Diplomatie

Cameroun-FMI : Louis Paul Motazé plaide pour un nouveau programme, le gouvernement renvoie la décision à Paul Biya

Le Cameroun s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre de sa coopération économique avec le Fonds monétaire international (FMI). Lors du Conseil de cabinet tenu le 30 octobre 2025 à Yaoundé, sous la présidence du Premier ministre Joseph Dion Nguté, le ministre des Finances Louis Paul Motazé a plaidé pour la conclusion d’un nouveau programme économique et financier couvrant la période 2026-2029. Ce projet, qui doit désormais être soumis à l’arbitrage du président Paul Biya, s’inscrit dans la continuité de deux programmes antérieurs ayant permis au pays de mobiliser près de 2 600 milliards de FCFA de financements extérieurs.

Une coopération décisive pour la stabilité macroéconomique

Depuis 2017, la relation entre le Cameroun et le FMI a joué un rôle central dans la stabilisation des comptes publics et la relance de la croissance, dans un contexte marqué par les chocs sécuritaires et les contraintes budgétaires. Les deux programmes successifs — le Programme économique et financier 2017-2020 et le Programme de relance 2021-2025 — ont permis d’obtenir des décaissements substantiels soutenant les réformes fiscales, la transparence budgétaire et la restructuration de la dette publique.

Mais alors que le dernier accord arrive à expiration, le ministre Louis Paul Motazé met en garde : sans un nouvel accord, le pays perdrait un levier majeur de financement et de crédibilité financière.

« Nous ne les aurions plus en cas de non-conclusion d’un nouveau programme avec le FMI. Cela signifie qu’il faudrait trouver d’autres ressources. C’est pourquoi nous estimons nécessaire d’ouvrir une réflexion sur un nouvel accord », a-t-il déclaré à l’issue du Conseil de cabinet.

Un contexte budgétaire sous pression

L’appel du ministre intervient dans un contexte de resserrement budgétaire. Le Cameroun doit faire face à la hausse des dépenses de sécurité, à la pression sur les subventions énergétiques et à un service de la dette en augmentation. Selon des sources proches du dossier, la signature d’un nouveau programme pourrait permettre de renforcer la confiance des bailleurs de fonds, d’accéder à de nouvelles lignes de crédit concessionnelles et de stimuler les réformes structurelles nécessaires à la soutenabilité de la dette.

Ce futur accord pourrait également servir de cadre de coordination entre le gouvernement et les partenaires techniques et financiers, notamment la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD) et l’Union européenne.

Paul Biya face à une décision stratégique

La balle est désormais dans le camp du président Paul Biya, dont l’arbitrage sera déterminant. Selon plusieurs analystes économiques, le chef de l’État devra trancher entre deux impératifs : préserver la souveraineté économique du pays, souvent critiquée comme dépendante des institutions de Bretton Woods, et garantir la stabilité financière à un moment où les marges de manœuvre budgétaires se réduisent.

Patrick Tchounjo

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