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Investissements africains : le Cameroun structure son offensive pour attirer les capitaux marocains

À Rabat, le geste est sobre. Mais le signal est clair. En signant, le 25 décembre 2025, un mémorandum d’entente entre l’Agence de Promotion des Investissements (API) du Cameroun et l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations (AMDIE), Yaoundé franchit un cap dans sa stratégie d’attractivité économique. L’objectif est assumé : capter davantage de capitaux marocains, mais surtout les orienter vers des projets structurants pour l’économie camerounaise.

Depuis plusieurs années, le Maroc s’est imposé comme l’un des investisseurs africains les plus actifs sur le continent. Banques, assurances, BTP, télécoms, industrie cimentière : ses groupes ont bâti une présence solide, souvent durable. Le Cameroun ne part donc pas de zéro. Il cherche désormais à organiser cette relation, à la rendre plus lisible, plus rapide, plus efficace.

Le mémorandum signé à Rabat, entre Boma Donatus, directeur général par intérim de l’API, et Ali Seddiki, directeur général de l’AMDIE, instaure un cadre de collaboration opérationnel. Promotion croisée des opportunités, accompagnement des entreprises, partage d’informations, facilitation administrative : les deux agences entendent réduire les frictions qui freinent encore trop souvent les décisions d’investissement en Afrique.

L’enjeu est d’autant plus stratégique que le Cameroun aborde l’année 2026 avec un agenda économique volontariste. La loi de finances récemment promulguée renforce les incitations à l’investissement, prolonge certains délais d’installation dans les zones sinistrées et ajuste les avantages fiscaux pour soutenir la croissance et l’emploi. Autrement dit, le pays affine son “package” pour investisseurs.

Cette nouvelle étape s’inscrit dans une relation ancienne. Établies diplomatiquement en 1965, les relations entre Yaoundé et Rabat se sont renforcées au fil des décennies par des accords sectoriels et des rencontres économiques. En décembre 2023, l’AMDIE avait déjà organisé à Douala des rencontres B2B ciblant l’agro-industrie et la valorisation halieutique, illustrant une coopération Sud–Sud de plus en plus pragmatique.

Reste désormais le défi de l’exécution. Un mémorandum ne crée pas, à lui seul, des usines, des emplois ou des chaînes de valeur. Tout dépendra de la capacité des deux agences à transformer ce cadre en portefeuilles de projets bancables, suivis dans la durée. Pour Yaoundé, le pari est clair : faire du capital marocain non plus un simple marqueur de présence, mais un levier d’industrialisation.

Patrick Tchounjo

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