Mines

Or au Cameroun : la petite mine souterraine de Colomine livre ses premiers 16,7 kg et change l’échelle de la filière

La mine d’or de Colomine, dans la région de l’Est, commence à livrer ses premiers résultats chiffrés. Selon le Programme économique, financier, social et culturel du gouvernement pour l’exercice 2026, le site opéré par Codias SA a produit 16 743 grammes d’or, soit près de 16,7 kg, après le lancement de son exploitation souterraine. Au-delà du volume, encore modeste à l’échelle internationale, cette production marque une étape symbolique dans la structuration de la filière aurifère au Cameroun, longtemps dominée par l’orpaillage artisanal et l’exploitation semi-mécanisée peu encadrée.

Codias et la bascule vers une exploitation minière industrielle

Attribué en septembre 2022 pour cinq ans, le permis d’exploitation de la mine d’or de Colomine a permis à Codias SA de construire la première véritable mine souterraine industrielle du Cameroun. Longue de près d’un kilomètre, creusée à plus de 100 mètres sous terre, l’infrastructure représente une rupture technologique nette par rapport aux pratiques traditionnelles. Elle place le pays dans une nouvelle phase de son histoire minière, où l’or n’est plus seulement extrait en surface, à ciel ouvert, par des milliers d’orpailleurs, mais aussi via des opérations structurées, capitalistiques et techniquement sophistiquées.

Pour les autorités, cette mise en exploitation vient concrétiser des années de discours sur la « valorisation » des ressources minières nationales. Comme le rappelait Serge Hervé Boyogueno, directeur général de la Société nationale des mines (Sonamines), lors d’une mission d’évaluation en mai 2025, Colomine est à la fois « la toute première mine souterraine du pays » et « la toute première mine en cours d’exploitation au Cameroun », quand les autres projets restent encore en phase de développement ou de construction. Le site joue ainsi un rôle de vitrine pour l’ambition minière camerounaise.

Un volume encore modeste, mais un signal pour la filière aurifère

Les 16,7 kg d’or extraits à Colomine ne font pas, en eux-mêmes, basculer les équilibres macroéconomiques. À l’échelle des grands producteurs africains, ce volume reste marginal. Mais il envoie trois signaux importants. D’abord, il montre qu’un modèle d’exploitation industrielle peut effectivement entrer en production dans un pays où les projets miniers ont souvent été retardés ou abandonnés. Ensuite, il confirme que l’État commence à récolter des données traçables sur la production aurifère, essentielle pour le suivi des recettes fiscales et parafiscales. Enfin, il donne un point d’ancrage à la stratégie de formalisation de la filière, en offrant une alternative à l’orpaillage informel, qui échappe largement aux statistiques et au fisc.

Ce premier jalon intervient dans un contexte où le gouvernement cherche à réduire le gap entre le potentiel aurifère du Cameroun et sa contribution réelle aux exportations, aux recettes publiques et aux emplois formels. La montée en puissance progressive de Colomine pourrait servir de laboratoire pour définir un cadre plus clair de partage de la valeur entre l’État, l’opérateur, les communautés locales et les sous-traitants nationaux.

Un modèle présenté comme moins destructeur pour l’environnement

Au-delà de la dimension économique, l’État met fortement en avant la dimension environnementale du projet Colomine. Selon la Sonamines, l’option de l’exploitation souterraine permet de limiter la destruction des surfaces, la déforestation et la dégradation des sols, fréquemment observées dans les zones d’orpaillage artisanal ou dans certaines exploitations alluviales. Le sous-sol devient le principal théâtre des opérations, tandis que l’empreinte au sol est, en théorie, mieux contrôlée.

Les autorités présentent ainsi Colomine comme un contre-modèle face à l’orpaillage incontrôlé, souvent associé à l’usage de produits chimiques, à la pollution des cours d’eau et à des conflits d’usage des terres. En parlant d’« impact social et environnemental plus maîtrisé », la Sonamines cherche à montrer que l’industrialisation de la filière aurifère peut aller de pair avec une meilleure gestion des risques, à condition que les études d’impact, les plans de réhabilitation et les mécanismes de contrôle soient effectivement appliqués.

Reste que cette promesse devra être vérifiée sur la durée. L’exploitation souterraine n’est pas exempte de risques : gestion des eaux, stabilité des galeries, traitement des déchets miniers et sécurité des travailleurs. La crédibilité du discours « moins destructeur » dépendra de la capacité de Codias SA et de l’État à documenter et à rendre publics les indicateurs environnementaux associés au projet.

Un test pour la gouvernance minière camerounaise

Avec Colomine, le Cameroun se trouve face à un test grandeur nature de sa gouvernance minière. La mine souterraine de Codias arrive à un moment où le pays est engagé dans des discussions récurrentes sur la transparence des contrats, la lutte contre le commerce illicite de l’or, la redistribution des retombées aux collectivités locales et l’alignement sur les standards internationaux en matière d’environnement et de droits des communautés.

La performance de Colomine ne se mesurera donc pas seulement en kilogrammes d’or extraits, mais aussi en montants de redevances versées, en niveau d’intégration des sous-traitants locaux, en qualité des emplois créés et en gestion des impacts sociaux. Si ces objectifs sont atteints, la mine pourrait servir de référence pour les projets à venir et renforcer l’argument selon lequel le Cameroun est prêt à accueillir des investissements miniers plus importants, dans l’or comme dans d’autres minerais stratégiques.

À l’inverse, si les promesses de formalisation, de protection de l’environnement et de retombées locales ne se matérialisent pas, Colomine risque d’alimenter les critiques sur une industrialisation minière à faible effet d’entraînement, accentuant la défiance entre communautés, opérateurs et pouvoirs publics.

Entre symbole et modèle, un tournant pour l’or camerounais

La production des premiers 16,7 kg d’or issus de la mine souterraine de Colomine a donc une portée largement supérieure à sa seule valeur marchande. Elle symbolise l’entrée du Cameroun dans une phase nouvelle de son histoire aurifère, où l’enjeu n’est plus seulement de prouver l’existence de gisements, mais de montrer qu’ils peuvent être exploités de manière économiquement viable, socialement acceptable et écologiquement soutenable.

La trajectoire que prendra Codias SA dans les prochaines années dira si Colomine restera un symbole isolé ou deviendra un modèle reproductible d’exploitation minière responsable au Cameroun. Pour l’instant, l’État présente ce site comme la vitrine d’une filière aurifère en cours de structuration. Reste à transformer l’essai, gramme d’or après gramme d’or.

Patrick Tchounjo

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page