Agricultures

Rebond du cacao à Douala : +170 FCFA en une semaine, les producteurs peuvent souffler… provisoirement

Après plusieurs semaines de repli, le marché camerounais du cacao envoie un signal de respiration. Au 9 décembre 2025, le kilogramme de fèves se négociait entre 2 170 FCFA et 2 470 FCFA au port de Douala, soit une hausse de 170 FCFA en une semaine par rapport à la fourchette observée fin novembre (2 000–2 300 FCFA/kg).

Ce rebond, même modéré, compte dans un pays où le prix portuaire sert de boussole. Parce qu’à Douala se forme une référence qui irrigue ensuite les prix “bord champ”, l’amélioration observée au port nourrit l’espoir d’une meilleure rémunération dans les bassins cacaoyers. Mais la question centrale demeure : s’agit-il d’un début de retournement ou d’un simple ajustement technique dans un marché encore fragile ?

Un rebond après deux baisses successives en novembre

Le mouvement de décembre intervient après un mois chahuté. Entre début et fin novembre, les données de suivi des filières faisaient apparaître des baisses marquées, parfois de plusieurs centaines de FCFA par kilogramme, créant une tension immédiate sur les revenus des planteurs.

Dans ce contexte, la hausse de 170 FCFA observée début décembre ressemble à un rééquilibrage. Elle peut refléter un besoin de reconstitution de stocks, des ajustements de qualité et de disponibilité, ou encore un effet de transmission ponctuel des variations internationales. Mais elle ne suffit pas, à elle seule, à réinstaller une trajectoire haussière durable.

Des prix encore loin de l’objectif de la campagne 2025-2026

C’est ici que l’écart devient politique. Les projections publiques pour la campagne cacaoyère 2025-2026 misent sur des prix moyens aux producteurs compris entre 3 200 et 5 400 FCFA/kg. Or, avec un marché portuaire qui se situe autour de 2 170–2 470 FCFA/kg à Douala, le différentiel reste considérable, et il met à l’épreuve l’idée d’une saison naturellement “porteuse”.

Cette distance alimente une inquiétude silencieuse : si la référence portuaire peine à remonter, les prix bord champ auront du mal à converger vers les niveaux annoncés, sauf choc externe favorable (nouvelle tension sur l’offre mondiale, rebond fort des cours, ou primes de qualité plus importantes).

La pression mondiale : l’ombre d’un excédent selon l’ICCO

Le marché camerounais ne vit pas en vase clos. Sur le plan international, l’Organisation internationale du cacao anticipe désormais un excédent mondial d’environ 49 000 tonnes pour la campagne 2024/25, là où une prévision antérieure évoquait un surplus nettement plus élevé.

Même révisé à la baisse, un excédent reste un signal de détente : il pèse sur les anticipations, refroidit les opérateurs et limite la capacité des prix à s’installer durablement au-dessus d’un certain seuil. Pour un pays exportateur comme le Cameroun, cela signifie une chose : la hausse à Douala peut être réelle, sans pour autant annoncer un cycle haussier si la tendance mondiale reste orientée vers l’équilibre, voire le surplus.

Ce que change concrètement le rebond de Douala pour les producteurs

Dans l’immédiat, la remontée des prix au port peut soutenir les achats, donc améliorer la liquidité dans les zones de production. Psychologiquement, c’est aussi un message : le marché n’est pas “cassé”, il se réajuste.

Mais les producteurs attendent plus qu’un frémissement. Ils jugent à l’échelle du mois, parfois de la campagne entière, avec une obsession simple : la stabilité. Or, l’épisode récent montre au contraire une forte volatilité, avec des corrections rapides à la baisse puis des rebonds. Cette instabilité complique la planification des dépenses agricoles, l’entretien des plantations, et la capacité à investir dans la qualité.

Un ajustement à court terme, pas encore un changement de tendance

Le rebond de 170 FCFA au port de Douala est un signal positif, mais il ressemble davantage à une correction technique qu’à un changement de régime. D’un côté, le marché local reprend un peu de souffle après un mois de contraction. De l’autre, les paramètres internationaux (anticipations d’excédent, arbitrages des acheteurs, dynamique de transformation) continuent d’encadrer la hausse.

La suite se jouera sur deux facteurs : la capacité du marché mondial à repartir en tension, et la capacité du cacao camerounais à capter des primes (qualité, traçabilité, conformité) qui permettent de mieux protéger le revenu des producteurs lorsque les cours se détendent.

Patrick Tchounjo

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