesse à une ville qui en manque. Améliorer la fluidité du trafic, structurer un transport collectif plus capacitaire, mieux connecté aux quartiers, et, à terme, réduire cette sensation permanente que Douala avance au ralenti.

Mai 2026, un premier test grandeur nature

Le démarrage annoncé pour mai 2026 sera observé comme un test. Pas seulement sur l’avancement des travaux, mais sur la capacité à intervenir dans une ville vivante, dense, contraignante, où chaque chantier a un coût social immédiat. La réussite de cette phase dépendra autant de la qualité technique que de la gestion des perturbations, de la coordination avec les réseaux, et de la capacité à livrer des tronçons exploitables sans perdre la confiance du public.

Pour Douala, l’entrée en chantier des voies de rabattement représente un tournant : celui où le BRT cesse d’être un horizon lointain et devient une transformation concrète, visible, mesurable. Et dans une ville qui n’a plus le temps d’attendre, ce passage à l’action vaut déjà, en soi, un signal.

Patrick Tchounjo

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