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Aéroport de Douala : un chantier à 10 milliards de FCFA pour faire entrer la principale plateforme du Cameroun dans une nouvelle ère

Un aéroport à l’heure de la bascule

L’aéroport international de Douala, première porte d’entrée aérienne du Cameroun et hub stratégique d’Afrique centrale, s’apprête enfin à engager la phase concrète d’un chantier annoncé depuis plusieurs années : l’extension de ses chaussées aéronautiques et la rénovation progressive de son aérogare passagers.

Le vendredi 14 novembre 2025 marque une étape symbolique. Une importante délégation de China Harbour Engineering Company Limited (CHEC), entreprise adjudicataire des travaux, a effectué une visite de terrain destinée à évaluer le niveau de préparation des sites concernés. Pour les Aéroports du Cameroun (ADC SA), cette mission consacre le passage de la planification à la mise en œuvre d’un projet présenté comme structurant pour la compétitivité du pays.

Une visite technique qui officialise le début de la transformation

Conduite par le directeur général de CHEC, ZHANG Lianjiu, la délégation a d’abord participé à une séance de travail avec le directeur de l’aéroport de Douala, Jacob Bahayang Mbargasso. Les échanges ont porté sur le calendrier prévisionnel, les contraintes opérationnelles, la coordination des équipes techniques et l’articulation globale avec le Projet de Rénovation de l’Aérogare Passagers de l’Aéroport international de Douala (RAP-AID).

La mission s’est poursuivie sur le terrain, avec une inspection des zones prévues pour l’extension du parking avion, de l’emplacement destiné à la base-vie de l’entreprise, ainsi que des espaces réservés au stationnement et à l’entretien des engins. Ces vérifications techniques, souvent invisibles pour le grand public, sont pourtant déterminantes : elles permettent de confirmer la disponibilité des emprises, de valider la faisabilité logistique et de s’assurer que les travaux futurs pourront être réalisés sans perturber de manière excessive le trafic aérien existant.

Un chantier à 10 milliards de FCFA pour doper capacité et sécurité

Selon la direction de CHEC, toutes les équipes techniques sont déjà mobilisées et le démarrage des travaux interviendra dès la finalisation des dernières formalités administratives liées à la contractualisation. Le montant de cette première composante est estimé à environ 10 milliards de FCFA toutes taxes comprises, pour une durée prévisionnelle de douze mois.

Ce chantier vise à augmenter la capacité de stationnement des aéronefs, à fluidifier les opérations au sol et à renforcer la sécurité des manœuvres aéronautiques. En pratique, l’aéroport devrait être en mesure d’accueillir davantage d’appareils simultanément, notamment aux heures de pointe, tout en réduisant les congestions sur les aires de trafic et en améliorant la circulation des avions et des engins. La modernisation des surfaces et l’optimisation des circulations au sol doivent permettre à la plateforme de se rapprocher des standards internationaux en matière de sûreté et de sécurité.

Pour une infrastructure souvent critiquée pour ses limites opérationnelles, ses encombrements et ses installations vieillissantes, ce projet représente un tournant. Il ne s’agit pas simplement de rénover, mais de reconfigurer en profondeur la manière dont Douala gère son trafic et se positionne comme plateforme régionale.

Un levier stratégique pour la compétitivité régionale

Au-delà des aspects strictement techniques, l’extension des chaussées aéronautiques de l’aéroport de Douala s’inscrit dans une bataille plus large : celle de l’attractivité des plateformes aéroportuaires africaines dans un contexte de concurrence accrue.

En augmentant sa capacité et en améliorant la qualité de ses opérations au sol, Douala espère accueillir davantage de vols réguliers et charters, mieux jouer son rôle de relais pour le trafic régional et sous-régional et offrir de meilleures conditions aux compagnies aériennes intéressées par le marché camerounais. Les progrès attendus sur les aires de trafic et les parkings constituent aussi un argument pour attirer ou retenir des transporteurs de plus en plus exigeants sur les standards de service et de sécurité.

De la planification à l’action : un test pour la gouvernance des grands projets

Enclenchée sous l’impulsion de la direction générale d’ADC SA, cette phase opérationnelle servira également de test grandeur nature pour la gouvernance des grands projets d’infrastructure au Cameroun. Le respect des délais annoncés, la maîtrise des coûts et la qualité de la coordination entre les différents acteurs seront observés avec attention par les milieux économiques, les partenaires techniques et financiers, ainsi que par les usagers de la plateforme.

Dans un pays où de nombreux chantiers structurants accumulent régulièrement les retards, l’aéroport international de Douala se retrouve en vitrine. Une exécution conforme aux engagements pourrait en faire le symbole d’une nouvelle manière de conduire et de livrer les projets publics. À l’inverse, tout dérapage majeur viendrait conforter les doutes sur la capacité du système à mener à bien des transformations d’envergure.

Pour l’instant, les emprises sont balisées, les équipes se structurent et la logistique se met en place. Le chantier n’a pas encore modifié l’expérience quotidienne des passagers, mais il transforme déjà les attentes des compagnies aériennes, des opérateurs économiques et de tous ceux qui considèrent Douala non seulement comme un aéroport, mais aussi comme un baromètre des ambitions du Cameroun sur la scène régionale et internationale.

Patrick Tchounjo

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