Raffinerie de Kribi : Cstar Tank Farm enclenche (enfin) le vrai démarrage du chantier pour janvier 2026

La raffinerie de Kribi sort du registre symbolique pour entrer dans celui des échéances opérationnelles. La direction de Cstar, filiale de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) dédiée au projet, annonce l’arrivée, en janvier 2026, d’une mission d’ingénieurs chargée de lancer les travaux de la raffinerie et du dépôt pétrolier de Kribi. La décision, entérinée lors du conseil d’administration tenu le 6 décembre à Dubaï, intervient environ six mois après la pose de la première pierre sur le site de Mboro, au port en eau profonde de Kribi.
Un calendrier qui se précise pour un projet stratégique
Avec ce jalon, le projet de raffinerie de Kribi franchit une étape clé : la bascule de la phase protocolaire vers la phase industrielle. Cstar indique que les prochains mois seront consacrés à la finalisation des études techniques, au lancement effectif des travaux de génie civil et à la poursuite de la mobilisation des financements.
Sur une superficie de 250 hectares, la future raffinerie Cstar doit traiter 30 000 barils de brut par jour et s’appuyer sur un terminal de stockage de carburants d’une capacité initiale comprise entre 250 000 et 300 000 m³. Le coût global du projet est évalué à environ 115 milliards FCFA, financés selon une structure mêlant fonds propres de la SNH et ressources mobilisées auprès de partenaires financiers, au premier rang desquels BGFIBank Cameroun.
BGFI en chef d’orchestre du financement
Sur le volet financier, Cstar a signé une convention avec la filiale camerounaise du groupe bancaire gabonais BGFI. La banque agit comme arrangeur et chef de file pour mobiliser environ 120 milliards FCFA (environ 210 millions de dollars) destinés à la construction de la raffinerie et du dépôt pétrolier de Kribi.
Ce mandat de structuration couvre la mise en place de la dette de projet, la syndication éventuelle auprès d’autres établissements et l’ingénierie financière nécessaire à l’alignement des intérêts entre l’actionnaire public, les partenaires privés et les prêteurs. Il doit accompagner l’achèvement des études techniques et le passage en phase de construction annoncé pour janvier 2026.
Pour BGFI, ce dossier s’inscrit dans une stratégie de montée en gamme vers des financements d’infrastructures lourdes dans la sous-région. Pour la SNH, il s’agit d’adosser un projet de souveraineté énergétique à un partenaire bancaire capable de lever des ressources de long terme en devises et en monnaie locale.
Un pari sur la souveraineté énergétique du Cameroun
Au-delà du chantier lui-même, la raffinerie de Kribi est conçue comme un maillon stratégique de la politique de souveraineté énergétique du Cameroun. Depuis l’arrêt puis la remise en service partielle de la Sonara, le pays a renforcé ses importations de produits raffinés, exposant ses finances publiques et sa balance des paiements à la volatilité des marchés internationaux.
Avec une capacité de 30 000 barils/jour, Cstar ne couvrira pas à elle seule l’intégralité de la demande intérieure, mais elle doit contribuer à réduire la facture d’importation, sécuriser l’approvisionnement en carburants et reconstituer un socle industriel national dans le raffinage. Les promoteurs évoquent la création de près de 2 000 emplois directs et indirects et un impact positif sur le PIB, grâce aux effets d’entraînement sur la logistique, la pétrochimie et les services associés.
Adossée au port en eau profonde de Kribi, la raffinerie pourra également se positionner sur des flux régionaux, en exploitant la profondeur nautique et la capacité d’accueil de navires de grande taille. À terme, Kribi pourrait devenir un hub pétrolier et logistique du golfe de Guinée, captant des trafics actuellement orientés vers d’autres ports de la région.
Un consortium international à la manœuvre
Le contrat de construction a été confié à un consortium international réunissant RCG Turnkey Solutions, Global Process Systems (GPS) et Norinco International. Cstar conserve la maîtrise d’ouvrage, sous la tutelle de la SNH.
Ce montage illustre un partage des risques typique des grands projets industriels : l’État, via la SNH, garde le contrôle stratégique et l’ancrage local, tandis que les partenaires techniques apportent l’ingénierie, les standards internationaux et une partie de la capacité de financement via des lignes export ou des partenariats industriels.
Risques d’exécution et crédibilité du calendrier
En calant le démarrage effectif du chantier sur janvier 2026, Cstar donne au marché un signal de calendrier plus précis que celui, plus lointain, de la mise en service commerciale prévue à l’horizon 2028.
Reste que le projet n’est pas exempt de risques :
- Risque d’exécution : la coordination du consortium d’ingénierie, l’acheminement des équipements lourds et la maîtrise des délais sur un site côtier exposé aux contraintes logistiques seront déterminants.
- Risque de financement : la réussite de la syndication menée par BGFI et le respect des conditions financières (taux, maturité, garanties) conditionneront le profil de rentabilité de la raffinerie.
- Risque réglementaire et environnemental : le projet devra composer avec les standards environnementaux internationaux et les attentes des communautés locales en matière d’emploi et de retombées économiques.
La crédibilité du calendrier annoncé sera observée de près par les marchés, d’autant que les précédents en matière de grands projets énergétiques dans la sous-région ont parfois été marqués par des glissements de délais et de coûts.
Vers un nouveau paysage du raffinage en Afrique centrale
Si les jalons annoncés sont tenus, la raffinerie de Kribi pourrait contribuer à redessiner le paysage du raffinage en Afrique centrale. En combinant une capacité moyenne mais modulable, un accès direct aux flux maritimes internationaux et un dispositif de stockage dimensionné, Cstar offre au Cameroun un levier de négociation accru sur le marché des produits pétroliers.
Dans un contexte de transition énergétique progressive, l’investissement dans une raffinerie de ce type peut apparaître à contre-courant. Mais pour un pays producteur de brut comme le Cameroun, encore fortement dépendant des carburants importés, il s’agit d’un arbitrage entre impératif de court et moyen termes (sécurité d’approvisionnement, stabilisation des prix à la pompe) et trajectoire de long terme vers un mix plus décarboné.
En fixant l’horizon de construction à 2026 et de mise en service à la fin de la décennie, le projet Cstar s’inscrit dans cette zone grise : celle où le pétrole reste, pour quelques années encore, un pilier de la compétitivité et de la stabilité macroéconomique, tout en préparant le terrain à une diversification future.

Patrick Tchounjo



