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Jean-Louis Gasset est décédé à 72 ans : l’ancien sélectionneur de la Côte d’Ivoire s’éteint

Jean-Louis Gasset n’aura jamais été de ceux qui cherchent la lumière. Il faisait plutôt partie de cette race d’entraîneurs qui la fabriquent pour les autres : en installant une discipline, en verrouillant un vestiaire, en donnant à une équipe une forme de respiration dans les moments lourds. L’ancien sélectionneur de la Côte d’Ivoire est décédé à l’âge de 72 ans, une information annoncée par son club de cœur, Montpellier. La cause de son décès n’a pas été rendue publique.

Sa disparition touche au-delà du football français, parce que son passage en sélection ivoirienne a marqué une séquence rare : celle d’un tournoi où l’on peut quitter l’histoire avant qu’elle ne s’achève… et rester malgré tout un personnage central du récit.

Il y a, dans le destin de Gasset avec la Côte d’Ivoire, une image qui résume la brutalité de la Coupe d’Afrique des Nations : un coach construit pour stabiliser, emporté par la violence du résultat. À domicile, en phase de groupes, les Éléphants subissent un 4–0 face à la Guinée équatoriale, un choc immédiatement devenu politique et émotionnel. Gasset est alors écarté. Et pourtant, la Côte d’Ivoire, repêchée, finit par soulever le trophée sous la conduite de son adjoint, Emerse Faé.

Ce paradoxe a parfois été raconté comme une ironie cruelle. Il est surtout une leçon sur la CAN : compétition où l’ordre peut basculer en une soirée, où le symbole peut écraser la méthode, où la pression du pays hôte transforme chaque match en plébiscite ou en procès. Gasset n’était pas un entraîneur “de formules”. Il était un entraîneur de réglages. Mais certains tournois ne laissent pas le temps de régler : ils exigent de survivre, puis d’attaquer.

Son identité, pourtant, n’a jamais tenu à une seule aventure. Jean-Louis Gasset, c’est d’abord Montpellier, une fidélité presque organique : il y a passé l’essentiel de sa carrière de joueur, et y est revenu comme entraîneur, à plusieurs reprises. Reuters rappelle ces liens profonds avec le club, qui a annoncé sa disparition.

Dans une époque où les trajectoires se font en zigzag, il aura gardé ce rapport “local” au football : le club comme maison, le vestiaire comme lieu de vérité, la relation humaine comme carburant principal. Même lorsqu’il était appelé ailleurs, c’était souvent pour la même raison : remettre debout, tenir une équipe, limiter la casse, ramener du calme.

Après l’épisode ivoirien, il effectue un retour en France et connaît un passage bref sur un banc de premier plan, avant de revenir encore à Montpellier. Là aussi, la réalité du football professionnel est sans indulgence : en 2025, il est écarté alors que le club lutte pour éviter la relégation.

Cette fin de parcours dit quelque chose de son statut : celui d’un technicien expérimenté qu’on appelle quand la situation se tend, quand l’équipe a besoin d’ordre plus que de poésie. Mais à ce niveau, même l’ordre ne suffit pas toujours. Il faut du temps, et le football moderne en donne de moins en moins.

Dans l’espace francophone africain, Gasset restera une figure ambivalente : associé à une CAN qui l’a dépassé par sa vitesse, mais aussi à cette idée qu’un staff ne se résume pas au coach visible. Car son empreinte, dans la culture footballistique, tient aussi à ce rôle longtemps sous-estimé : l’homme de l’ombre, l’architecte des détails, celui qui transforme des principes en comportements.

La disparition de Jean-Louis Gasset referme donc plus qu’une biographie : elle referme un certain football, fait de patience, de vestiaire, de répétition, d’autorité tranquille. Et elle laisse une question, surtout pour les sélections africaines

Patrick Tchounjo

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