Cameroun : Yerima Halilou, cadre du MRC, déféré à la prison de Maroua après une arrestation controversée

La tension politique s’intensifie à l’extrême nord du Cameroun. Yerima Halilou, Secrétaire National Délégué du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), a été déféré à la prison centrale de Maroua ce vendredi soir, au lendemain de son enlèvement à domicile par des hommes armés non identifiés. Cette arrestation, survenue dans la nuit du 5 novembre 2025, suscite une vague d’indignation dans les milieux politiques et de la société civile.
Selon les informations recueillies par Actu Cameroun, le militant serait accusé de soutien supposé au candidat Issa Tchiroma Bakary, une figure politique influente du Grand Nord. Ce motif, jugé flou par plusieurs observateurs, relance le débat sur l’instrumentalisation politique de la justice à l’approche d’une période électorale particulièrement sensible.
Dans un communiqué officiel, le MRC a condamné avec la plus grande fermeté cette arrestation, dénonçant une violation manifeste des droits fondamentaux. « Monsieur Yerima Halilou est un militant pacifique, connu pour son engagement citoyen et son attachement à la démocratie. Son enlèvement puis son incarcération constituent un grave précédent », indique le texte du parti.
Un climat politique de plus en plus tendu
Cette affaire intervient dans un contexte où le Cameroun traverse une phase de crispation politique marquée par la répression des voix dissidentes et la surveillance accrue des partis d’opposition. Le MRC, formation fondée par Maurice Kamto, reste dans le viseur du pouvoir depuis la contestation post-électorale de 2018. Plusieurs de ses cadres et militants ont déjà été interpellés ou condamnés pour des motifs souvent qualifiés d’« arbitraires » par les organisations de défense des droits humains.
Pour nombre d’analystes, l’affaire Yerima Halilou illustre une fois de plus les fractures profondes du système politique camerounais, où l’appareil sécuritaire est régulièrement accusé de dérives autoritaires. Le fait que l’arrestation ait eu lieu dans le Nord, une région historiquement stratégique et politiquement sensible, donne à l’affaire une dimension nationale.
Entre symbole et signal politique
Yerima Halilou n’est pas un militant ordinaire. En tant que Secrétaire national délégué du MRC, il joue un rôle de coordination important au sein du parti, notamment dans la structuration régionale des activités politiques. Son déferrement à Maroua – loin des projecteurs de Yaoundé – apparaît pour certains comme une stratégie d’intimidation ciblée, visant à décourager toute forme d’alliance ou de rapprochement entre figures politiques du Nord.
Les alliés du MRC appellent à sa libération immédiate et exigent des clarifications sur les circonstances de son arrestation, qu’ils qualifient de « kidnapping politique ».
Vers une montée des tensions ?
Alors que les autorités camerounaises gardent le silence, plusieurs ONG locales et internationales, dont Human Rights Watch et Amnesty International, s’apprêtent à interpeller le gouvernement sur cette nouvelle atteinte aux libertés publiques. L’affaire Yerima Halilou pourrait bien devenir un test pour la crédibilité du système judiciaire camerounais et pour la capacité du pays à garantir un pluralisme politique réel.
Dans un Cameroun en quête d’apaisement et de dialogue, chaque arrestation de figure d’opposition fragilise davantage la confiance entre le pouvoir et la société civile. En attendant, Yerima Halilou reste derrière les barreaux de la prison de Maroua , un symbole de plus des fractures politiques qui traversent le pays.
Patrick Tchounjo



