Santé

Cameroun : face à la recrudescence des maladies infectieuses, l’État débloque 2 milliards FCFA pour importer des médicaments essentiels

Le Cameroun prépare une vaste opération d’importation de médicaments essentiels estimée à 2 milliards FCFA, une mesure d’urgence décidée par le ministère de la Santé publique pour renforcer les stocks nationaux face à la résurgence de plusieurs maladies infectieuses. Selon des sources officielles, cette initiative vise à répondre à la pénurie croissante de traitements de base tels que le paracétamol, la quinine et le diclofénac, dont les ruptures affectent les hôpitaux publics et les pharmacies depuis plusieurs mois.

La demande pharmaceutique nationale, évaluée à environ 25 000 tonnes de médicaments importés chaque année, a fortement augmenté en 2025. En cause, la recrudescence du choléra, la résurgence des infections respiratoires et la hausse des cas de paludisme sévère dans plusieurs régions. Face à cette pression sanitaire, le gouvernement camerounais a décidé d’autoriser une importation exceptionnelle afin d’éviter une crise d’approvisionnement.

Cette mesure vise notamment à reconstituer les réserves stratégiques de la Centrale nationale d’approvisionnement en médicaments essentiels et consommables médicaux (Cename), qui approvisionne la majorité des hôpitaux publics. D’après une source interne au ministère, ces importations permettront de renforcer la couverture médicale du pays pour les trois prochains mois.

Mais cette opération met également en lumière la forte dépendance du Cameroun aux importations pharmaceutiques. Plus de 95 % des médicaments consommés localement proviennent de l’étranger, en particulier d’Inde, de Chine et d’Europe. Cette dépendance structurelle expose le pays aux variations de prix, aux retards logistiques et aux risques de contrefaçon. « Tant que la production locale restera marginale, chaque épidémie ou crise logistique mondiale se traduira par des ruptures de stock », souligne un économiste de la santé basé à Yaoundé.

La situation sanitaire actuelle a accentué les tensions sur le marché pharmaceutique. Dans plusieurs hôpitaux, les ruptures touchent des médicaments aussi essentiels que les antibiotiques, les antipaludiques et les solutions de réhydratation. Les patients se tournent parfois vers le marché informel, où circulent des produits falsifiés.

Le secteur pharmaceutique camerounais repose encore en grande partie sur les importateurs privés, qui assurent plus de 80 % des approvisionnements. La Cename, de son côté, dépend elle-même de financements internationaux et de commandes extérieures. Cette vulnérabilité systémique explique la décision du gouvernement d’injecter 2 milliards FCFA dans les importations pour stabiliser temporairement le marché.

Un haut responsable du ministère explique que cette mesure n’a pas vocation à se substituer à la production locale, mais à garantir la continuité du service public. « L’objectif est de combler les ruptures actuelles et d’assurer que les hôpitaux disposent de stocks tampon suffisants pendant les prochains mois. Nous devons éviter toute rupture en période d’épidémie », indique-t-il.

Cette opération d’importation ravive cependant le débat sur la souveraineté pharmaceutique du Cameroun. Malgré la présence d’unités locales comme Cinpharm, Afripharma ou Génériques Pharma, la production nationale reste faible. Le gouvernement a fait de la promotion de la fabrication locale de médicaments une priorité de son plan santé 2025-2030, et discute actuellement avec des partenaires techniques, notamment indiens et marocains, pour l’installation d’unités sous licence.

Pour les observateurs, cette dépendance pharmaceutique est un défi structurel qui dépasse la seule question des financements. Elle touche à la régulation, au contrôle qualité, à la fiscalité et à la lutte contre la contrebande. Une politique industrielle forte, combinée à un encadrement réglementaire plus rigoureux, pourrait offrir une réponse durable à ces déséquilibres.

L’importation de 2 milliards FCFA de médicaments constitue donc une mesure conjoncturelle pour stabiliser la situation sanitaire, mais elle met en lumière la nécessité de repenser la politique pharmaceutique nationale. Le Cameroun doit désormais transformer cette urgence en levier de réforme pour construire une véritable souveraineté sanitaire, capable de résister aux chocs extérieurs.

Les cargaisons sont attendues dans les prochaines semaines. En attendant, les hôpitaux et pharmacies continuent de composer avec des tensions d’approvisionnement, tandis que le gouvernement mise sur cette opération pour éviter toute rupture majeure des traitements essentiels.

Patrick Tchounjo

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