Economie

Cameroon : Camtext SA, le pari à 180 milliards FCFA pour industrialiser le coton et créer 15 000 emplois

Le Cameroun s’apprête à franchir une étape décisive dans la transformation locale de son coton. Avec la création annoncée de Camtext SA, un consortium réunissant Panafritex, Arise (branche textile), la Sodecoton, la CNPS et Marlo Properties Fincorp, le pays ambitionne de convertir son “or blanc” en une véritable source de valeur ajoutée et d’emplois durables. Montant estimé de l’investissement : 180 milliards FCFA.

Une ambition industrielle structurante

Conçu comme une méga-structure textile intégrée, Camtext SA aura pour cœur opérationnel la zone industrialo-portuaire de la Dibamba à Douala, un emplacement stratégique à proximité du port, des infrastructures logistiques et énergétiques.
Le complexe regroupera toutes les étapes de la chaîne de valeur : filature, tissage, tricotage et ennoblissement textile, avec une capacité de transformation de 12 000 tonnes de coton par an.

Le projet prévoit la création de 12 000 emplois directs à Douala et 3 000 supplémentaires à Garoua, où sera implanté un Centre d’excellence textile destiné à la formation des techniciens et à la confection. Ce choix géographique combine la proximité des champs de coton de la Sodecoton, le savoir-faire local et l’accès aux infrastructures de transport et d’énergie.

Produire local, consommer local… et exporter

Camtext SA s’inscrit dans une logique claire de substitution aux importations. Aujourd’hui, à peine 5 % du marché textile camerounais est couvert par la production locale, largement concurrencée par des importations bon marché – parfois issues de la contrebande.
L’ambition est de reconquérir le marché intérieur, notamment en approvisionnant en priorité les forces de défense et de sécurité, l’administration publique et le secteur sportif, avant d’envisager l’exportation régionale vers la CEMAC.

Contrairement aux rumeurs, la Cicam ne fermera pas ses portes : l’État prévoit plutôt sa modernisation, tandis que Camtext viendra compléter et renforcer l’écosystème textile national.

Un modèle inspiré du succès béninois

Camtext SA s’appuie sur le modèle d’intégration industrielle d’Arise au Bénin, où les zones textiles développées par le groupe ont prouvé leur compétitivité face à l’Asie.
Pour attirer les investisseurs et garantir la rentabilité, le projet devrait bénéficier d’exonérations ciblées sur l’électricité, les droits de douane et certaines charges fiscales. Le processus de production utilisera un mix coton local et fibres synthétiques, une combinaison pensée pour réduire les coûts tout en maintenant des standards de qualité internationale.

Aligné sur la SND30 : industrialisation et souveraineté économique

Camtext SA s’inscrit pleinement dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), dont l’un des objectifs majeurs est de porter la production cotonnière nationale à 600 000 tonnes par an et d’en transformer localement 50 %.
Au-delà de la production, ce projet représente un levier stratégique pour la souveraineté économique du Cameroun : il vise à créer une filière textile nationale compétitive, à réduire les importations, et à stimuler la création d’emplois industriels massifs.

Une nouvelle ère pour “l’or blanc” camerounais

Camtext SA symbolise le passage d’une économie d’exportation de matières premières à une économie de transformation locale. En misant sur la technologie, la formation et l’intégration régionale, le Cameroun entend rendre son coton plus rentable et socialement utile.
Si la mobilisation des 180 milliards FCFA attendus se concrétise, le pays pourrait bien tisser les premiers fils d’une renaissance industrielle à grande échelle.

Patrick Tchounjo

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