Economie

Port de Douala : AD Ports Group débarque, un terminal à 4 millions de tonnes/an se prépare

Douala, c’est le cœur qui bat. Quand le port éternue, toute l’économie camerounaise cherche le paracétamol. Alors forcément, quand un géant d’Abou Dabi débarque avec un engagement chiffré à 48,1 milliards de FCFA, ça ne passe pas inaperçu. AD Ports Group annonce avoir signé une convention pour intégrer la concession de 30 ans d’Africa Ports Development (APD) au port de Douala. Objectif : concevoir, construire et exploiter un nouveau terminal de vrac sec. Traduction simple : on prépare une nouvelle “autoroute” pour les marchandises… sauf qu’ici, ce sont des bateaux, des quais et des millions de tonnes.

Un terminal qui vise gros, très gros

Selon AD Ports Group, la convention doit permettre de développer la phase 1 du terminal. Et là, on n’est pas sur un projet “petit format”. Cette première étape prévoit deux postes à quai, environ 450 mètres de quai, et une capacité annuelle de manutention d’environ 4 millions de tonnes de vrac sec. Dans le lot : clinker, gypse, engrais, céréales. Autrement dit : des matières qui nourrissent les chantiers, les champs et les assiettes.

Le coût total de l’investissement annoncé : 73,4 millions d’euros, soit 48,1 milliards de FCFA. Et ce n’est pas juste un “je viens regarder”. AD Ports Group prend 51 % des parts du projet, aux côtés de deux autres investisseurs émiratis pour une participation totale de 60 %, pendant qu’APD conserve 40 %. Ici, on parle d’actionnariat réel, donc de contrôle, de stratégie, de tempo.

Une concession de 30 ans, une zone de 36 hectares : le Douala version “grand travaux”

Le décor est déjà posé. Africa Ports Development a signé avec le Port autonome de Douala une concession de 30 ans pour construire un nouveau terminal vrac comprenant 900 mètres linéaires de quai sur une zone remblayée de 36 hectares, sur la rive droite du Wouri. Douala, la ville où chaque mètre carré de logistique vaut de l’or, s’apprête donc à se reconfigurer.

Ce projet est présenté comme un chantier de développement et de modernisation de la place portuaire. Et il s’inscrit dans une mécanique bien connue : un partenariat public-privé (PPP) de type BOT (Build-Operate-Transfer) sur 25 ans, avec un coût global annoncé de 282 milliards de FCFA. En clair : on construit, on exploite, puis on transfère, selon le modèle.

2026–2028 : la fenêtre où tout doit se jouer

AD Ports Group annonce une construction entre 2026 et 2028. Et comme tout projet portuaire sérieux, on vend aussi la promesse qui fait rêver (et qui fait débattre) : jusqu’à 4 000 emplois directs et indirects. Là-dessus, on sait comment ça se passe : tout le monde veut voir ce que ça donnera concrètement sur le terrain. Quels profils ? Quelle part pour les entreprises locales ? Quelle organisation pour que l’emploi ne soit pas juste un slogan de conférence ?

Mais l’enjeu va au-delà des jobs. Un terminal vrac sec performant, c’est une arme économique. Ça accélère la rotation des navires, ça réduit les congestions, ça fiabilise l’approvisionnement en intrants industriels et agricoles. Et au Cameroun, où les retards logistiques peuvent coûter cher, le mot “fluidité” est presque une prière nationale.

Pourquoi ça compte vraiment pour toi (même si tu n’as jamais mis un pied au port)

Parce que le vrac sec, ce sont des produits qui finissent dans ta vie sans te demander ton avis. Le clinker et le gypse, c’est le ciment, donc les immeubles, les routes, les maisons. Les engrais, c’est la productivité agricole. Les céréales, c’est l’alimentation et la transformation agro-industrielle. Donc quand la manutention s’améliore, quand les volumes passent mieux, l’impact peut se traduire en prix plus stables, en chantiers moins ralentis, en chaînes d’approvisionnement moins “stressées”.

Évidemment, tout dépendra de l’exécution. Parce que dans nos réalités, entre “signature de convention” et “terminal qui tourne à plein régime”, il y a un monde : procédures, travaux, délais, qualité, gouvernance, coordination, etc. Mais le signal est clair : Douala reste un hub convoité, et la bataille de la logistique en Afrique se joue aussi ici.

AD Ports Group : l’Afrique comme terrain de jeu logistique

Le groupe émirati ne débarque pas en touriste. Il indique être déjà présent en Égypte, Maroc, Tunisie, Kenya, Tanzanie, Angola et République du Congo. Douala devient donc une pièce de plus dans une stratégie continentale où ports, logistique, zones économiques et services maritimes sont des leviers de puissance.

Et ça pose la vraie question, celle qui intéresse tout le monde : qu’est-ce que le Cameroun gagne réellement dans cette montée en gamme ? Si le port devient plus moderne, plus rapide, plus compétitif, le pays peut capter plus de valeur. Mais il faudra que la performance logistique se transforme en performance économique : industrie, exportations, emplois qualifiés, entreprises locales mieux intégrées.

Douala se modernise, et le vrac sec devient stratégique

On pourrait croire que “vrac sec” sonne comme un sujet technique réservé aux spécialistes. Faux. C’est un sujet de souveraineté économique. Quand un terminal peut absorber 4 millions de tonnes par an, il change la vitesse du pays. Et quand un acteur comme AD Ports Group s’engage à 48,1 milliards FCFA, ce n’est pas juste un chantier : c’est une déclaration d’intérêt pour Douala, pour le Cameroun, et pour la place que le pays veut occuper dans la logistique régionale.

Patrick Tchounjo

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