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Issa Tchiroma Bakary : “Le Cameroun est dos au mur” le candidat du FSNC défie le régime Biya et exige la libération des détenus politiques sous 48 heures

Après plusieurs jours de silence, Issa Tchiroma Bakary refait surface avec une déclaration tonitruante. Dans une vidéo diffusée sur Facebook ce dimanche 9 novembre 2025, le candidat du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC) à la présidentielle du 12 octobre sort de sa réserve pour dénoncer avec vigueur les arrestations arbitraires ayant suivi les manifestations post-électorales. Dans un ton sans concession, l’ancien ministre de la Communication donne 48 heures au régime du président Paul Biya pour libérer toutes les personnes interpellées, accusant le pouvoir en place de dérive autoritaire et de confiscation du suffrage populaire.

Une sortie virulente après plusieurs jours de silence

Disparu des radars depuis le 5 novembre, Issa Tchiroma réapparaît dans un contexte de fortes tensions politiques. Trois jours plus tôt, le président Paul Biya prêtait serment pour un nouveau mandat, à la suite d’une élection présidentielle contestée. Ce 6 novembre, alors que la cérémonie se déroulait à l’Assemblée nationale, plusieurs rassemblements d’opposition ont été réprimés à Yaoundé, Douala, Bafoussam et Garoua, donnant lieu à de nombreuses interpellations.

C’est dans ce climat explosif que Tchiroma choisit de s’exprimer, rompant ainsi un mutisme que beaucoup avaient interprété comme une prudente mise à distance. Dans sa vidéo, son message est clair et tranchant :

« Le 6 novembre, le peuple camerounais a été témoin d’un acte de hold-up de son État, et c’est une honte terrible. Je donne au régime Biya 48 heures pour libérer tous les prisonniers arbitrairement arrêtés pour leurs opinions ou leur soutien à la vérité. Passé ce délai, les conséquences vous incomberont », a-t-il averti, dans une posture mêlant défi politique et appel à la raison d’État.

“Un peuple dos au mur” : l’appel à la conscience nationale

Dans une rhétorique enflammée, Issa Tchiroma met en garde contre une rupture sociale et morale grandissante au Cameroun. Il accuse le pouvoir de nier les aspirations démocratiques de la population et de pousser les citoyens à bout.

« Je porte à la connaissance du monde en général et des nations qui ont érigé la démocratie et le respect des droits de l’homme comme fondement de leur existence, le fait que tout le peuple camerounais se trouve aujourd’hui dos au mur », déclare-t-il, visiblement ému.

Cette déclaration, diffusée massivement sur les réseaux sociaux, a immédiatement suscité un torrent de réactions. Entre soutien populaire et critiques prudentes, le discours du leader du FSNC ravive les débats sur la liberté d’expression, la légitimité du pouvoir et la place de l’opposition dans l’architecture institutionnelle du pays.

Une réapparition à forte portée politique

Longtemps considéré comme un allié du régime, Issa Tchiroma a, au cours des dernières années, multiplié les prises de position ambiguës. Ancien ministre de la Communication du président Biya, il a souvent défendu les politiques gouvernementales avant de s’affirmer comme un acteur politique autonome, revendiquant son indépendance. Sa candidature à la présidentielle de 2025 s’inscrivait dans cette logique : celle d’un homme cherchant à se réinventer comme voix nationale alternative, capable de dialoguer avec toutes les forces politiques.

Son retour sur la scène publique avec un discours aussi frontal marque peut-être un tournant. Pour plusieurs analystes, cette prise de parole traduit un repositionnement stratégique du FSNC, désireux de capitaliser sur la colère populaire et de se démarquer d’un pouvoir fragilisé par les contestations.

Entre courage politique et calcul stratégique

Reste que cette sortie soulève des interrogations : Issa Tchiroma veut-il incarner la nouvelle opposition de transition, ou simplement peser sur le rapport de forces en interne ? Quoi qu’il en soit, sa posture actuelle contraste fortement avec son image passée d’homme du sérail. Son appel à la libération des détenus politiques résonne comme une revendication de dignité nationale et un appel à la réconciliation citoyenne.

Mais le risque est réel : dans un contexte post-électoral tendu, cette sortie pourrait être perçue par le régime comme une provocation. Pour certains observateurs, le leader du FSNC joue une carte délicate entre courage et défiance, consciente que le Cameroun traverse une phase politique charnière où chaque mot compte.

Le Cameroun face à son destin

Alors que le pays tente de retrouver son calme après les tensions électorales, cette déclaration vient raviver le débat sur les libertés publiques et la crise de confiance entre le pouvoir et les citoyens. À travers son message, Issa Tchiroma pose une question fondamentale : le Cameroun peut-il renouer avec le dialogue, la vérité et la justice sociale sans répression ?

En donnant un ultimatum de 48 heures au régime, le leader du FSNC place le pays face à un choix historique : maintenir le statu quo ou amorcer un tournant démocratique. Une position qui, qu’on l’approuve ou non, replace Issa Tchiroma au cœur du débat national.

Patrick Tchounjo

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