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115,1 milliards FCFA mobilisés par l’AFD pour financer 5 projets clés au Cameroun

Une nouvelle séquence de coopération, avec un cap clair sur l’impact

Le Cameroun et l’Agence française de développement (AFD) viennent d’ouvrir un nouveau chapitre de coopération financière, avec une enveloppe qui se lit comme un signal politique autant qu’économique. Le 21 janvier, au ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (Minepat), les deux parties ont procédé à l’échange de parapheurs portant sur cinq conventions de financement. Montant global annoncé : 175,5 millions d’euros, soit plus de 115,1 milliards de FCFA. Derrière les chiffres, une logique s’impose : concentrer les moyens sur des priorités jugées structurantes pour la vie quotidienne et la résilience du pays, de la ville à la campagne, de l’école aux collectivités.

Douala et Yaoundé au cœur du plus gros financement, face à l’urgence des inondations

Le principal volet de ce paquet financier concerne le Programme de lutte contre les inondations à Douala et à Yaoundé (PLIDY). Le programme est soutenu par un prêt souverain de 150 millions d’euros, soit environ 98 milliards de FCFA. Ce choix n’a rien d’anodin. Les inondations ne sont plus des “événements”, elles sont devenues une répétition, avec des dégâts humains, économiques et infrastructurels qui s’accumulent et fragilisent durablement les deux principales métropoles du pays.

L’ambition affichée du PLIDY est de réduire la vulnérabilité des populations et des infrastructures de façon durable. Le programme repose sur une approche intégrée qui combine ouvrages de drainage et de protection, meilleure insertion urbaine des infrastructures, et prise en compte des enjeux environnementaux et sociaux. Un dispositif de suivi-évaluation est annoncé pour accompagner l’exécution, parce qu’en matière d’infrastructures urbaines, le vrai enjeu n’est pas seulement d’engager des fonds, mais de livrer des résultats mesurables.

SEPTENTRIONEST, ou l’entrepreneuriat féminin comme levier de résilience dans les régions fragilisées

Le second axe marquant de ces conventions s’écrit au féminin. À travers le projet SEPTENTRIONEST, l’AFD et le Cameroun misent sur l’autonomisation économique des femmes entrepreneures dans les régions du Nord, de l’Extrême-Nord, de l’Adamaoua et de l’Est. Le financement annoncé est une subvention de 5 millions d’euros, soit environ 3,2 milliards de FCFA, mobilisée par le gouvernement français.

L’objectif est de soutenir la création d’emplois et la résilience locale dans des territoires souvent exposés à la fragilité économique et sociale. Dans la continuité d’une phase pilote lancée en 2023, le programme s’inscrit dans une idée simple : quand l’économie locale tient, c’est la cohésion sociale qui respire. Et quand les femmes entrepreneures gagnent en capacité d’investissement, c’est toute la chaîne des ménages, de l’éducation et de la santé qui se renforce.

Sécurité alimentaire, SECAL phase 2 et continuité du C2D sur les bassins de production

Le troisième pilier de cette enveloppe touche au nerf le plus sensible de l’économie réelle : la capacité à produire, transformer et sécuriser l’accès aux denrées. La deuxième phase du projet d’appui à la sécurité alimentaire (SECAL) bénéficie d’une subvention de 5 millions d’euros, soit environ 3,2 milliards de FCFA, en complément d’un financement de 16 millions d’euros mobilisé depuis 2023 dans le cadre du Contrat de désendettement et de développement (C2D).

Le projet vise à renforcer l’entreprise rurale via le conseil agropastoral, la formation et l’accès au financement dans plusieurs bassins de production, tout en étendant son périmètre au département du Fako, dans la région du Sud-Ouest. L’approche est pragmatique : on ne parle pas seulement de production, mais de capacités, de compétences, de structuration et de financement, c’est-à-dire de ce qui permet à une agriculture de sortir du cycle “survie–choc–recul” pour entrer dans une logique de performance et de stabilité.

Éducation, 7,2 milliards de FCFA pour consolider des réformes engagées depuis 2017

Le quatrième volet est un appui budgétaire sectoriel de 11 millions d’euros, soit environ 7,2 milliards de FCFA, financé sur ressources C2D. Ce quatrième cycle vise à consolider les réformes engagées depuis 2017, avec une approche qui cible des points souvent invisibles mais décisifs : l’élaboration de standards de construction des salles de classe, le renforcement de la maîtrise d’ouvrage communale, et la fidélisation des ressources humaines enseignantes.

En clair, on tente de traiter les fondations du système, pas uniquement ses symptômes. Car dans l’éducation, les écarts de qualité viennent rarement d’un seul facteur : ils naissent d’un mélange de bâtiments insuffisants, de pilotage local fragile et de ressources humaines sous pression. Ici, l’idée est de solidifier l’ensemble, pour que l’investissement devienne une amélioration durable et pas un correctif ponctuel.

Décentralisation et gouvernance locale, REDECA cible Bafoussam, Bertoua et Garoua

Cinquième volet : le projet REDECA, doté de 4,5 millions d’euros, soit environ 3,0 milliards de FCFA (sur la base de la parité fixe euro/FCFA). Son objectif est de renforcer la décentralisation et la gouvernance locale dans les villes de Bafoussam, Bertoua et Garoua. Le programme vise l’amélioration des services publics locaux, l’encouragement de la participation citoyenne et la modernisation de la gestion territoriale.

Le projet est présenté comme complémentaire d’autres interventions de l’AFD, notamment le programme Capitales Régionales, le projet de renforcement de l’État civil dans l’Ouest, ou encore le programme d’appui à la réforme des finances publiques PAGFI 3. Le message est celui d’une cohérence d’ensemble : la décentralisation n’est pas un slogan, c’est une chaîne d’outils, de procédures, de finances et de compétences à stabiliser dans la durée.

Ce que révèle cette enveloppe, au-delà des montants

Au fond, ces cinq conventions racontent une même orientation : investir là où les blocages coûtent le plus cher au quotidien. Les inondations paralysent les villes et détruisent la valeur. L’entrepreneuriat féminin soutient l’emploi et la stabilité sociale. La sécurité alimentaire sécurise la base. L’éducation prépare la compétitivité future. La gouvernance locale rend l’action publique plus proche, plus rapide, plus lisible.

Reste maintenant l’enjeu décisif, celui qui transforme une annonce en transformation : l’exécution. C’est sur la qualité de la mise en œuvre, la coordination, la transparence des résultats et la continuité des chantiers que se jouera l’efficacité réelle de ces 115,1 milliards de FCFA mobilisés. Mais une chose est déjà claire : sur le papier, le Cameroun et l’AFD alignent leur coopération sur des priorités qui touchent directement les populations et la résilience des territoires.

Patrick Tchounjo

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