Cacao : Baré-Bakem accueille une nouvelle usine de 32 000 tonnes/an, le Cameroun accélère

Le Cameroun est en train de faire un truc rare dans nos tropiques économiques : arrêter de vendre la matière première comme si on avait honte de la valeur ajoutée. Et ça se voit. Le 27 février 2026, à Baré-Bakem dans le Moungo (Littoral), les ministres Luc Magloire Mbarga Atangana (Commerce) et Gabriel Mbairobe (Agriculture) ont posé la première pierre de la future usine de Samen Industry.
Oui, encore une usine de cacao. Et non, ce n’est pas “juste une autre photo de cérémonie”. Derrière la première pierre, il y a une idée très concrète : transformer plus au pays, vendre plus cher, et laisser moins de miettes à l’extérieur.
Baré-Bakem, nouveau quartier général du cacao qui pèse
L’usine de Samen Industry s’implante sur trois hectares. Au programme, pas seulement des machines qui font du bruit : une unité de production, des aires de stockage, des parkings, des zones de stationnement pour camions et même des espaces verts. Parce que oui, on peut broyer du cacao sans broyer le décor.
Le montant de l’investissement n’a pas été communiqué. Classique. Mais la capacité annoncée, elle, parle fort : plus de 32 000 tonnes de fèves par an.
À sa mise en service, Samen Industry deviendra le 6ᵉ broyeur de cacao en activité au Cameroun, rejoignant notamment SIC Cacaos (Barry Callebaut), Chococam (Tiger Brands), Atlantic Cocoa (groupe Koné Dossongui), ainsi que des acteurs camerounais comme Neo Industry et Africa Processing.
Le Cameroun muscle la transformation locale, et ça change le jeu
Ces dernières années, la multiplication des broyeurs a fait sauter un verrou symbolique : pour la première fois, la transformation locale a franchi la barre des 100 000 tonnes au cours de la campagne 2024-2025, d’après les données compilées autour du bilan ONCC.
Traduction simple : on ne veut plus être “le pays qui produit”, on veut aussi être “le pays qui vend du semi-transformé”, donc pâte, beurre, poudre, tout ce qui pèse plus lourd dans les recettes qu’un sac de fèves posé au port.
Et quand tu rajoutes des usines, tu changes aussi la bataille sur le terrain : la concurrence sur l’achat des fèves devient plus forte. Résultat logique, les producteurs regardent le prix monter… et les acheteurs transpirent un peu plus qu’avant.
Les prix : quand la fève devient “show” au village
Sous l’effet de cette concurrence et d’une conjoncture internationale favorable, le kilo de fèves a déjà connu des sommets, avec un pic mentionné à 6 300 FCFA durant la campagne 2023-2024, avant de se situer autour de 5 400 FCFA en 2024-2025, selon les chiffres relayés dans l’écosystème de suivi de la filière.
Autrement dit, pendant que certains découvraient que “le cacao, c’est amer”, les producteurs, eux, découvraient que le prix peut être doux.
Top 10 mondial : le Cameroun commence à compter sur les dérivés
Autre signal qui ne trompe pas : selon le Comité de compétitivité du ministère de l’Économie, en 2024, le Cameroun apparaît dans le top 10 mondial des exportateurs de dérivés du cacao, reflet d’un gain progressif de compétitivité de l’industrie locale.
Ce n’est pas une médaille pour décorer un discours. C’est un message : quand tu transformes, tu montes dans le classement. Quand tu vends brut, tu restes spectateur.
Ce que l’usine Samen Industry peut provoquer demain
Avec l’entrée annoncée de Samen Industry, une chose est presque sûre : la pression concurrentielle sur le marché domestique des fèves va encore monter. Et c’est exactement là que se joue l’objectif des autorités : augmenter la valeur ajoutée captée localement par la filière.
La grande question, maintenant, c’est celle que tout le monde se pose sans toujours la dire : est-ce que cette montée en puissance industrielle va réussir à créer un cercle vertueux, où l’État, les industriels et les producteurs gagnent… sans que quelqu’un finisse toujours par crier au “dosage” ?
Une chose est certaine : à Baré-Bakem, la première pierre n’est pas juste symbolique. C’est une déclaration d’intention. Le Cameroun veut transformer. Et cette fois, ce n’est pas seulement le cacao qu’on broie : c’est l’ancien modèle.
Patrick Tchounjo



