Disparition de Nelly Chatue-Diop : l’Afrique fintech perd une voix majeure de l’inclusion financière

La nouvelle a fait l’effet d’un choc dans l’écosystème tech et financier africain. Ejara.io et Makeda Asset Management ont annoncé la disparition soudaine de Nelly Chatue-Diop, survenue le 8 janvier, après plusieurs semaines de suivi médical et une aggravation brutale de son état de santé. Dans leur message, les deux structures ont d’abord eu un mot pour la famille et les proches, à qui elles adressent leur soutien dans cette épreuve.
Au-delà de l’émotion, c’est une page importante qui se tourne pour la fintech d’Afrique francophone : celle d’une dirigeante qui aura incarné, avec une rare intensité, l’idée que la finance peut devenir un outil d’autonomie et non un filtre d’exclusion.
Une entrepreneure au carrefour de la tech, de la data et de la finance
Le parcours de Nelly Chatue-Diop racontait déjà une conviction : l’innovation n’a de sens que si elle se met au service d’un besoin concret. Formée en informatique puis passée par la finance via un MBA, elle a bâti l’essentiel de sa carrière entre données, intelligence artificielle et stratégie, avant de revenir à l’entrepreneuriat avec une ambition claire : rendre l’investissement compréhensible et accessible au plus grand nombre.
Ejara.io : démocratiser l’investissement, casser les barrières d’entrée
Avec Ejara, qu’elle a cofondée et dirigée, Nelly Chatue-Diop a porté une promesse simple, mais révolutionnaire dans des marchés où l’épargne reste souvent informelle : permettre d’investir “par petits tickets”, de façon mobile, et avec une approche pédagogique. Plusieurs profils publics décrivent Ejara comme une plateforme d’investissement et d’épargne destinée à l’Afrique francophone et à sa diaspora, s’appuyant sur des briques blockchain et des logiques de portefeuille “non dépositaire”.
Au fil des années, la dirigeante s’est imposée comme une voix structurante du débat sur l’adoption des actifs numériques, tout en gardant une ligne : l’usage avant l’idéologie, l’inclusion avant le récit.
Makeda Asset Management : structurer l’accès aux produits financiers “sérieux”
L’autre pilier de son engagement passait par Makeda Asset Management, présentée comme une structure dédiée à l’investissement et à la gestion d’actifs, avec un positionnement d’inclusion financière.
Dans la zone CEMAC, Makeda a notamment été citée comme une brique permettant de connecter des publics à faible revenu à des produits de marché, en particulier dans le champ des titres publics.
Derrière cette logique, une même obsession : faire entrer davantage d’Africains dans l’économie de l’épargne longue, avec des cadres plus sûrs, plus lisibles, plus encadrés.
Une reconnaissance continentale… et un leadership qui comptait
Ces dernières années, son nom s’était imposé bien au-delà du cercle start-up : conférences, prix, boards, interviews. Elle a notamment été distinguée au Prix Les Margaret (Afrique) 2023 dans la catégorie entrepreneure, symbole d’une visibilité croissante des leaders féminins du numérique africain.
Plus récemment, des médias ont aussi relevé sa montée en influence institutionnelle, signe d’un basculement : la fintech n’est plus seulement un laboratoire, elle devient un interlocuteur des politiques publiques et des régulateurs.
Ce que laisse Nelly Chatue-Diop : une méthode, une exigence, une idée de la justice financière
La disparition de Nelly Chatue-Diop survient à un moment où la finance africaine vit une mutation rapide : mobile money, actifs numériques, digitalisation des titres publics, éducation financière. Son empreinte, elle, tient autant à ce qu’elle a construit qu’à la manière :
- Une vision populaire de l’investissement : partir des réalités (revenus irréguliers, informalité, défi de confiance) plutôt que copier des modèles importés.
- Un leadership “produit” : rendre la finance plus simple, plus concrète, plus pédagogique un enjeu central pour convertir l’usage en autonomie.
- Une place assumée pour les femmes et les jeunes : non pas comme un slogan, mais comme un axe de transformation économique.
Dans les prochains jours, l’écosystème suivra forcément deux questions : comment Ejara et Makeda organiseront la continuité, et comment cet héritage fait d’ambition, d’impact et d’exigence sera prolongé. Mais à l’instant, l’heure est d’abord au recueillement.



