
Il y a des nominations qui ressemblent à une formalité, et d’autres qui ressemblent à un signal. Dans l’agro-industrie, surtout lorsqu’il s’agit de farine, de logistique et de sécurité d’approvisionnement, changer de directeur général revient souvent à annoncer une nouvelle cadence. C’est dans cet esprit que Cadyst Group, le groupe piloté par Célestin Tawamba, a confié la direction de sa filiale meunière Société Grand Moulin du Cameroun (SGMC) au Français Stéphane Jaffret, avec l’idée de transformer une réorganisation de gouvernance en moteur de croissance au Cameroun et en Afrique centrale.
Une nomination dans le sillage d’un tournant capitalistique
La SGMC arrive dans une nouvelle séquence depuis l’intégration des actifs meuniers issus de Somdia. Cadyst a officialisé le 6 août 2025 l’intégration des Grands Moulins du Cameroun (SGMC) et des Grands Moulins du Phare du Congo (SGMP), présentant l’opération comme une union stratégique destinée à consolider sa présence en Afrique centrale et à renforcer l’ambition de souveraineté alimentaire.
Cette prise de contrôle s’inscrit dans un mouvement plus large de repositionnement du secteur, après l’annonce de cession des unités meunières de Somdia/Castel au profit de Cadyst.
Portrait : Stéphane Jaffret, un profil “industrie” aux réflexes de transformation
Dirigeant chevronné, Stéphane Jaffret cumule plus de vingt ans de management international au cœur de secteurs exigeants : agro-industrie, industrie lourde, énergie, oil & gas, infrastructures et supply chain. Son parcours est marqué par une constante : piloter des organisations complexes, souvent en contexte sensible, et les remettre sur des trajectoires durables de performance.
Avant de rejoindre la SGMC, il occupait depuis décembre 2022 les fonctions de Directeur Général de Rougier Gabon, où il gérait l’exploitation de 900 000 hectares de forêts certifiées FSC, deux scieries industrielles, près de 1 000 collaborateurs et des opérations multi-sites. À ce poste, il conduit un audit stratégique, restructure la gouvernance via un nouveau CODIR, gère des situations de crise et sécurise le renouvellement de la certification FSC, un enjeu majeur de durabilité et de conformité internationale.
Son expertise en restructuration s’est également illustrée à la tête de SOMDIAA SA – SUCAF en Centrafrique, où il mène dès 2017 un plan de redressement profond dans un environnement marqué par des tensions sécuritaires. En moins de deux ans, l’entreprise retrouve l’équilibre financier, renoue avec la rentabilité, améliore sa productivité et engage un plan d’investissement de 23 millions d’euros sur cinq ans.
C’est précisément ce type de grammaire qui intéresse Cadyst au moment où la SGMC change d’échelle sous un actionnariat désormais stabilisé.
Farine : un marché où la stabilité vaut autant que la croissance
Diriger une minoterie au Cameroun, ce n’est pas seulement produire. C’est tenir une promesse de continuité. La farine irrigue les ménages, les boulangeries, l’agroalimentaire, la distribution. Chaque tension sur l’approvisionnement se transforme vite en sujet économique et social.
Dans ce contexte, la stratégie de Cadyst apparaît comme une montée en puissance par intégration. Le groupe revendique sur son site une ambition de premier plan dans l’agroalimentaire, au Cameroun et en Afrique centrale, et inscrit l’intégration SGMC/SGMP comme un jalon de cette trajectoire.
Le “plan Cadyst” : consolider au Cameroun, projeter vers la sous-région
Le cap ne se limite pas au marché national. Les communications et couvertures autour de l’opération SGMC/SGMP décrivent une stratégie Cameroun–Congo, avec une logique d’échelle et de projection sous-régionale.
Cadyst, déjà présenté comme un acteur industriel majeur au Cameroun, est souvent crédité d’une base solide en emplois et en infrastructures, avec des chiffres relayés par la presse locale sur ses effectifs et ses usines.
Dans ce puzzle, Stéphane Jaffret n’est pas seulement un nom sur une carte de visite. Il devient le visage opérationnel d’une “phase 2” : celle où l’acquisition doit produire des gains mesurables, en performance industrielle, en efficacité logistique et en capacité à servir la région.
Ce que le marché va surveiller après la nomination
Les prochains mois diront si la gouvernance nouvelle se traduit dans le quotidien. L’industrie meunière se juge rarement à une annonce, mais à la régularité de la production, à la disponibilité sur le marché, à la perception qualité chez les clients professionnels et à la capacité à absorber les chocs, qu’ils viennent des intrants, de l’énergie ou du transport.
Pour Cadyst, l’équation est simple dans sa formulation et complexe dans son exécution : réussir à faire de la SGMC un actif plus performant, plus solide, et plus régional, sans perdre la stabilité qu’attend un marché où la farine reste un produit sensible.
Patrick Tchounjo



