Comment le Cameroun maintient sa croissance à 3,9 % malgré la baisse du secteur pétrolier

L’économie camerounaise continue de faire preuve d’une résilience remarquable. Selon la Caisse autonome d’amortissement (CAA), le pays devrait enregistrer une croissance de 3,9 % en 2025, confirmant une trajectoire ascendante malgré un environnement énergétique en berne. Cette performance, également validée par la Banque mondiale, marque une progression par rapport aux 3,5 % de 2024 et aux 3,3 % de 2023, consolidant ainsi la reprise d’une économie qui apprend à composer sans le moteur pétrolier.
Une croissance tirée par les secteurs non pétroliers
Cette dynamique s’explique avant tout par la vitalité du secteur non pétrolier, devenu le principal relais de la croissance nationale. Les activités du BTP, de l’agro-industrie, des télécommunications, de l’énergie renouvelable et des services financiers contribuent désormais de manière déterminante à la performance du PIB. Ces secteurs, portés par des investissements publics et privés soutenus, compensent la baisse structurelle de la production pétrolière, qui recule pour la troisième année consécutive.
Selon la note de conjoncture de la CAA, la production pétrolière devrait enregistrer une contraction de 4,9 % en 2025, après des baisses de 9,7 % en 2024 et 1,8 % en 2023. L’institution explique cette tendance par la diminution naturelle des rendements des puits en exploitation et le retard dans la mise en service de nouveaux gisements. En d’autres termes, la production énergétique du Cameroun atteint un plateau, alors même que la demande intérieure et régionale reste dynamique.
La résilience économique, un marqueur stratégique
Cette croissance maîtrisée, malgré la chute du pétrole, traduit la capacité du Cameroun à diversifier ses moteurs économiques. Le pays récolte les fruits d’une politique budgétaire prudente et d’une stratégie de financement ciblée sur les projets structurants. Les efforts engagés dans la modernisation des infrastructures, la digitalisation de l’administration et le soutien à l’entrepreneuriat local créent un socle de stabilité dans un environnement international incertain.
La CAA, chargée de la gestion de la dette publique, souligne par ailleurs la bonne tenue des finances publiques, avec une maîtrise du déficit budgétaire et une gestion plus rigoureuse de la dette. La discipline financière adoptée dans le cadre des accords avec le Fonds monétaire international (FMI) contribue à renforcer la crédibilité du pays auprès des investisseurs et des partenaires de développement.
Le défi structurel de la transition énergétique
La baisse continue de la production pétrolière soulève cependant des questions sur la durabilité du modèle économique camerounais. Le pétrole, qui représente encore une part importante des recettes d’exportation et des revenus budgétaires, reste un pilier fragile de la stabilité macroéconomique. La transition vers une économie plus diversifiée, fondée sur les ressources minières, l’agriculture de transformation et les énergies renouvelables, apparaît désormais comme une priorité stratégique.
Les experts estiment que la transition énergétique pourrait devenir un nouveau levier de croissance. Le développement du gaz naturel liquéfié (GNL), la valorisation du potentiel hydroélectrique et l’essor des projets solaires offrent des perspectives concrètes pour réduire la dépendance au pétrole. Le Cameroun dispose également d’un fort potentiel dans les minerais critiques (bauxite, cobalt, fer), dont la valorisation pourrait à moyen terme compenser le déclin pétrolier.
Une économie sous tension mais tournée vers l’avenir
La progression de la croissance à 3,9 % reste toutefois insuffisante pour absorber le croît démographique, estimé à plus de 2,5 % par an. La création d’emplois, l’amélioration du climat des affaires et la montée en gamme industrielle demeurent des chantiers essentiels pour soutenir la prospérité inclusive.
Les incertitudes politiques et les tensions régionales constituent également des risques à surveiller. Néanmoins, la trajectoire macroéconomique actuelle démontre que le Cameroun dispose d’une économie de résistance, capable d’amortir les chocs exogènes et de s’adapter aux transformations structurelles.
Entre gestion prudente et ambition régionale
Sur le plan régional, le Cameroun conserve un rôle moteur au sein de la CEMAC, avec une économie représentant près de 45 % du PIB sous-régional. Cette position lui confère une responsabilité accrue dans la stabilité économique et monétaire de la zone. Les performances observées dans un contexte de repli pétrolier envoient un signal de confiance aux investisseurs et consolident la réputation du pays comme acteur pivot de la stabilité régionale.
Pour les observateurs, la stratégie camerounaise repose désormais sur un triptyque : discipline budgétaire, diversification productive et gouvernance financière. Si elle se maintient, cette orientation pourrait permettre au pays de franchir un cap décisif dans sa quête d’émergence d’ici 2035.
La croissance à 3,9 % annoncée par la CAA n’est donc pas seulement un chiffre : elle incarne la résilience silencieuse d’un modèle économique en mutation, où la performance se construit désormais hors du pétrole.
Patrick Tchounjo



