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Cameroun : l’État supprime les droits de douane sur le solaire et l’eau potable, un signal fort

Le Cameroun vient d’envoyer un message clair au marché, aux investisseurs et aux ménages qui étouffent entre coupures d’électricité, coût des équipements et difficultés d’accès à l’eau. Oui, le pays a officiellement acté l’exonération totale des droits et taxes de douane sur l’importation des équipements destinés à la production d’eau potable et aux énergies renouvelables, notamment le solaire, l’éolien et la biomasse. La mesure est encadrée par la circulaire n°00000201/MINFI/DGD du 12 février 2026, signée par le ministre des Finances Louis Paul Motaze, et s’appuie sur la loi de finances 2026. Elle prévoit une exonération valable pendant 12 mois pour une liste précise d’équipements et matériels éligibles.

Dit autrement, l’État enlève une partie du poids fiscal sur des équipements qui, jusqu’ici, coûtaient souvent trop cher pour beaucoup de Camerounais, d’entreprises, de collectivités ou de porteurs de projets. Et dans un pays où l’énergie manque encore là où elle est la plus attendue, surtout en zone rurale, ce geste n’a rien d’anecdotique. Il vise clairement à stimuler l’investissement dans les solutions alternatives et à accélérer le déploiement d’outils capables de produire de l’électricité ou de l’eau là où les réseaux classiques n’arrivent pas, ou arrivent mal.

Une mesure fiscale qui parle enfin le langage du terrain

Sur le papier, la décision paraît technique. En réalité, elle touche à quelque chose de très concret : le quotidien. Quand un panneau solaire coûte trop cher, ce n’est pas seulement un équipement qu’on repousse. C’est une activité économique qui ralentit, un forage qui ne se fait pas, une école qui reste dans le noir, un centre de santé qui improvise encore avec des solutions fragiles.

La circulaire fixe noir sur blanc une liste d’équipements concernés. On y retrouve notamment les panneaux photovoltaïques, les onduleurs, les batteries à cycle profond, les câbles solaires, les pompes, mais aussi des turbines hydroélectriques et des équipements liés à la biomasse. Le texte officiel précise que ces matériels sont éligibles à l’exonération lorsqu’ils sont destinés à la production d’eau potable ou d’énergies renouvelables.

Ce que Yaoundé semble comprendre, enfin, c’est qu’on ne peut pas réclamer une transition énergétique sérieuse avec des équipements encore traités comme des produits de luxe. On ne construit pas une autonomie énergétique à coups de discours seulement. À un moment, il faut toucher au nerf de la guerre : le prix.

Le vrai test ne sera pas dans la circulaire, mais dans les boutiques

Et c’est ici que le texte devient intéressant. L’État ne s’est pas contenté d’ouvrir la porte à l’exonération. Il a aussi posé une exigence qui change tout : les opérateurs bénéficiant de cette franchise douanière sont tenus de répercuter l’avantage fiscal sur les prix de vente aux consommateurs finaux. Autrement dit, pas question que certains importateurs transforment une mesure publique en jackpot privé.

C’est sans doute le point le plus politique de toute cette affaire. Parce que le Cameroun connaît trop bien ce scénario : une mesure censée soulager le marché, mais qui s’évapore quelque part entre l’administration, l’importation et la revente. Au final, l’État renonce à des recettes, mais le client continue de payer presque pareil. Ambiance classique. Cette fois, le principe affiché est différent : si l’exonération existe, elle doit se voir sur l’étiquette.

La question est donc simple, presque populaire : est-ce que les prix vont vraiment baisser, ou est-ce qu’on va encore nous servir le traditionnel “les coûts logistiques sont élevés” jusqu’à l’épuisement moral du consommateur ? C’est là que se jouera la crédibilité de la mesure.

