Cameroun : les États-Unis prennent l’avantage diplomatique sur la France lors de la prestation de serment de Paul Biya

La réélection de Paul Biya et sa prestation de serment du 6 novembre 2025 à l’Assemblée nationale n’ont pas seulement marqué un tournant politique au Cameroun. Elles ont aussi révélé, en filigrane, une redistribution subtile des influences diplomatiques entre les grandes puissances présentes à Yaoundé.
Dans une analyse relayée par Henry-Paul Diabaté Manden, journaliste à Dash Media, l’image de cette cérémonie symbolise un basculement silencieux mais significatif : « Les USA assomment la France au Kamerun », écrit-il, soulignant la différence de posture entre les diplomates américains et français durant l’événement.
Une scène diplomatique révélatrice
Selon l’observateur, l’attitude des deux représentants étrangers présents à la cérémonie prêtait à interprétation. « Autant celui de la France était fermé, tel l’énigmatique communiqué produit sur la déclaration de victoire du Président Biya, autant celui de l’ambassadeur Lamora sentait le triomphe », analyse le journaliste.
Ces mots résonnent comme un symbole du repositionnement stratégique des États-Unis au Cameroun et, plus largement, en Afrique centrale. Alors que la France semble adopter une diplomatie plus distante, marquée par la prudence et la retenue, Washington avance ses pions avec une assurance nouvelle, cherchant à renforcer son influence politique, économique et sécuritaire dans une région longtemps considérée comme un bastion francophone.
Les États-Unis, nouveaux partenaires privilégiés ?
Sous l’administration Biden, la diplomatie américaine a multiplié les signaux d’ouverture envers le Cameroun : appuis en matière de sécurité régionale, soutien aux réformes institutionnelles, et programmes conjoints dans les domaines de la santé et de la gouvernance.
L’ambassadeur américain Christopher Lamora, dont la présence remarquée lors de la cérémonie a suscité de nombreux commentaires, incarne cette approche pragmatique, axée sur le dialogue direct avec Yaoundé, malgré les réserves exprimées par Washington sur certaines questions de droits humains.
À l’inverse, la France semble désormais se chercher une nouvelle posture dans sa relation avec le Cameroun. Son diplomate, observé comme « impassible » par plusieurs témoins, traduirait selon certains analystes une perte de centralité dans le jeu diplomatique camerounais, conséquence des critiques récurrentes envers Paris dans plusieurs capitales africaines.
Le Cameroun, nouveau terrain du duel d’influence
L’analyse de Diabaté Manden met en lumière un fait géopolitique que Yaoundé gère avec une finesse légendaire : l’art de l’équilibre diplomatique. Paul Biya, en 42 ans de pouvoir, a toujours su jouer des rivalités internationales pour défendre la souveraineté nationale et garantir au Cameroun une marge de manœuvre politique unique en Afrique centrale.
Aujourd’hui, cette stratégie trouve un écho particulier. En accueillant les deux puissances lors de cette cérémonie hautement symbolique, le président camerounais confirme son statut d’acteur pivot, capable d’arbitrer les équilibres entre anciennes et nouvelles puissances.
Mais cette nouvelle configuration n’est pas sans enjeux. L’entrée plus affirmée des États-Unis dans le jeu diplomatique camerounais pourrait redéfinir les alliances économiques et militaires, notamment dans la lutte contre le terrorisme dans le bassin du Lac Tchad, la stabilisation des régions anglophones et les négociations énergétiques en cours.
Un signal fort pour l’avenir des relations internationales au Cameroun
L’expression « Les USA assomment la France » traduit moins une victoire brutale qu’une évolution des perceptions : les symboles comptent autant que les discours. Dans un pays où la diplomatie est un art du détail, la différence d’attitude entre les deux représentants traduit le glissement progressif de l’influence française au profit d’une présence américaine plus confiante et mieux perçue par une partie de l’opinion publique.
Le Cameroun, fidèle à sa tradition d’équilibre, devrait continuer à jouer sur la complémentarité entre partenaires, tout en capitalisant sur les rivalités pour obtenir des bénéfices diplomatiques et économiques tangibles.
Pour les observateurs, cette cérémonie n’était donc pas qu’un rituel politique. Elle fut aussi un moment de bascule symbolique, révélant les lignes de force d’un nouvel ordre diplomatique qui s’esquisse à Yaoundé, un ordre où Washington semble désormais parler plus fort que Paris.
Patrick Tchounjo



