Infrastructures

BTP au Cameroun : CMEC décroche le siège des Douanes, un test grandeur nature en 42 mois

Le Cameroun ajoute une pièce majeure à son chantier de modernisation administrative. À Yaoundé, dans le nouveau quartier administratif de Mballa II, les travaux du futur siège de la Direction générale des Douanes ont été officiellement lancés le 9 décembre 2025 lors d’une cérémonie de pose de la première pierre présidée par le ministre en charge des Finances.

Le marché de construction a été confié à China Machinery Engineering Corporation (CMEC), avec une maîtrise d’œuvre annoncée aux côtés du bureau INTEGC. Le projet est estimé à environ 23 milliards FCFA et doit être livré en 42 mois (trois ans et demi).

Un complexe de 10 000 m² pensé pour centraliser et accélérer

Sur le plan architectural, le futur ensemble est dimensionné pour accueillir environ 800 personnes sur une emprise de 10 000 m². Il prévoit une tour R+11, deux ailes latérales, des aménagements extérieurs et des salles de conférence de 200 et 500 places.

L’ambition affichée est double : regrouper, moderniser et offrir un environnement de travail plus adapté aux exigences actuelles d’une administration douanière devenue centrale dans la mobilisation des recettes et le contrôle des flux commerciaux.

Pourquoi ce siège est un enjeu stratégique, au-delà du bâtiment

Dans la pratique, un siège douanier n’est pas un simple “immeuble administratif”. Il structure la coordination, la chaîne décisionnelle, la supervision, la gestion des risques, et parfois l’industrialisation des réformes (digitalisation, contrôle, lutte contre la fraude). Les autorités présentent le projet comme un levier de modernisation des services publics, avec un accent mis sur l’efficacité et la performance.

Mais la crédibilité du chantier se jouera sur des critères concrets : respect des délais, maîtrise des coûts, qualité des équipements, et capacité réelle à améliorer l’expérience des usagers (procédures, délais, traçabilité).

CMEC : une signature chinoise qui monte en puissance au Cameroun

Le choix de CMEC mérite un zoom. Fondée en 1978, CMEC se présente comme l’entité de pilotage des activités d’ingénierie et de contracting du groupe CMEC au sein de SINOMACH, un grand groupe public chinois, avec une forte tradition d’interventions à l’international dans les projets industriels et d’infrastructures.

Au Cameroun, l’entreprise n’est pas inconnue. Elle est citée sur des chantiers récents, notamment des travaux de réhabilitation d’axes de voirie à Yaoundé, dans un contexte d’interventions urgentes sur la circulation urbaine. Elle est également associée, à travers son groupe, à des projets dans l’énergie, comme la centrale hydroélectrique de Lompanger (30 MW) présentée comme une réalisation portée par CMEC au Cameroun.

Autre signal : l’entreprise est mentionnée dans des échanges et projets autour de la mécanisation agricole au Cameroun, ce qui montre une stratégie de présence multisectorielle (infrastructures, équipements, services).

Un “projet vitrine” annoncé… et un test de transparence

Lors du lancement, CMEC a communiqué sur une promesse classique mais engageante : mobilisation d’équipes, technologies, matériaux et méthodes de gestion afin de garantir la qualité, la sécurité et la vitesse d’exécution, avec l’objectif d’en faire un repère dans la capitale.

Reste un point sensible : le mode de financement de l’opération n’est pas détaillé publiquement à ce stade dans les informations disponibles. Dans un pays où l’opinion surveille de près les grands chantiers publics, l’acceptabilité du projet dépendra aussi de la lisibilité financière, des mécanismes de contrôle, et de la capacité à éviter le triptyque redouté retards–avenants–surcoûts.

Ce que le marché va surveiller dès maintenant

Trois questions vont dominer la suite :Le calendrier : 42 mois annoncés, la livraison sera jugée sur la tenue du planning. La qualité et la maintenance : un siège “moderne” se mesure aussi à la durabilité des installations. L’impact réel : gains d’efficacité, meilleure coordination, amélioration du service aux opérateurs économiques.

Le chantier de Mballa II devient ainsi un marqueur : non seulement de l’ambition immobilière de l’État, mais surtout de sa capacité à transformer un investissement de 23 milliards FCFA en performance administrative tangible et à prouver que la modernisation ne se limite pas à une façade.

Patrick Tchounjo

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