Cameroun : Tiger Brands cède 74,69 % de Chococam à Minkama Capital et BGFIBank, un nouveau souffle pour le fleuron agroalimentaire

Un tournant historique s’annonce pour l’un des fleurons de l’industrie agroalimentaire camerounaise. Le groupe sud-africain Tiger Brands a confirmé la cession de sa participation majoritaire de 74,69 % dans Chococam, sa filiale spécialisée dans la confiserie et le chocolat, au profit du fonds d’investissement camerounais Minkama Capital et du groupe bancaire BGFIBank. Cette transaction stratégique, encore soumise à certaines conditions suspensives, devrait être finalisée au second semestre de l’exercice 2026, selon un communiqué financier publié mardi par Tiger Brands.
Une cession annoncée de longue date
Cette opération vient concrétiser un projet de désengagement évoqué depuis plusieurs mois. Déjà, dans ses résultats semestriels clos au 31 mars 2025, Tiger Brands avait indiqué qu’il examinait « les meilleures options de valorisation et de sortie » pour Chococam, classée parmi ses actifs non stratégiques. En clair, la filiale camerounaise, malgré sa rentabilité locale et sa notoriété régionale, ne répondait plus aux critères financiers définis par le géant sud-africain.
Dans son rapport, Tiger Brands précisait qu’une activité est considérée comme « essentielle » si elle génère au moins 2 milliards de rands (environ 112 millions de dollars) de chiffre d’affaires semestriel et un bénéfice d’exploitation supérieur à 1,7 milliard de rands (près de 95 millions de dollars). Chococam, bien que performante sur le marché camerounais et sous-régional, ne satisfait plus ces seuils.
Un repositionnement stratégique pour Tiger Brands
Cette cession s’inscrit dans un plan global de restructuration engagé par Tiger Brands afin de rationaliser son portefeuille d’actifs et se concentrer sur les segments jugés les plus rentables. Le groupe coté à la Bourse de Johannesburg a entrepris un vaste programme d’optimisation visant à se désengager d’activités qualifiées de « non essentielles » pour sa compétitivité future.
« Nous avons identifié diverses catégories et divisions qui ne répondent pas à notre stratégie d’optimisation du portefeuille et qui ne sont pas fondamentales pour notre croissance à long terme », indique le rapport du groupe. En d’autres termes, Tiger Brands choisit désormais de concentrer ses ressources sur ses marchés à forte rentabilité, tout en cédant ses actifs périphériques à des investisseurs capables d’en assurer la continuité et le développement local.

Une nouvelle ère pour Chococam
Pour Chococam, cette reprise par Minkama Capital et BGFIBank ouvre la voie à une nouvelle dynamique de croissance. Dans son communiqué, Tiger Brands affirme que cette transaction permettra « un investissement soutenu dans une entreprise fleuron de l’économie sous-régionale ». Chococam, fondée en 1963 et emblématique de l’industrie camerounaise, produit plusieurs marques phares de confiserie et de chocolat largement consommées à travers l’Afrique centrale.
Avec cette acquisition, Minkama Capital, un acteur en pleine ascension dans le financement industriel africain, et BGFIBank, un groupe bancaire panafricain solidement implanté, entendent renforcer la gouvernance locale, accélérer la modernisation des infrastructures de production et étendre la présence régionale de la marque. Cette opération consacre aussi une reprise africaine d’un actif africain, dans un contexte où les stratégies de relocalisation et de souveraineté économique gagnent du terrain.
Un symbole de reprise de contrôle économique régional
La cession de Chococam à des investisseurs camerounais et africains illustre un retournement symbolique : le passage de la main d’un groupe sud-africain à des capitaux régionaux, porteurs d’une ambition de long terme. Dans un environnement marqué par la montée du patriotisme économique, cette transaction est perçue comme une victoire pour l’investissement africain et une revalorisation des champions industriels locaux.
Si Tiger Brands se retire progressivement, Chococam reste une marque emblématique du quotidien des ménages camerounais et africains. Sa reprise par des acteurs régionaux pourrait lui permettre de retrouver son agilité, de s’adapter aux réalités du marché local et de renforcer sa compétitivité dans la sous-région CEMAC.
En somme, cette transaction marque un tournant stratégique autant pour Tiger Brands que pour Chococam : le premier poursuit sa consolidation financière, tandis que la seconde entre dans une nouvelle phase d’africanisation de son capital et de son avenir industriel.
Patrick Tchounjo



