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Marché du cacao : la fin des pluies propulse les prix à près de 3 000 FCFA le kilo au Cameroun

Le marché camerounais du cacao retrouve des couleurs. À mesure que s’annonce la fin de la saison des pluies, le prix du kilogramme de fèves poursuit sa montée, flirtant désormais avec la barre symbolique des 3 000 FCFA. Selon les données publiées le 4 novembre 2025 par le Système d’information des filières (SIF), piloté par l’Office national du cacao et du café (ONCC), le prix bord-port de Douala oscillait entre 2 809 et 3 009 FCFA, soit une hausse de 150 à 170 FCFA par rapport à la semaine précédente.

Une embellie qui profite directement aux producteurs

Cette évolution se ressent déjà sur le terrain, notamment dans la Lékié, premier bassin cacaoyer du pays. Les producteurs y vendent désormais leurs fèves entre 2 500 et 2 850 FCFA le kilogramme, contre 2 400 à 2 700 FCFA fin octobre. Une progression significative qui redonne espoir aux acteurs de la filière, souvent fragilisés par la volatilité des cours et la dégradation des infrastructures rurales.

« Si la tendance se maintient, nous atteindrons bientôt les 3 000 FCFA, un niveau historique pour la campagne en cours », confie un planteur de Monatélé. Cette hausse, bien qu’encourageante, demeure encore fragile et dépend de facteurs conjoncturels tels que la météo, la qualité des fèves et la situation logistique sur les routes d’exportation.

La fin des pluies, un facteur clé

Traditionnellement, la période de fin de saison des pluies marque une amélioration de la qualité du cacao et une baisse des surcoûts logistiques. Pendant la saison humide, les routes rurales, souvent impraticables, obligent les acheteurs à appliquer des décotes pour compenser les frais de transport. Avec le retour du soleil, ces pénalités devraient progressivement disparaître, soutenant encore davantage les prix.

Le ONCC souligne que cette tendance s’inscrit dans un contexte global de tension sur le marché international, où les grands pays producteurs (Côte d’Ivoire et Ghana en tête) font face à une baisse de rendement liée aux aléas climatiques. Le Cameroun, troisième producteur africain, bénéficie ainsi d’une conjoncture favorable pour ses exportations.

Une filière en quête de durabilité

Si la hausse des prix réjouit les producteurs, elle relance aussi le débat sur la valorisation locale du cacao camerounais. Moins de 10 % de la production nationale est transformée sur place, un manque à gagner que les autorités souhaitent corriger. Le gouvernement, à travers le Plan de développement de la transformation locale du cacao, encourage les partenariats avec les industriels pour faire du pays un acteur de la chaîne de valeur mondiale, au-delà de la simple exportation de fèves brutes.

Dans cette dynamique, la consolidation des coopératives agricoles, l’amélioration de la traçabilité et l’appui aux petits exploitants figurent parmi les priorités de l’ONCC et du ministère du Commerce.

Entre espoir et prudence

Si le seuil des 3 000 FCFA par kilogramme semble à portée de main, les spécialistes invitent à la prudence. Les fluctuations du marché international, la volatilité du franc CFA face au dollar et les coûts d’exportation pourraient influencer la tendance. Mais pour l’heure, la filière savoure un vent d’optimisme qui tranche avec les incertitudes du début de campagne.

« Cette hausse, même temporaire, redonne confiance aux producteurs et confirme que le cacao camerounais a un vrai potentiel de compétitivité régionale », analyse un économiste du secteur agricole.

Patrick Tchounjo

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