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ADC du Cameroun : 38,3 milliards FCFA pour changer d’échelle, le chantier de la modernisation s’accélère

Le financement, souvent, dicte le rythme réel des infrastructures. Ce 15 décembre 2025 à Yaoundé, l’entreprise publique Aéroports du Cameroun (ADC) et l’Agence française de développement (AFD) ont signé une convention de prêt de 38,3 milliards FCFA destinée à la rénovation de l’aérogare passagers de l’aéroport international de Douala.

Derrière l’annonce, un signal : le dossier bascule du temps long des études et des arbitrages vers le temps court de l’exécution. Et sur un site aussi sensible que Douala (principale porte aérienne du paysl’exécution) ne se jugera pas sur la seule beauté des plans, mais sur la capacité à tenir les délais, éviter les surcoûts et moderniser sans paralyser l’activité.

Un programme à 95 milliards FCFA, structuré autour d’un partage des charges

Le projet affiche un coût global de 95 milliards FCFA TTC, pour des travaux hors taxes évalués à 75 milliards FCFA.
L’équation financière repose sur trois piliers : le prêt de l’AFD, une contribution d’ADC de 36,7 milliards FCFA sur fonds propres, et une participation de l’État évaluée à 20 milliards FCFA sous forme de prise en charge des impôts et droits de douane.

Cette architecture n’est pas neutre. Elle traduit une volonté de verrouiller le financement en amont, afin d’éviter le scénario classique des chantiers publics qui s’étirent faute de décaissements réguliers. Elle place aussi ADC face à une responsabilité directe : si l’entreprise veut bâtir une crédibilité d’opérateur moderne, elle doit livrer.

Objectif : remettre Douala au niveau des standards internationaux

Sur le fond, le chantier vise une remise à niveau complète de l’aérogare, avec une ambition affichée de conformité aux standards internationaux du secteur aérien, et l’atteinte d’un niveau de service IATA “C”, un standard intermédiaire censé garantir une qualité de traitement jugée acceptable.

Le projet promet une réorganisation très opérationnelle : séparation des flux domestiques et internationaux, renforcement des capacités d’enregistrement, modernisation du traitement bagages, amélioration de l’accessibilité, et montée en puissance de l’accueil côté pistes.
À l’échelle macro, l’objectif est clair : faire évoluer Douala d’un aéroport “sous tension” vers une plateforme capable d’absorber plus de trafic et de mieux servir compagnies, passagers et opérateurs économiques.

Deux chantiers en parallèle : airside d’abord, terminal ensuite

La modernisation est organisée en lots, avec un volet déjà engagé : l’extension des chaussées aéronautiques et des aires de trafic. Le marché correspondant a été attribué à China Harbour Engineering Company (CHEC) pour 10,7 milliards FCFA TTC, avec un ordre de service prenant effet le 15 décembre 2025.
Cette première phase comprend notamment la création d’une nouvelle aire de trafic et des travaux lourds (terrassements, réseaux, revêtements, balisage) pour maintenir la continuité des opérations.

Le second pilier, le plus visible pour les voyageurs, concerne la rénovation complète de l’aérogare passagers (réaménagement des espaces, nouvelles surfaces, équipements). Les travaux sont annoncés en site occupé, donc sans fermeture totale de l’aéroport, un choix techniquement exigeant qui impose une planification millimétrée.

Capacité : de 1,5 à 2,5 millions de passagers, mais le juge de paix sera la qualité de service

Le saut visé est significatif : porter la capacité annuelle de l’aéroport de Douala d’environ 1,5 million à 2,5 millions de passagers.
Mais la capacité, seule, ne suffit pas. Les aéroports se comparent aujourd’hui sur la fluidité (files, contrôles), la ponctualité induite par les process au sol, la fiabilité des bagages, la sécurité, et la qualité des services commerciaux. C’est d’ailleurs là que se jouera la “rentabilité” implicite du projet : plus l’expérience passager s’améliore, plus les recettes extra-aéronautiques (commerce, services) peuvent progresser.

Un prêt qui arrive dans un contexte financier plus favorable pour ADC

Le calendrier financier d’ADC est un élément de contexte important. L’entreprise a clôturé 2024 avec un bénéfice net de 9,2 milliards FCFA, plus du double de 2023 (+104 %), porté par la reprise de l’activité et des réformes de gestion selon les informations publiées sur ses performances.
Autrement dit : l’opérateur aborde ce cycle d’investissement avec une base plus solide qu’au sortir des années de turbulence du transport aérien mondial.

Un chantier à haute valeur symbolique… donc à haute exigence

Le prêt de 38,3 milliards FCFA ne finance pas seulement des murs et des équipements. Il enclenche un test de gouvernance : passation des marchés, gestion des interfaces, contrôle qualité, maîtrise des risques, et capacité à piloter des travaux lourds sans casser l’exploitation.

Pour l’État comme pour ADC, l’enjeu dépasse Douala : réussir ce projet, c’est envoyer un signal à l’ensemble des partenaires financiers et industriels sur la capacité du Cameroun à livrer, à temps, une infrastructure critique. Échouer (par retards, surcoûts ou dégradation du service pendant les travaux) reviendrait à fragiliser une ambition pourtant simple : faire de Douala une plateforme plus compétitive, au service du commerce, du tourisme et de la mobilité des affaires.

Patrick Tchounjo

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