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Présidentielle 2025 : Issa Tchiroma Bakary affirme être soutenu par des ministres et des FDS

L’ancien ministre camerounais Issa Tchiroma Bakary, désormais candidat déclaré à l’élection présidentielle d’octobre 2025, a surpris la scène politique nationale en affirmant disposer du soutien de plusieurs ministres en fonction et de responsables des forces de défense et de sécurité. Une déclaration qui ravive les tensions à l’approche d’un scrutin déjà chargé d’incertitudes et de calculs politiques.

Issa Tchiroma Bakary n’en est pas à sa première rupture spectaculaire. Longtemps considéré comme un proche du régime de Paul Biya, dont il a été plusieurs fois ministre, il a quitté le gouvernement en juin 2025 pour se lancer dans la course à la magistrature suprême. Cet homme politique originaire du Nord, connu pour sa verve et sa fidélité fluctuante, se présente aujourd’hui comme le porte-voix d’une alternance apaisée mais ferme. Sa candidature bouleverse les équilibres internes du paysage politique camerounais.

Dans ses récentes déclarations publiques, Issa Tchiroma Bakary assure qu’il bénéficie du soutien discret de plusieurs ministres « patriotes » et de cadres influents des forces de défense et de sécurité. Si aucune preuve tangible n’a été rendue publique, ces affirmations créent un effet de choc dans l’opinion. Elles suggèrent l’existence de fissures au sein du pouvoir, à un moment où la succession de Paul Biya, 92 ans, reste un sujet tabou mais central dans les cercles politiques et militaires.

Pour les analystes, cette sortie de Tchiroma n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une stratégie de repositionnement audacieuse qui vise à le présenter comme un candidat de rupture capable de rassembler au-delà des clivages partisans. En évoquant des soutiens ministériels, il cherche à prouver que le vent du changement souffle jusque dans les couloirs du pouvoir. En citant les FDS, il s’efforce d’apparaître comme un garant de la stabilité nationale, soucieux de préserver l’ordre et la sécurité dans un pays encore marqué par les crises du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Mais cette stratégie comporte des risques. L’implication supposée des forces de défense et de sécurité dans une campagne politique pourrait être perçue comme une remise en cause du principe de neutralité de l’armée. Elle soulève également des inquiétudes sur la nature du pouvoir que le candidat entend incarner. De plus, sans confirmations officielles, ces déclarations pourraient être interprétées comme un calcul politique destiné à créer une illusion de puissance et d’élan.

Le contexte dans lequel se déroule cette présidentielle renforce la portée de ces propos. Le Cameroun, sous le même président depuis 1982, vit un moment charnière. L’usure du pouvoir, les frustrations sociales et la montée des revendications d’alternance nourrissent un climat d’attente. Issa Tchiroma se positionne comme un homme de système devenu réformateur, promettant de refonder les institutions sans provoquer de rupture brutale. Son discours, habilement calibré, combine le ton du patriote loyal et celui du rénovateur lucide.

Les chancelleries étrangères observent avec prudence cette montée en puissance inattendue. Pour certains diplomates, le parcours de Tchiroma et sa connaissance des arcanes du régime en font un acteur crédible, capable de jouer un rôle d’intermédiaire entre continuité et changement. Pour d’autres, son passé de fidèle du pouvoir et ses déclarations controversées suscitent des doutes sur sa capacité à incarner une véritable rupture démocratique.

À mesure que la campagne s’intensifie, le candidat du Mouvement pour la Renaissance Sociale multiplie les déplacements et les appels à « une alternance par la raison ». Dans les régions du Nord, où il jouit d’un capital politique important, ses meetings attirent des foules enthousiastes, séduites par son discours de dignité et de rassemblement. Dans le reste du pays, il cherche à briser l’image d’un candidat régional pour se poser en homme d’État national.

Reste à savoir si ses affirmations de soutien venues du cœur du pouvoir se confirmeront ou si elles resteront un effet d’annonce. Car au Cameroun, la frontière entre influence réelle et communication stratégique est souvent ténue. En se plaçant au centre du débat sur la loyauté des élites, Issa Tchiroma Bakary tente un pari risqué : apparaître comme l’homme du consensus tout en incarnant la contestation d’un système qu’il a longtemps servi.

Cette présidentielle de 2025 pourrait bien marquer un tournant dans l’histoire politique du Cameroun. Si les soutiens revendiqués par Tchiroma se matérialisent, elle révélera une recomposition silencieuse du pouvoir. Dans le cas contraire, elle montrera les limites d’une stratégie politique basée sur le symbole et la perception. Dans les deux cas, le nom d’Issa Tchiroma Bakary s’impose déjà comme l’un des plus commentés de cette course vers Etoudi.

Patrick Tchounjo

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