Une exonération oui, mais pas pour faire n’importe quoi

Le texte ne distribue pas un chèque en blanc. Il encadre sévèrement l’usage des équipements importés. La circulaire précise que le matériel doit être strictement destiné à la production d’eau ou d’énergie, et que tout détournement d’usage expose l’opérateur à des sanctions prévues par le Code des Douanes de la CEMAC. Elle précise aussi qu’en cas de réexportation en l’état, les droits initialement suspendus doivent être payés au préalable.

En clair, le Cameroun veut encourager l’investissement utile, pas créer une nouvelle filière d’opportunisme fiscal. On importe pour équiper, pas pour contourner, stocker, revendre ailleurs ou jouer au plus malin avec l’administration. Le message est limpide : la franchise douanière est un levier de production, pas une combine.

Et sur ce point, l’État a raison d’être prudent. Car dès qu’une exonération apparaît, certains voient un projet d’intérêt général. D’autres voient déjà un trou dans lequel glisser une facture bien arrangée.

Derrière le solaire, une bataille bien plus large

Cette décision va au-delà de la simple question énergétique. Elle touche à l’accès à l’eau potable, à la réduction des inégalités territoriales, à la résilience des zones rurales, à la compétitivité des PME, et même à la capacité du Cameroun à rendre crédible son discours sur le développement durable. Le gouvernement lui-même présente cette orientation comme un moyen de promouvoir davantage l’énergie verte dans le cadre de la loi de finances 2026.

Dans beaucoup de localités, attendre le réseau reste une promesse à long terme. En revanche, un système solaire bien installé, une pompe adaptée, des batteries fiables ou une solution biomasse bien pensée peuvent changer la vie plus vite qu’un grand plan oublié dans un tiroir. Pour une commune, un hôpital, une exploitation agricole, une unité de transformation ou une école, la baisse du coût à l’importation peut faire basculer un projet de “trop cher” à “enfin possible”.

C’est là que la mesure devient intéressante pour le grand public. Elle peut créer un mouvement. Pas seulement dans les grandes villes, mais là où la débrouille énergétique est déjà une façon de vivre.

Une fenêtre de 12 mois qui oblige à aller vite

Il y a toutefois une limite importante : l’exonération est accordée pour 12 mois à compter de la signature du texte. Cela veut dire que le signal est fort, mais que la fenêtre est courte. Les importateurs, distributeurs, développeurs de projets et porteurs d’initiatives locales ont donc peu de temps pour se positionner, structurer leurs achats et mettre des solutions sur le marché dans des conditions réellement avantageuses.

Douze mois, en administration, ça passe vite. Douze mois, dans un pays où les procédures peuvent parfois avancer avec la vitesse d’un dossier qu’on “suit”, c’est encore plus court. Le risque, ce serait que la mesure soit saluée partout, puis exploitée trop lentement pour produire son plein effet. Le bon scénario, lui, serait une accélération réelle des importations utiles, un effet visible sur les coûts, et une montée en puissance rapide de projets concrets.

Ce que cette mesure peut changer pour le Cameroun

Si elle est correctement appliquée, cette exonération peut devenir l’une des décisions les plus intelligentes de la loi de finances 2026. Parce qu’elle touche à un verrou structurel : le coût d’entrée. Elle peut aider à démocratiser certains équipements solaires, faciliter des projets d’eau potable, soutenir la production décentralisée, renforcer l’activité économique locale et réduire un peu la dépendance à des systèmes énergétiques qui ne couvrent pas toujours les besoins.

Mais soyons francs : une exonération douanière, à elle seule, ne fait pas une révolution. Elle ouvre une porte. Ensuite, il faut de la transparence, du contrôle, de la concurrence saine, de la disponibilité réelle sur le marché, et surtout un suivi sérieux pour vérifier que le bénéfice fiscal arrive bien jusqu’au client final. Sinon, on aura juste une belle mesure dans le Journal officiel et beaucoup moins de lumière dans les villages que dans les communiqués.

Patrick Tchounjo

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