Cameroun : Paul Biya lâche 36 milliards pour électrifier les villages au solaire

Le Cameroun vient de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie d’électrification rurale. Par décret présidentiel, Paul Biya a autorisé le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire à signer un contrat de crédit avec la Banque Africaine d’Export-Import (Afreximbank) portant sur 55,47 millions d’euros, soit environ 36,39 milliards de FCFA. Derrière ce chiffre massif, un objectif très concret : accélérer l’électrification solaire de dizaines de localités rurales encore plongées dans l’obscurité.
Ce financement s’inscrit dans la tranche III d’un vaste programme d’électrification rurale par systèmes solaires photovoltaïques, conçu pour alimenter en énergie propre 200 localités à travers le pays. La nouvelle enveloppe est spécifiquement destinée à l’électrification de 51 localités supplémentaires, qui s’ajoutent aux zones déjà ciblées lors des phases précédentes. Autrement dit, le pays opte pour une montée en puissance progressive, village après village, en misant sur le solaire comme levier de développement.
Le choix du crédit, d’un montant de 36 milliards de FCFA, n’est pas anodin. Il repose sur un partenariat structuré avec Afreximbank, devenue un acteur central du financement des infrastructures en Afrique. À travers ce montage, l’État camerounais obtient des ressources pour déployer des centrales solaires de petite et moyenne capacité, installer des mini-réseaux locaux ou des systèmes autonomes capables d’alimenter les ménages, les écoles, les centres de santé et les petites entreprises rurales. Dans des territoires où l’extension du réseau électrique classique serait coûteuse et lente, le photovoltaïque apparaît comme une solution plus agile et plus adaptée.
Dans les 51 localités visées, l’électricité ne sera pas qu’une question de confort. Elle pourra changer la physionomie même des économies locales. L’éclairage prolongera les heures de classe, les équipements médicaux fonctionneront dans de meilleures conditions, les petits ateliers pourront utiliser des machines, la conservation des aliments deviendra plus fiable. L’accès à l’énergie est aussi un facteur d’attractivité territoriale : il limite l’exode des jeunes vers les villes et ouvre la voie à de nouvelles activités basées sur le numérique et les services.
Ce décret intervient alors que le gouvernement met en avant son ambition de réduire les inégalités d’accès à l’électricité entre zones urbaines et rurales. Il vient compléter les grands investissements dans l’hydroélectricité et les lignes de transport en misant sur une approche plus décentralisée. La stratégie est claire : utiliser le solaire non seulement comme un symbole de transition énergétique, mais aussi comme outil d’inclusion sociale et territoriale. Pour les bailleurs internationaux, ce type de projet coche plusieurs cases : énergie propre, impacts sociaux visibles, et alignement avec les objectifs climatiques.
Reste que la réussite d’un tel programme ne se joue pas uniquement au moment de la signature du crédit. Elle dépendra de la qualité des équipements installés, de la compétence des entreprises retenues, de la capacité à assurer la maintenance sur le long terme et de la clarté des règles de gestion. Qui opérera ces mini-réseaux ? Quels seront les tarifs appliqués aux usagers ? Comment garantir la disponibilité des pièces de rechange et la formation de techniciens locaux ? Sans réponses solides à ces questions, le risque est de voir certains sites se dégrader faute de suivi, comme on l’a déjà observé dans d’autres pays.
Ce financement envoie néanmoins un double signal. À l’international, il montre que le Cameroun est disposé à structurer des financements verts avec des institutions africaines de premier plan, ce qui peut favoriser d’autres projets dans l’énergie, le numérique ou les infrastructures rurales. À l’intérieur du pays, il constitue un message adressé aux territoires longtemps marginalisés : les villages ne sont plus totalement oubliés dans les grands arbitrages budgétaires et diplomatiques.
Pour les populations concernées, la vraie mesure du succès ne sera pas le montant du crédit, mais le moment où l’interrupteur s’allumera enfin dans les maisons, les écoles et les centres de santé. Si le projet est correctement exécuté, ces 36 milliards de FCFA pourraient représenter bien plus qu’une ligne dans un décret : le début d’une reconfiguration silencieuse du quotidien dans le Cameroun rural, où le soleil devient enfin une vraie source d’opportunités économiques et sociales.
Patrick Tchounjo



