Economie

Cameroun : la FAO mise sur les jeunes pour réinventer l’agriculture urbaine en Afrique centrale

Alors que la croissance des villes met sous pression l’accès à l’alimentation, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) veut transformer les jeunes en moteurs d’innovation dans les quartiers urbains et périurbains. En partenariat avec la CEMAC et les ministères en charge de l’Agriculture des pays d’Afrique centrale, l’institution onusienne lance un appel à candidatures destiné aux jeunes innovateurs et agripreneurs spécialisés dans l’agriculture urbaine et péri-urbaine.

Le Cameroun figure parmi les quatre pays retenus, aux côtés du Gabon, du Congo et de la Guinée équatoriale. Au total, huit projets innovants devront émerger de ce processus, avec un objectif affiché : renforcer la sécurité alimentaire, l’autonomisation économique et la résilience des communautés urbaines et périurbaines.

Un appel à projets ciblé sur les 18–35 ans

L’initiative s’inscrit dans un programme de coopération technique de la FAO intitulé :
« Promotion de l’agriculture urbaine et péri-urbaine inclusives et innovantes pour une sécurité alimentaire et nutritionnelle durables en Afrique centrale ».

Les candidatures sont ouvertes du 4 au 15 décembre 2025 et visent exclusivement les jeunes âgés de 18 à 35 ans. Ce choix générationnel n’est pas anodin : il place la jeunesse au cœur de la réponse à l’insécurité alimentaire, mais aussi du renouvellement des modèles économiques dans les villes.

Les porteurs de projets retenus bénéficieront d’un accompagnement structuré : coaching personnalisé, formations pratiques, appui technique et soutien financier pour transformer leurs idées en activités concrètes. L’objectif n’est pas seulement de récompenser de “bons concepts”, mais de faire émerger de véritables micro-entreprises viables dans les filières agrosylvopastorales et halieutiques.

De la production à la commercialisation, une approche chaîne de valeur

La FAO et ses partenaires ne se limitent pas à la seule production agricole. Les thématiques prioritaires couvrent l’ensemble de la chaîne de valeur :
production, post-production, transformation, stockage, logistique, commercialisation des produits agrosylvopastoraux et halieutiques.

Les projets devront aussi intégrer l’usage des Technologies de l’information et de la communication (TIC). Cette exigence ouvre la porte à des solutions numériques variées : plateformes de vente en ligne de produits frais, outils de traçabilité, systèmes de gestion des intrants et des stocks, applications de conseils agronomiques, ou encore solutions de paiement digital adaptées aux circuits courts urbains.

En plaçant les TIC au centre du dispositif, la FAO envoie un signal clair : l’agriculture urbaine n’est pas un retour à une pratique “traditionnelle”, mais un terrain d’expérimentation pour des modèles hybrides, mêlant production de proximité, innovation digitale et nouveaux comportements de consommation.

Huit projets pilotes pour quatre pays de la CEMAC

L’appel à candidatures doit aboutir à la sélection de huit projets innovants portés par des jeunes du Cameroun, du Gabon, du Congo et de la Guinée équatoriale. Ces projets serviront de laboratoires à ciel ouvert pour tester des solutions réplicables à l’échelle régionale.

L’enjeu est multiple. D’abord, démontrer qu’en milieu urbain, les espaces disponibles (friches, toits, terrains à usage multiple, interstices entre les constructions) peuvent être reconvertis en zones de production alimentaire. Ensuite, montrer qu’en intégrant les jeunes, l’agriculture urbaine peut devenir un levier d’emploi et d’entrepreneuriat, plutôt qu’une simple activité de subsistance. Enfin, contribuer à réduire la dépendance des villes aux approvisionnements lointains, vulnérables aux chocs logistiques, climatiques ou sécuritaires.

Le choix des filières agrosylvopastorales et halieutiques traduit la volonté de couvrir un spectre large, allant des cultures maraîchères à l’élevage (volailles, petits ruminants, porcs) en passant par la pisciculture et les systèmes intégrés (aquaponie, agroforesterie, recyclage des déchets organiques).

L’agriculture urbaine, un enjeu de sécurité alimentaire et de planification urbaine

La FAO rappelle que l’agriculture urbaine et péri-urbaine regroupe toutes les pratiques agricoles qui se déroulent en ville ou à proximité immédiate des villes, sur des espaces qui pourraient être utilisés à d’autres fins : espaces verts, terrains récréatifs, projets immobiliers, parcs énergétiques, entre autres.

Ce positionnement au cœur de la ville fait de l’agriculture urbaine un enjeu de planification territoriale autant qu’un outil de sécurité alimentaire. Dans des métropoles africaines en forte croissance, où les prix alimentaires sont volatils et la pauvreté urbaine progresse, produire au plus près des consommateurs permet de :
réduire les coûts de transport, limiter les pertes post-récolte, diversifier l’offre de produits frais, et renforcer la résilience face aux ruptures d’approvisionnement.

En soutenant des projets urbains et périurbains, la FAO et la CEMAC reconnaissent donc que la sécurité alimentaire ne se joue plus seulement dans les zones rurales, mais aussi au cœur des villes, là où se concentrent une part croissante de la population et des vulnérabilités.

Autonomisation des jeunes et résilience des communautés

Au-delà des volumes de production que pourront générer les projets retenus, l’initiative vise aussi un objectif social : l’autonomisation économique des jeunes. En Afrique centrale, où le chômage et le sous-emploi des 18–35 ans restent élevés, l’agriculture urbaine est encore largement sous-exploitée comme gisement d’emplois et de revenus.

Les projets accompagnés par la FAO ont vocation à :
créer des micro-entreprises ou coopératives viables,
installer de nouveaux métiers au croisement de l’agriculture, de la logistique, du numérique et du commerce,
renforcer la résilience des communautés urbaines en leur donnant les moyens de produire et transformer localement.

Cette approche répond aussi à une préoccupation croissante : offrir aux jeunes des alternatives concrètes à la migration contrainte ou à la précarité économique, en les positionnant comme acteurs de la transition alimentaire dans leurs propres villes.

Une opportunité test pour les politiques publiques

Pour les gouvernements impliqués, dont le Cameroun, ce programme constitue un test de cohérence entre les ambitions affichées en matière de sécurité alimentaire, d’emploi des jeunes et de développement durable, et les dispositifs concrets de soutien à l’innovation.

Si les huit projets retenus parviennent à passer du stade de “projets vitrine” à celui de modèles reproductibles, ils pourraient inspirer des politiques plus structurées : intégration de l’agriculture urbaine dans les plans d’urbanisme, mécanismes de financement dédiés aux agripreneurs urbains, accès sécurisé au foncier, incitations fiscales pour les solutions basées sur les TIC.

À l’inverse, si le soutien reste ponctuel et déconnecté des politiques locales, l’initiative risque de rester un programme pilote de plus, sans effet structurant sur les systèmes alimentaires urbains.

En attendant, pour les jeunes Camerounais et d’Afrique centrale âgés de 18 à 35 ans, la fenêtre est ouverte : entre le 4 et le 15 décembre 2025, leurs idées en agriculture urbaine peuvent, pour une fois, trouver un canal institutionnel pour se transformer en projets concrets.

Patrick Tchounjo

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