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Olam Agri mise sur les boulangères-entrepreneures : 80 femmes formées, 50 kits pour démarrer

À Bekoko, dans la périphérie de Douala, une initiative à première vue simple, apprendre à faire des beignets, des donuts, des gâteaux, porte en réalité une ambition plus structurante : transformer une compétence de cuisine en capacité économique. En lançant officiellement le programme “Bake & Shine”, Olam Agri affirme vouloir doter des femmes du Littoral de compétences pratiques en boulangerie et pâtisserie, mais aussi d’outils de gestion, de vente et de visibilité numérique, pour accéder à l’entrepreneuriat et à des revenus plus stables.

Derrière ce dispositif, une idée gagne du terrain dans la stratégie sociale des grandes entreprises : l’autonomisation ne se décrète pas, elle s’organise. Elle suppose une formation concrète, un accompagnement minimal, un petit capital de départ… et des débouchés réalistes sur des marchés locaux où la demande existe déjà.

Quatre jours de formation, un objectif : rendre l’activité “vendable”

Le programme s’est déroulé sur quatre jours et a réuni 80 participantes dans les locaux de l’entreprise à Bekoko. L’approche a privilégié le pratique : préparation de produits populaires et accessibles (beignets, croquettes, donuts, cacahuètes grillées, gâteaux, cupcakes), c’est-à-dire des références qui se vendent facilement dans les quartiers, près des écoles, des marchés, ou via des commandes événementielles.

Mais l’originalité du projet, c’est d’avoir assumé une vérité souvent négligée : savoir produire ne suffit pas. Pour qu’une activité devienne une source de revenus durable, il faut aussi savoir chiffrer ses coûts, gérer sa caisse, épargner, fixer un prix, fidéliser, et désormais vendre en ligne. “Bake & Shine” a donc intégré des modules de comptabilité, de gestion de l’épargne, et de stratégies de vente via les réseaux sociaux.

Dans un environnement où une grande partie des activités féminines se joue dans l’informel, cette combinaison “savoir-faire + gestion + marketing digital” vise un résultat précis : faire basculer une activité domestique ou occasionnelle vers une micro-entreprise capable de survivre au-delà de l’enthousiasme du départ.

La santé comme condition silencieuse de la performance économique

Autre choix révélateur : intégrer des examens médicaux gratuits de dépistage de maladies cardiovasculaires, notamment l’hypertension et le diabète, en partenariat avec une structure médicale locale. Dans beaucoup de programmes d’autonomisation, la santé est un angle mort, alors qu’elle conditionne directement la régularité du travail, la capacité à tenir un rythme, et la résilience financière d’un ménage.

En liant formation économique et prévention, l’initiative adopte une lecture plus réaliste de la vulnérabilité : on ne consolide pas un revenu si l’on laisse les risques sanitaires déstabiliser le quotidien.

Du moulin à blé au commerce de quartier : un récit de chaîne de valeur

L’initiative a aussi une dimension pédagogique : les participantes ont visité le moulin à blé de l’entreprise, pour comprendre le processus de production de la farine qu’elles utiliseront. Le geste paraît symbolique, mais il raconte quelque chose d’essentiel : relier la matière première (la farine) au produit fini (le beignet ou le gâteau) et, surtout, relier le produit fini au marché.

C’est aussi une manière de replacer l’autonomisation dans une logique de chaîne de valeur locale, où la transformation alimentaire peut devenir un petit moteur de revenus, particulièrement dans les zones urbaines et périurbaines où la demande de “snacking” et de produits de proximité reste forte.

50 kits de démarrage : le petit capital qui fait la différence

À la fin de la formation, 50 femmes ont reçu des kits de démarrage comprenant des équipements essentiels (mixeurs, bassines, casseroles, ustensiles), ainsi qu’un certificat de fin de formation pour chaque participante. Ce détail est décisif : dans l’entrepreneuriat populaire, l’obstacle n’est pas seulement la compétence, c’est le premier équipement, le premier stock, le premier outil qui permet de produire sans dépendre de tiers.

En d’autres termes, le kit réduit le délai entre “j’ai appris” et “je vends”. Il accélère le passage à l’acte.

Ce que dit “Bake & Shine” de la stratégie des entreprises au Cameroun

Pour l’entreprise, “Bake & Shine” s’inscrit dans un engagement plus large en faveur des communautés et de l’inclusion économique. Mais au-delà du discours, le programme illustre une évolution : les actions sociales les plus efficaces sont celles qui épousent des marchés existants, des usages réels, et des compétences rapidement monétisables.

Le choix de la boulangerie-pâtisserie n’est pas anodin au Cameroun. C’est un secteur à faible barrière d’entrée, porté par une demande quotidienne, et compatible avec des modèles de microproduction. L’ajout des compétences de vente en ligne vient simplement actualiser une réalité : même les microbusiness gagnent désormais des clients via WhatsApp, Facebook, TikTok ou Instagram.

Un enjeu de fond : passer de l’événement à l’impact

Le défi, maintenant, est celui de la durée. Toute initiative de ce type est jugée sur un point : combien de participantes transforment l’essai dans trois mois, six mois, un an ? Combien stabilisent un revenu ? Combien créent un emploi autour d’elles ? Combien basculent d’une production “au jour le jour” vers une activité structurée ?

Si “Bake & Shine” veut devenir un véritable outil de résilience économique, il devra s’adosser à des mécanismes simples : suivi post-formation, mise en relation commerciale, coaching léger, et éventuellement une stratégie d’achats groupés ou de microfinancement. C’est souvent là que se fait la différence entre une belle cérémonie… et une transformation silencieuse mais réelle.

Au fond, l’initiative raconte une conviction : au Cameroun, l’autonomisation des femmes passera aussi par des métiers concrets, immédiatement valorisables, et renforcés par les bons réflexes de gestion. Reste la question ouverte : combien de ces 80 femmes feront, demain, de leur fournil un vrai centre de revenus pour leur foyer et leur quartier ?

Patrick Tchounjo

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