Prix du cacao : Douala casse la barre des 2 000 FCFA/kg, et ça secoue les bassins

Douala vient de casser l’ambiance
En principe, quand la saison sèche s’installe, le planteur respire un peu. Les pistes sont moins “savonées”, les camions n’entrent plus au village comme des pirogues, et les acheteurs arrêtent souvent de couper dans les prix avec leurs fameuses “décotes”. Bref, normalement, ça doit monter.
Sauf que non.
Le 5 février 2026, le cacao à l’embarquement au port de Douala s’est négocié entre 1 800 et 1 950 FCFA/kg, selon le Système d’information des filières (SIF) piloté par l’ONCC. Et surtout, ça signifie une chose très simple : on est repassé sous la barre psychologique des 2 000 FCFA/kg.
La baisse qui tombe au mauvais moment
Le niveau observé marque un repli d’environ 200 à 300 FCFA par rapport à il y a deux semaines.
Et comme le port influence le “bord champ”, la nouvelle se propage directement dans les bassins de production. Moralité : quand Douala tousse, le village attrape la grippe.
Le plus piquant, c’est le timing. La saison sèche a commencé depuis décembre 2025 et, d’après les acteurs de la filière, c’est justement la période où les décotes liées aux surcoûts logistiques en saison des pluies sont censées disparaître progressivement. Mais là, au lieu d’une bonification, c’est le contraire qui se passe.
Les fameuses “décotes” et la réalité des routes
Dans la filière cacao, il y a une vérité que même le soleil ne peut pas contester : les routes. Pendant les pluies, certains axes deviennent des parcours du combattant, donc les acheteurs appliquent des décotes pour couvrir les surcoûts. Quand la saison sèche arrive, on s’attend à ce que ces décotes se calment.
Mais si le prix à Douala baisse, même sans boue, même avec la poussière, le planteur peut quand même se retrouver à vendre moins bien. Et ça, c’est la double peine version cacao.
Un choc frontal avec les prévisions officielles
Autre gros sujet : la cohérence entre les attentes et le terrain. Pour la campagne 2025-2026, les pouvoirs publics tablaient sur des prix moyens aux producteurs compris entre 3 200 et 5 400 FCFA/kg, nettement au-dessus des niveaux constatés à l’export en ce moment.
Et c’est là où ça devient sensible. Parce qu’au village, on ne mange pas “des prévisions”. On mange des prix du jour. Quand le port affiche 1 800–1 950, les chiffres de 3 200–5 400 sonnent comme un message vocal WhatsApp qu’on a “vu” mais qu’on n’a pas encore “vécu”.
Pourquoi le cacao compte autant pour le Cameroun
Ce n’est pas juste une histoire de planteurs. Le cacao pèse lourd dans la balance nationale. Ces dernières années, la hausse des prix aux producteurs a même renforcé le poids du cacao dans les recettes d’exportation.
Selon l’INS relayé dans un rapport, au 1er trimestre 2025, les ventes de fèves de cacao brutes ont généré 500,3 milliards FCFA, soit 44,8% des recettes globales d’exportation, au point de supplanter les hydrocarbures sur la période.
Quand ça va bien, tout le monde est content. Quand ça baisse, ce n’est pas juste “la plantation” qui souffre, c’est aussi l’économie qui serre un peu les dents.
Ce que ça change concrètement pour les planteurs, maintenant
Dans l’immédiat, ce passage sous 2 000 FCFA/kg au port de Douala envoie un signal clair : le marché peut surprendre, même quand la saison dit normalement l’inverse. Pour les producteurs, ça se traduit souvent par moins de marge, moins de capacité à investir, et plus de pression sur les ménages, surtout en période où tout coûte déjà cher.
Et sur le terrain, la question devient vite simple, très simple : si le cacao ne “parle” plus bien, on fait comment pour payer école, santé, intrants, main-d’œuvre, et la vie qui n’attend personne ?
La saison sèche était attendue comme la période où le cacao allait respirer un peu. Douala vient de rappeler une règle brutale : le marché n’a pas de sentiments, et la barre des 2 000 FCFA/kg n’est pas un droit, c’est un combat.
Patrick Tchounjo



