
Le match est terminé depuis des jours, mais la finale continue de se jouer ailleurs. Non plus sur la pelouse, mais dans les couloirs feutrés des commissions, là où le football africain tranche ce que le terrain a laissé en suspens : la responsabilité, la proportion, la vérité des faits. Après une finale au scénario explosif, la Fédération Royale Marocaine de Football a décidé de passer à l’offensive sur le terrain juridique.
La Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) a annoncé avoir décidé d’interjeter appel des sanctions prononcées par le jury disciplinaire de la Confédération Africaine de Football (CAF), à la suite des graves incidents survenus lors de la finale entre le Sénégal et le Maroc. Dans sa communication, la FRMF indique avoir pris acte des décisions disciplinaires récemment notifiées par la CAF concernant les événements ayant émaillé la finale de la 35ᵉ édition de la Coupe d’Afrique des Nations, disputée le 18 janvier 2026.
Une finale sous haute tension qui a débordé du cadre sportif
Ce 18 janvier, la finale n’a pas seulement raconté une histoire de football. Elle s’est transformée en dossier disciplinaire majeur. La rencontre a été marquée par le retrait de l’aire de jeu des joueurs et des membres du staff de la sélection sénégalaise, dans un climat de contestation, avant que la situation ne dégénère davantage. Dans la foulée, des supporters ont envahi la pelouse, et des échauffourées violentes ont éclaté, faisant basculer l’événement dans une séquence chaotique, au-delà de ce qu’une finale continentale peut tolérer.
Dans ce contexte, la CAF a rendu une décision disciplinaire, assortie de sanctions et d’amendes. Mais côté marocain, le verdict ne fait pas l’unanimité.
Les sanctions de la CAF, un verdict qui ne satisfait pas Rabat
Pour Rabat, l’affaire ne se résume pas à une “réaction à chaud”. L’appel annoncé par la FRMF traduit une conviction : la lecture disciplinaire de la CAF, telle qu’elle a été notifiée, ne correspondrait pas à l’ampleur des faits ni à la gravité des incidents. La Fédération marocaine estime donc nécessaire de faire valoir ses droits et de demander une reconsidération de la décision rendue.
Cette démarche place l’instance continentale face à une équation sensible : sanctionner pour dissuader, sans donner le sentiment d’arbitraire. Et surtout, préserver l’image d’une compétition dont la visibilité grandit, mais dont la crédibilité dépend aussi de sa capacité à se protéger dans les moments de crise.
L’appel du Maroc, une bataille de principe autant qu’un test d’autorité
En interjetant appel, la FRMF ne cherche pas seulement un ajustement technique. Elle ouvre un second match, celui de la jurisprudence. Car ce que décidera la Commission d’appel de la CAF va dépasser le seul cas Maroc Sénégal : ce sera un signal pour les prochaines finales, un repère sur la ligne rouge entre contestation, indiscipline, et mise en danger du déroulé d’une rencontre.
Au fond, l’affaire met sur la table une question que le football africain ne peut plus repousser : quand une finale dérape, qui porte la responsabilité, jusqu’où vont les sanctions, et comment éviter que la tension sportive ne se transforme en désordre public.
Une décision attendue, forcément scrutée
Désormais, tous les regards se tournent vers la Commission d’appel. Une confirmation des sanctions validerait la ligne actuelle. Un durcissement enverrait un message d’autorité. Un assouplissement ouvrirait le débat sur la cohérence et la dissuasion. Dans tous les cas, la CAN 2025 aura laissé une évidence : une grande compétition se juge aussi à la manière dont elle gère ses tempêtes, quand le terrain ne suffit plus à contenir la tension.
Patrick Tchounjo



