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Cameroun : Adolphe Moudiki reprend la tête de l’Association camerounaise du gaz, symbole d’une relance stratégique du secteur énergétique

Après plus d’une décennie d’inactivité, l’Association camerounaise du gaz (ACG) renoue enfin avec ses instances dirigeantes. Le 31 octobre 2025, l’organisation a tenu son deuxième conseil, consacré à l’installation de son nouveau bureau exécutif et au lancement d’une nouvelle phase de structuration du secteur gazier national. À la tête de cette relance, un visage bien connu du monde énergétique camerounais : Adolphe Moudiki, directeur général de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), reconduit à la présidence de l’Association.

Cette reconduction symbolise non seulement la volonté de relancer une plateforme professionnelle stratégique, mais aussi la reconfiguration d’un secteur énergétique en mutation, à l’heure où le Cameroun cherche à capitaliser sur son potentiel gazier pour diversifier ses recettes et réduire sa dépendance pétrolière.

Une relance institutionnelle au cœur de la stratégie énergétique nationale

L’Association camerounaise du gaz, créée dans les années 2000, a longtemps été en sommeil, victime de lenteurs institutionnelles et d’un manque de coordination entre acteurs publics et privés. Son redémarrage intervient à un moment charnière, où le gaz naturel est désormais considéré comme un levier clé de la transition énergétique et industrielle du pays.

En réactivant cette structure, le Cameroun entend créer un cadre de concertation technique et économique entre les opérateurs du secteur, les administrations et les partenaires internationaux. L’objectif est clair : structurer la filière gazière, améliorer la régulation du marché et accompagner les ambitions nationales en matière de production, de transport et de distribution.

Pour le gouvernement, cette relance s’inscrit dans la logique du Plan directeur d’industrialisation du Cameroun (PDIC), qui vise à renforcer la valeur ajoutée locale à travers la transformation des ressources naturelles.

Adolphe Moudiki, l’homme de continuité et de stratégie

La reconduction d’Adolphe Moudiki à la tête de l’ACG n’est pas une surprise. Dirigeant emblématique du secteur des hydrocarbures, il est à la manœuvre depuis plus de deux décennies à la SNH, où il a piloté des projets structurants tels que la monétisation du gaz de Kribi, la participation du Cameroun à la filière GNL et la promotion de nouveaux blocs gaziers offshore.

Son retour à la présidence de l’Association traduit la volonté de maintenir une cohérence stratégique entre la SNH, le ministère de l’Eau et de l’Énergie et les acteurs privés. Sous sa direction, l’ACG devrait redevenir une interface technique crédible capable d’accompagner les transformations du marché, de faciliter les partenariats et de contribuer à la mise en œuvre des grands projets énergétiques nationaux.

Le gaz, pilier de la diversification économique du Cameroun

Le Cameroun dispose de réserves prouvées estimées à plus de 200 milliards de m³ de gaz naturel, selon les estimations de la SNH. Ces ressources, longtemps sous-exploitées, représentent un atout stratégique pour la croissance industrielle, la production énergétique et les exportations.

La relance de l’ACG intervient donc dans un contexte de forte demande mondiale de gaz, exacerbée par la recomposition des marchés énergétiques post-Ukraine et la transition vers des sources moins carbonées. Le pays ambitionne de devenir un acteur régional de référence, notamment grâce au projet FLNG (Floating Liquefied Natural Gas) de Kribi, premier terminal flottant de gaz naturel liquéfié en Afrique subsaharienne.

Avec le renforcement de la gouvernance sectorielle et la création d’une plateforme de dialogue comme l’ACG, le Cameroun espère attirer davantage d’investissements privés et stimuler la transformation locale du gaz, notamment pour la production d’engrais, de méthanol et d’électricité.

Vers une meilleure gouvernance énergétique

La renaissance de l’Association camerounaise du gaz ne se limite pas à un simple geste institutionnel. Elle reflète une volonté de structurer durablement la gouvernance du secteur. En centralisant les échanges entre industriels, décideurs publics et experts, l’ACG pourrait devenir un outil essentiel de planification, d’innovation et de régulation.

Selon des sources proches du ministère de l’Énergie, l’association jouera un rôle d’appui dans la formulation des politiques de développement du gaz domestique, notamment à travers la promotion de l’usage du gaz dans les ménages, le transport et l’industrie.

Le retour d’Adolphe Moudiki à la présidence de l’ACG s’inscrit donc dans une approche intégrée de gouvernance, où le gaz n’est plus perçu uniquement comme une ressource d’exportation, mais comme un catalyseur de transformation économique et un outil de souveraineté énergétique.

Un nouveau souffle pour le secteur

La relance de l’Association camerounaise du gaz vient ainsi combler un vide institutionnel de plus de dix ans et marque le début d’une nouvelle ère de dialogue et de coordination dans l’industrie énergétique nationale.

Pour les observateurs, la présence d’Adolphe Moudiki à la tête de cette relance confère une crédibilité immédiate à l’organisation, capable de fédérer les acteurs publics et privés autour d’une vision commune : faire du Cameroun une plateforme gazière compétitive en Afrique centrale.

Si la réussite de cette ambition dépendra de la capacité à moderniser les infrastructures et à sécuriser les investissements, le redémarrage de l’ACG envoie un signal fort : le Cameroun entend reprendre la main sur sa politique gazière et s’inscrire pleinement dans la transition énergétique africaine.

Patrick Tchounjo

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